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n'est plus jugé par l'homme; l'homme n'a plus d'autres juges que sa conscience, sou pays et son siècle. Si le fait qui lui a été imputé lui a été imputé à tort, si les témoins ont menti, si le magistrat s'est trompé, la vérité est là qui conserve tous ses droits, sans que la justice en ait rien à redouter; car alors la vérité qui se manifeste est à la justice qui se revise ce qu'un arrêt d'une cour d'appel est au jugement d'un tribunal de première instance.

Quel arbitre plus désintéressé et moins suspect que le siècle où vit l'accusé?

Si ce siècle se trompe, qui aura la prétention d'être plus que lui infaillible et de lui imposer ses arrêts?

Je le demande.

Telle justice pénale, telle justice civile.

Réformer la justice pénale d'un siècle ou d'un pays, c'est donc en réformer implicitement la justice civile.

Rigoureusement et logiquement, la justice civile ne devrait point exister comme justice publique, car l'État, être abstrait et collectif, ne devrait intervenir que pour régler ce qui est essentiellement indivisible, conséquemment indivis, nécessairement collectif et exclusivement public.

Il ne devrait y avoir de justice d'État qu'à l'égard de ce qui se rapporte à l'État.

Juges de paix, juges d'appel, juges de cassation, ne devraient prononcer qu'en matière publique de contraventions, de délits, de crimes, de forfaitures, et point en matière privée de contestations civiles ni commerciales.

Toute contestation entre particuliers devrait être vidée par arbitre le plus indépendant, ce qui veut dire le plus désintéressé, qu'il fût incontestablement possible de choisir.

Chacun (Unt ainsi pxpos* à être iour à tour arbitre

et partie, l'esprit de justice, par l'instinct de réciprocité, ne tarderait pas à devenir moins rare et à entrer plus communément dans les mœurs et dans les transactions, dans les contrats et dans les consciences.

La justice mutuelle serait alors le premier degré de la justice universelle. Ce degré franchi, le plus difficile serait accompli. Rien ne nuit plus k la maturité de l'esprit de justice parmi les hommes que cette superstition de la justice , qui les habitue trop généralement à se considérer comme des mineurs assujettis à une tutelle judiciaire et à ne consulter que la jurisprudence, jamais la justice; que le droit, jamais l'équité; que la procédure, jamais la conscience. Rien n'est plus contraire au sens moral, rien ne contribue plus activement à le pervertir, à l'étouffer. Lorsque, par la tortueuse habileté d'un avoué retors ou l'heureux choix d'un avocat célèbre, on a gagné un procès qu'on savait être inique, eût-on spolié une veuve, eût-on ruiné des orphelins, eût-on empêché un père de légitimer ses enfants naturels ou de les adopter, tout scrupule, tout remords est banni par ces mots : « Cela ne me regarde pas, cela regarde les juges qui ont prononcé. » L'excès de justice et l'insuffisance de morale se tiennent, comme la cause précède l'effet.

La justice universelle, c'est la justice absolue; c'est la justice n'ayant qu'une mesure et qu'un poids pour tous les peuples, faibles ou forts; pour tous les individus, pauvres ou riches; pour tous les âges, enfance et adolescence, maturité et vieillesse ; pour les deux sexes, hommes et femmes; c'est la justice renonçant à n'être qu'un vain symbole pour devenir une vérité appliquée; la justice universelle enfin, c'est la balance séculaire. Qu'il n'y ait pour tous qu'une seule balance, comme il n'y a pour tous qu'un soleil qui éclaire successivement toutes les parties du monde, et la justice universelle aura tout simplifié.

Que de haines qui s'apaiseraient!

Que de rivalités qui s'éteindraient!

Que de préjugés qui s'évanouiraient!

Que d'erreurs qui se rectifieraient!

Que de contestations qui se termineraient!

Que de procès qui s'arrangeraient!

Que d'ennemis qui se réconcilieraient!

Que de problèmes qui se résoudraient 1

Que de nœuds qui se dénoueraient!

Que d'économies qui s'opéreraient!

Que de misères qui se transformeraient!

Que de larmes qui se tariraient!

Que de plaies qui se sécheraient!

Que de douleurs qui se calmeraient!

Que de maux qui se guériraient 1

Que de fronts qui s'abaisseraient!

Que de fronts qui se relèveraient!

Que d'angoisses qui s'abrégeraient!

