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LE DROIT CONVENTIONNEL.

Les lois devraient être des convention» faites librement entre des hommes libres.

Begcaria. Des délits et des peines.

Dans une démocratie, il n'y a lieu, en dernière analyse, ni à constitution ni à gouvernement. La politique dont on a écrit tant de volumes et qui fait la spécialité de tant de grands génies, la politique se réduit à un simple contrat de garantie mutuelle de citoyen à citoyen, de commune à commune, de province à province, de peuple à peuple, variable dans ses articles suivant la matière, et révocable ad libitum à l'infini.

Peoudhon. Contradiction* économiques'

D. Qu'est-ce que le droit conventionnel?

R. C'est le moyen nouveau d'exclure les maîtres, substitué au droit ancien de les subir, et au droit moderne de les choisir.

D. Comment une nation peut-elle agir sans gouvernement?

R. Comme la terre tourne sans roue3, et comme l'homme marche sans lisières.

D. Mais une nation n'est ni un astre céleste, ni un être vivant?

R. Non; une nation est un être collectif qui agit d'après les lois qui lui sont propres.

D. Mais quelles sont ses lois?

R. Les plus simples. Pour les connaître, il suffit de savoir distinguer ce qui est essentiellement indivisible de ce qui est essentiellement individuel, ce qui est nécessairement public de ce qui est naturellement privé. D. Mais n'est-ce pas la précisément que la difficulté commence? Comment tracer cette ligne de démarcation sans tomber dans l'arbitraire?

K. En vous posant à vous-même les simples questions que je vous adresse: Chaque citoyen peut-il, pour défendre sa personne ou sa propriété, entretenir une armée? — Non. Donc, l'armée est l'un des membres du corps social. Ce qui est vrai pour l'armée est également vrai pour la marine qui protège le commerce national, car chaque citoyen ne peut pas entretenir une escadre. Ce qui est vrai pour l'armée et la marine est pareillement vrai pour la voie publique, car chaque citoyen ne peut posséder une fraction de route nationale, un bout de chemin communal.

D. Il est facile de limiter ainsi ce qui est indivisible, mais est-il aussi facile de limiter ce qui est individuel? K. Tout aussi facile et par le même moyen, en continuant de vous poser h vous-même ces simples questions : Chaque citoyen, être pensant, a-t-il le droit d'avoir une croyance religieuse, scientifique, politique, littéraire ou artistique, sans que l'État, être nonpensant, intervienne et la règle?—Assurément. Donc, la liberté de croire, de penser, de parler, d'apprendre ou d'enseigner est l'une des facultés de l'Être individuel, faculté que n'a aucun droit de limiter l'Être collectif.

D. Ne pouvez-vous préciser plus nettement votre pensée?

R. L'Être collectif est celui qui fait et possède ce que ne peut pas faire et posséder l'Être individuel; l'Être individuel est celui qui fait et possède ce que ne peut pas faire et posséder l'Être collectif. En conséquence de ce principe, rien de ce qui se peut faire par la puissance individuelle ne doit se faire par la puissance indivisible. .,

D. Définissez la puissance indivisible.

R. Ce qui protège relativement la faiblesse individuelle et l'indépendance nationale, ce qui ne peut être divisé sons être détruit.

D. Définissez la puissance individuelle.

R. Ce qui ne peut être protégé sans être diminué,

D. Décomposez la puissance indivisible.

R. La force pv blique,

La voie publique,

La dette publique,

D. Décomposez la puissance individuelle.

R. La liberté du domicile,

La liberté de la' parole,

La liberté de la correspondance,

La liberté d'imprimerie,

La liberté d'association.

D. Vous avez défini et décomposé la puissance indivisible; mais la force publique ne se recrute pas et ne s'entretient pas toute seule; la voie publique a besoin qu'on la trace et qu'on la répare; la dette publique, enfin, exige des recettes égales aux payements semestriels, toutes choses qui supposent une Administration publique.

