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sance de faire obstacle à la réussite de ses projets d'usurpation.

Je réponds : Soit! et j'ajoute : Les 6 ou 7,000 Communes de France ayant toutes la même organisation que l'État, il faudrait alors arrêter et incarcérer, en même temps que les onze membres de la Commission nationale de surveillance et de publicité, les 6,000 Maires de communes et les 66,000 Membres des Commissions communales de surveillance et de publicité ; ensemble , 72,000 Élus du peuple, représentant la souveraineté à tous ses degrés, la confiance nationale et la défiance démocratique dans toutes leurs combinaisons et dans toutes leurs nuances. Ce ne serait pas tout encore, il faudrait arrêter et incarcérer les Maires de toutes les Corporations, et détruire d'un coup de pluino et d'un revers de main toute l'organisation, aussi forte que simple, des Corporations; ce ne serait pas tout encore , il faudrait improviser des prisons , puisqu'elles auraient été démolies, ou organiser des massacres, le même jour, sur tous les points du territoire. Ce ne serait pas tout encore, il faudrait enfin arrêter et incarcérer le grand-juge, les 35 juges de cassation, les 360 juges d'appel et les 6,000 juges de paix, car ces juges ne tiendraient pas leur siège du dépositaire infidèle de la puissance indivisible, ils le tiendraient du peuple souverain; ils seraient ses élus. Ces juges ne seraient pas fonctionnaires, ils seraient juges; ils seraient plus qu'inamovibles, car ils seraient rééligibles. Je le demande , avec de telles garanties se prêtant les unes aux autres une mutuelle assistance et s'assurant réciproquement, le risque qu'on vient de supposer, serait-il a craindre , serait-il probable, serait-il possible? Quiconque se sera rendu exactement compte de ce mécanisme, où toutes les lois de la gravitation ont été étudiées et appliquées, répondra, sans hésiter, nou.

Si l'on s'étonnait de trouver si souvent écrit sur les pages d'un livre politique le mot mécanisme, je répondrais à cette remarque en disant que la puissance nationale me parait appelée à se simplifier parles mêmes moyens que ceux auxquels la puissance industrielle est redevable de tous les progrès qu'elle a accomplis, depuis un demi-siècle, sous le régime de la liberté.

Première période : L'homme fait tout; la machine ne fait rien; elle n'existe pas encore.

Période intermédiaire : L'homme et la machine se partagent la tâche par moitié.

Troisième période : Les machines font tout ; les hommes ne font plus rien, car ils n'ont plus qu'à mettre en mouvement les machines lorsqu'elles se sont arrêtées, ou qu'à rattacher le fil lorsqu'il s'est brisé.

Même sort est réservé à la puissance nationale:

Première période : L'homme est tout; les institutions ne sont rien. Elles n'existent pas encore. C'est la monarchie traditionnelle.

Période intermédiaire : L'homme et les institutions se partagent la tâche par moitié. C'est la monarchie constitutionnelle.

Troisième période : Les institutions seront tout, l'homme ne sera plus qu'un modeste conducteur de machines ou qu'un simple rattacheur de fil. Ce sera la période de la République universelle.

La société est à la recherche de son mécanisme; dès qu'elle l'aura trouvé, Gouvernement sera un mot qui n'aura plus de sens que dans le passé. Au lieu de dire le Pouvoir, on dira le Savoir; au lieu de dire VA utorité, on dira la Supériorité. La liberté mutuelle sera la loi commune. Il n'y aura pas, il n'y aura plus besoin d'autre loi que celle-là. Hormis les cas où il y aura lieu de délibérer et de voter sur un intérêt nécessairement indivisible, conséquemment indivis, essentiellement collectif, exclusivement public, la majorité n'imposera plus, n'aura plus le droit arbitraire d'imposer sa volonté à la minorité. Il n'y aura plus de pouvoir législatif, car il n'aura plus de raison d'être; il n'y aura plus qu'une administration publique de la Chose publique.

Lorsque le suffrage universel n'aura qu'à viser un but marqué droit et clairement devant lui, il n'y aura plus a craindre qu'il commette d'écarts, car, en fit-il, qu'il aurait le moyen de les réparer presque aussitôt qu'il les aurait commis.

Lorsque le suffrage universel aura à élire un Maire d'État, et que ce Maire d'État sera exclusivement l'administrateur de la Chose publique, le suffrage universel apprendra, par l'élection de 6,000 Maires de Communes, qu'il faut se garder de nommer un dilapidateur ou un ambitieux; il nommera donc le meilleur administrateur qui se sera révélé, et les moyens de se révéler, pour un bon administrateur ne manqueront plus, dès que l'administration communale s'exercera dans toute sa liberté et dans toute sa responsabilité.