Que de supplices qui s'épargneraient!

Que d'arbitraires qui s'écrouleraient!

La justice universelle, c'est la réciprocité individuelle. Elle est contenue tout entière dans cette seule ligne:

• XE PAS FAIRE A AUTRUI CE QU'OS SE VOUDRAIT PAS QU'ON VOUS FÎT. ■

A cette règle incontestée, pour qu'elle fut observée, qu'a-t-il manqué toujours et partout? — L'une de ces deux choses : une sanction évidemment certaine ou un arbitre entièrement désintéressé.

Qui croit au Dieu dont Moïse a écrit la loi, qui croit au Dieu dont le fils a été crucifié , qui croit au Dieu dont Mahomet s'est déclaré le prophète, qui croit au Dieu dont Luther, Mélanchthon, Zwingle, (Erolampade, Calvin, ete,, etc., ont réformé le culte, qui croit enfui a un Dieu, souverain juge, porte en soi cette sanction, lumière de sa conscience et but de sa marche, règle de sa conduite et mesure de sa foi.

D'où vient donc que cette sanction, qui devrait être si puissante, est communément si faible? — Cela ne peut s'expliquer qu'en disant qu'il lui manque la certitude, quelques efforts qui aient été faits, quelques martyres qui aient été endurés pour la démontrer et pour la répandre.

Vains efforts, martyres inutiles et qui devaient l'être, car foi et certitude sont deux mots, dont l'un implique la négation de l'autre. A défaut de cette certitude, que nul n'a pu donner, à défaut de la sanction au-dessus de tous les doutes, il faut donc chercher l'arbitre audessus de toutes les influences. Le constituer serait-il impossible? Serait-il impossible d'imaginer une justice pénale, criminelle, civile, qui fût plus simple et moins douteuse que celle qui régit le monde sous tant de noms différents et sous tant de formes diverses, qui punit ici ce que là elle absout, qui tantôt met l'équité au-dessus du droit, et tantôt le droit au-dessus de l'équité; qui, le plus souvent, a pour règle l'exception, qui partout, a peu près, écarte le vrai Dieu qu'elle proclame, pour ouvrir un passage au faux dieu qu'elle devrait écarter, le faux dieu dont on a tant abusé, et qui se nomme faussement la Nécessité?

Partout, en effet, je vois en perpétuel désaccord la foi et la loi. Ce que la foi excuse, la loi le condamne. Ce que la foi pardonne, la loi le punit. Ce que la foi prescrit, la loi l'enfreint. Qu'est-ce donc que la foi? qu'est-ce donc que la loi? Si la foi, c'est la loi divine, comment au-dessus de la loi divine'la loi humaine ose-t-elle se placer, et celle-ci plus que celle-là se croire nécessaire et infaillible 1

SacrilègeI sacrilège!

Je ne comprends pas, je n'ai jamais pu comprendre qu'en aucun temps et en aucun pays, la foi transmise ne fût pas toujours la loi vivante ; que la loi ne fût pas relativement à la foi ce que le son est à la voix, ce que la parole est à la pensée, ce que la conscience est à la conduite , ce que la matière qui obéit est à la volonté qui commande!

Qui pourrait me nommer un seul peuple qui', considérant l'Évangile comme un livre divin, ait voulu que ses codes en fussent la traduction Adèle î Est-ce ce qu'a fait l'empereur Napoléon? Cependant, il disait de l'Évangile : « L'Évangile n'est pas un livre, c'est un être «vivant. Le voici,.sur cette table, ce livre par ex» cellence; je ne me lasse pas de le lire... Je connais » les hommes, et je vous dis que Jésus n'est pas un » homme* ».

S'il est un pays qui n'ait pas d'autre code que l'Évangile, si ce pays existe, qu'on me l'indique, afin que je le choisisse pour ma patrie d'élection, et que, n'ayant pas eu le bonheur d'y naître, j'aie le bonheur d'y mourir.

La foi, parla bouche de l'apôtre saint Matthieu, commande en ces termes:

« Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donnele aux pauvres, et tu auras un trésor dans le Ciel.

» Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers.

» Vous savez que les princes des nations les MaîtriSent et que les grands usent d'Autorité sur elles, mais il n'en sera pas ainsi entre vous; Au Contraire, quiconque

'Sentiment de Napolron sur te christianisme, par de Beauterne.

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