R. Sans doute, mais administrer la chose, qui est commune, ce n'est pas gouverner l'homme, q ni est libre. C'est le contraire. Car la chose commune n'a de raison d'être qu'autant qu'elle est la gnrantie de la lilœrté réciproque. C'est afin de conserver sa liberté entière et non pour qu'on la lui ravisse ou qu'on la lui restreigne que chacun aliène, sous le nom d'impôt ou d'assurance, une part de son revenu ou de son salaire. On paye pour être plus libre et non pour l'être moins. On met en commun une somme proportionnelle d'argent pour s'assurer contre certains risques, entretenir une armée, une marine, une justice, voire même une police, acquérir la facilité et la sécurité de circulation, mais on ne met en commun sa personne à aucun titre, et pour l'exposer à des risques aussi grands ou plus grands que ceux qu'elle courrait si ce qu'on a l'usage d'appeler un gouvernement n'existait pas.

D. Définissez donc plus sommairement ce que vous entendez par l'administration publique.

R. J'entends par l'Administration publique l'administration exclusive de ce qui est nécessairement indivisible, conséquemment indivis, de ce qui est véritablement et matériellement la chose publique. L'Administration publique ainsi réduite à l'administration de la chose publique, si l'administrateur, quel qu'il soit et quelque nom qu'il porte, est peu habile, la prime que j'aurai à payer sous le nom d'impôt ou d'assurance sera plus forte relativement au risque, ou le risque sera moins certainement garanti relativement à la prime, mais voilà tout; cette inhabileté se traduira en chiffres; ce sera une question d'argent en plus ou en moins, et non une question de liberté en moins ou en plus. Qui voudra payer peu n'aura qu'à réfléchir beaucoup avant d'élire l'Administrateur commun de la chose commune. Je comprends enfin l'administration d'un État, comme je comprends l'administration d'un chemin de fer, à l'exploitation duquel on est intéressé pour une action, et où l'on ne peut perdre au plus que sa mise sociale. Le risque de voir son argent gaspillé doit être le seul risque qu'on ait à craindre et à courir.

D. Mais à qui confierez-vous l'Administration publique de la chose publique?

B. A un administrateur élu chaque année par l'universalité des intéressés, à la majorité des voix, contrôlé par une commission nationale de surveillance composée de onze membres élus par la majorité de la minorité défiante, et toujours révocable. Chaque électeur n'écrivant qu'un nom sur son bulletin. Le premier nom sortant de l'urne désignant l'Administrateur élu par la majorité. Les onze noms qui ont ensuite le plus grand nombre de voix désignant les onze membres de la Commission nationale de surveillance représentant ainsi toutes les nuances de la minorité.

D. Mais si cet administrateur a le commandement de la force armée et qu'il veuille en abuser pour convertir l'administration des choses en gouvernement des hommes, la gérance en tyrannie, comment vous y prendrez-vous pour l'en empêcher, écarter ce risque et prévenir ce péril?

R. Je l'en empêcherai en commençant, avant de confier à qui que ce soit l'Administration de la chose publique, et le dépôt de la force armée, par abolir préalablement l'impôt indirect et multiple pour y substituer l'impôt direct et unique, ce qui est le seul moyen de rendre facile et efficace le refus de l'impôt. Pas d'argent, plus d'armée. En même temps que j'abolirai préalablement l'impôt indirect et multiple, j'abolirai tous les privilèges qui ont survécu aux trois révolutions de 1789, de 1830 et de 1848, et parmi ces privilèges se trouvent encore les brevets d'imprimeurs. En même temps que je restituerai au droit commun la liberté d'imprimer sa pensée, de la publier et de la distribuer sous toutes les formes, je donnerai à cette liberté individuelle la garantie de la pleine indépendance communale, de telle sorte que chaque Commune soit moralement une forteresse où puisse se réfugier sûrement le droit commun menacé par la tyrannie d'un usurpateur. Ce n'est pas tout encore; je m'appliquerai à

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