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simplifier l'administration centrale afin que l'Administrateur public ait k nommer le plus petit nombre possible de fonctionnaires subalternes; ce n'est pas tout encore, j'établirai l'entière indépendance de la Justice par la séparation absolue du Pouvoir judiciaire et du Pouvoir administratif; car cette séparation est fictive et illusoire lorsque c'est le chef du Pouvoir administratif qui pourvoit aux nominations et à l'avancement des membres du Pouvoir judiciaire. Le Pouvoir judiciaire sera électif et élu au même titre, le même jour, par le même mode et par les mêmes électeurs que le Pouvoir administratif. Ce n'est pas tout encore; je chercherai et je trouverai un dernier contre-poids au commandement de la force armée dans l'organisation unitaire des Corporations industrielles. Enfin, tout sera prévu pour contenir le Pouvoir administratif entre des digues si fortes qu'il ne puisse jamais lui venir même la pensée de tenter de les rompre. D'ailleurs, au premier effort qu'il ferait, les onze membres de la Commission de surveillance ne seraientils pas là pour le dénoncer à la défiance et à l'indignation du Peuple tout entier qui courrait aux urnes et le révoquerait immédiatement?

D. Vaine précaution! La première chose qu'il ferait serait d'arrêter les onze membres de la Commission nationale de surveillance.

R. Eh bien! Quand il aurait fait arrêter les onze membres de la Commission nationale de surveillance, a quoi cela l'avancerait-il? Est-ce que chaque Commune n'aurait pas sa Commission communale de surveillance instituée et fonctionnant en vertu du même principe? Je suppose le nombre des Communes de France réduit à 6,000: est-ce qu'il serait possible de faire arrêter les 6,000 maires qui représenteraient toutes les forces compactes de la majorité et les 66,000 membres des Commissions communales de surveillance qui représenteraient toutes les nuances réunies des minorités diverses? Donc matériellement aucune usurpation ne serait plus possible. L'Administrateur public de la chose publique, constamment révocable, pourrait toujours être aussi facilement que certainement révoqué, ("est alors que véritablement existerait la souveraineté " du Peuple, s'exerçant et ne se déléguant plus, mais s'exerçant dans ses limites naturelles et infranchissables, ne sortant jamais de son orbite et n'en pouvant jamais sortir. Sous le régime du droit conventionnel, le Peuple, agissant, agit toujours comme Peuple, de même que la Commune agit toujours comme Commune, la Corporation comme Corporation, l'Individu comme Individu.

Le Peuple intervient pour régler ce qui est national; il n'intervient pas pour régler ce qui est individuel. Au besoin, la Corporation suffirait pleinement pour protéger ses membres, en toutes circonstances où la liberté se trouverait aux prises avec la force. Mais Commtme, Corporation et État se prêtant ainsi un concours réciproque et commun, désormais l'Individu ne courrait pas plus de risque d'être frappé dans sa liberté que l'habitant de la terre n'est exposé à périr écrasé sous la chute de la lune. État, Commune, Corporation, Individu, tourneraient chacun comme autant de sphères inégales et diverses sur leur axe. Ni chocs, ni frottements. Rien de fictif, tout réel : les rouages nécessaires, aucun d'inutile : — tels sout les avantages que présenterait le droit conventionnel substitué au droit constitutionnel; ce serait le régime vrai de la Liberté, de la Publicité, de l'Unité.

L'État aurait son Maire.

La Commune aurait son Maire.

La Corporation aurait son Maire.

Chacun de ces trois maires personnifierait à tous les degrés la majorité contrôlée par la minorité; la minorité et la majorité ainsi fidèlement représentées seraient alors véritablement l'universalité des intérêts, l'universalité des opinions, l'universalité des idées.

Le droit conventionnel sera le droit universel.

Convention et Constitution sont deux mots qu'il faut se garder de confondre.

Une convention se propose, une constitution s'impose.

Toute convention suppose une liberté réciproque et égale des deux parts; pas de constitution qui n'assujettisse la minorité à la majorité.

De là une différence essentielle entre le droit conventionnel et le droit constitutionnel.

Le droit conventionnel, c'est l'application de l'art. 815 du code civil, élevé à la hauteur d'un principe politique.

« Nul n'est contraint à demeurer dans l'indivision. »

C'est la réalisation de cette pensée de Siéyès écrite dans l'art. 4 de sa Déclaration:

«Toute société ne peut être que l'ouvrage libre d'une convention entre tous les associés. »

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Ce titre et cette forme ont été adoptés afin de rendre plus précises et plus facilement appréciables les idées exposées dans les dix livres qui précèdent.

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