Lorsque le suffrage universel aura à élire un juge d'État, un juge suprême, individualisant, personnifiant la conscience publique, un Grand-Juge, devant lequel seront juridiquement portées les accusations de forfaitures, le suffrage universel, par l'élection de 6,000 juges de paix, apprendra quelles garanties préalables d'impartialité il devra demander au caractère de celui qui rendra la justice Au Nom De La Justice.

Alors l'universalité des électeurs, l'universalité des justiciables ne se tromperont pas, car elles ne procéderont plus au hasard et dans les ténèbres; elles sauront exactement ce qu'elles voudront et ce qu'elles devront vouloir.

En tous cas, le suffrage universel n'aura jamais à élire qu'un administrateur de la richesse indivise, jamais un législateur de la raison individueile.

Le seul risque qu'on pourra courir, ce sera de voir gaspiller son argent donné à titre d'impôt ou d'assurance ; jamais on ne courra le risque de voir entamer sa liberté.

N'est-ce pas là l'essentiel? Et un tel progrès dût-il se payer par une petite perte d'argent, serait-ce le payer trop cher?

Assurément non, me répond-on; mais en même temps qu'on me fait cette réponse, on m'adresse cette question : Est-il possible et raisonnable d'espérer que jamais les lois de l'autonomie universelle soient observées, même en supposant le triomphe d'une révolution nouvelle?

Pourquoi donc ne seraient-elles pas observées? Elles sont l'Absolu et non pas l'Arbitraire, elles sont l'Unité et ne sont pas la Dictature, elles sont la Liberté et ne sont pas la Terreur, elles sont ia Pacification et ne sont pas la Guerre, elles sont les Réconciliations et ne sout pas les Représailles, elles ne menacent de mort la vie de personne et ne dépouillent de son bien aucun vivant; elles ne poursuivent que l'erreur démontrée par la vérité, que l'abus dévoilé par la justice ; elles attendent lorsqu'il y a doute et ne se hâtent que lorsqu'il y a certitude.

Si ces lois sont les véritables lois de l'autonomie universelle, sera-t-il nécessaire de les soumettre préalablement à la sanction populaire? A cette question que je me suis posée h moi-même, j'ai répondu : Non. Ou ces lois sont fausses, ou eiles sont vraies; si ces lois sont fausses, pourquoi exposer à la complicité d'uue erreur le peuple qui les adopterait; si ces lois sont vraies, pourquoi exposer au risque d'une méprise le peuple qui les rejetterait? Est-ce que si le peuple était consulté sur la loi de gravitation universelle, le vote du peuple pourrait infirmer ou confirmer la découverte de Newton? Est-ce que si le peuple était consulté sur la question de savoir si la terre tourne, le vote du peuple pourrait trancher la question qui fut indécise entre Galilée et le pape Urbain VIII? Est-ce que si te peuple était consulté sur la question que Napoléon posa le 21 juillet 1804, à l'Académie des sciences, à l'occasion, de Pulton, il serait plus infaillible que l'Académie des sciences qui traita Fulton de a visionnaire a et son idée « d'idée folle, d'erreur grossière, » d'absurdité? »

Ce qui appartient au domaine de l'expérience doit se résoudre par l'épreuve de i'expérience; le juge de ce qui est le progrès, c'est l'essai.

Le progrès se découvre et ne se vote pas.

Si les lois que j'ai exposées ne sont pas les véritables lois de l'autonomie universelle, il faut le démontrer, et faire plus ou mieux ; il faut, tous et chacun, les chercher sans relâche, jusqu'à ce qu'elles aient été incontestablement trouvées, afin qu'au lendemain d'une révolution, il n'y ait plus qu'à supprimer les obstacles qui empêcheraient, cette fois encore, qu'elles ne se fissent jour.

Mais les lois que j'ai exposées ne fussent-elles qu'un progrès sur tous les régimes condamnés par l'expérience, que ce progrès devrait encore être accueilli si rien d'égal ne s'était produit qui pût lui disputer la préférence.

Le jour d'une révolution, si l'on ne sait pas ce qu'il faut immédiatement faire, j'ajouterai, si on ne le sait pas la veide, on le saura encore moins le lendemain.

Charlatans et impuissants sont ceux qui disent,pour masquer leur paresse et leur ignorance : « On consultera le penp'e! »

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