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actifs, le concert des volontés et la solidarité des efforts en vue du bien général; et dans cette solidarité se confondent, pour s'effacer avec le temps, les diversités d'origine et de race qui caractérisent à ses débuts toute agrégation coloniale.

» Ce n'est qu'au sein de la Commune s'administrant elle-même, avec ses propres ressources, que se développera cet esprit d'initiative et d'entreprise qui pousse les populations énergiques à s'ingénier, à s'imposer des sacrifices pour conquérir le bien-être et la richesse par le progrès. L'expérience n'a que trop prouvé que, sous l'influence d'une sorte de communisme administratif qui les accoutume à tout attendre de la vigilance et de la sollicitude du pouvoir central, les masses comme les individus s'abandonnent volontiers à l'imprévoyance et à l'inertie. En perpétuant la minorité des populations, on ne fait que perpétuer leur enfance et leur débilité. »

M. Haussmann, préfet de la Seine, dans son exposé au conseil municipal, publié en novembre 1853, répond:

« La Commune existe presque aussi anciennement que la famille. Elle est née spontanément de la force des choses. Ce n'est pas simplement une division territoriale; c'est l'élément qui a formé les empires, le principe et le point de départ de toute organisation politique. Les individus qui la composent sont liés par des intérêts présents aux yeux de chacun, intérêts tout à la fois moraux et matériels. Elle a toujours eu ses ressources propres, son budget indépendant, ses affaires distinctes. Devenue partie intégrante et subordonnée de l'administration générale, et soumise à la forte tutelle de l'Etat, elle est encore une unité vivante, douée d'une féconde activité.

» Le département, au contraire, de création récente, a été tout d'abord une pure circonscription administrative, dont les limites pouvaient être arbitrairement étendues ou restreintes. Le lien de ses habitants est essentiellement politique.

» Dans un but de décentralisation, la loi du 10 mai 1838, inspirée par l'esprit parlementaire, a fait du département une personne civile; mais l'individualité qu'elle lui a donnée est plus nominale que réelle. Les importants services dont la réunion constitue l'administration départementale sont d'utilité générale, d'ordre public, et n'ont de local que leur action immédiate et le contrôle dont ils sont l'objet. »

Enfin, l'empereur Napoléon Ier disait:

« Si la guerre ne m'était nécessaire, je commencerais la prospérité de la France par les Communes.

» L'administration de la France est encore une machine qui s'organise. Il reste, par exemple, à reconstruire les Communes.

» Chaque commune représente en France 1,000 habitants. Travailler à la prospérité des 38,000 communautés, c'est travailler au bonheur des 33,000,000 d'habitants, en simplifiant la question, en diminuant la difficulté de tout ce qu'établit de différence le rapport de 36 mille à 30 millions. C'est ainsi que Henri IV entendait faire lorsqu'il parlait de sa poule au pot, autrement il n'eût dit qu'une sottise. »

Qu'est-ce, en résumé, que la Commune?—La Commune est l'association d'habitants unis par le même intérêt local.

Qu'est-ce que la Paroisse ? —La Paroisse est l'association locale de croyants unis par la même foi religieuse.

Qu'est-ce que la Corporation ? — La Corporation est l'association de tous les travailleurs d'une profession unis contre le même risque : celui d'atteinte, par la concurrence, au taux nécessaire de leur salaire.

Qu'est-ce que l'État? — L'État est l'association de toutes les Communes d'un pays unies contre le même péril : celui d'atteinte, par la guerre, à l'indépendance de leur territoire.

Lorsqu'on a ainsi reconnu que la Commune et l'État, la Religion et la Corporation ne sont que quatre formes différentes de l'association, tous les rapports s'établissent d'eux-mêmes, tous les nœuds se dénouent sans effort, tous les problèmes offrent leur solution.

S'il est vrai que l'État soit l'association de toutes les Communes d'un pays unies contre le même péril : celui d'atteinte, par la guerre, à l'indépendance de leur territoire, il suffit que le risque de guerre disparaisse pour que l'État, sortant de ses démarcations arbitraires, rentre dans ses limites naturelles.

S'il est de l'intérêt de toutes les Communes de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Espagne, d'Italie, qu'il en soit ainsi, la Carte de l'Ancien Monde, violemment défaite par la guerre, se refera naturellement par la paix.

Les nations sont à chacun des trois continents qu'elles ont morcelés ce que les fractions d'un entier sont à cet entier, ce que les parcelles d'un champ sont à ce champ.

Une nation est une fraction, elle n'est pas un tout.

Une nation est un membre, elle n'est pas un corps.

Ainsi s'explique comment les nations palpitent et ne vivent pas; la guerre est une convulsion, ce n'est pas la vie; la misère est la mort, car c'est la gangrène.

Il faudrait n'avoir pas d'yeux pour ne pas voir que, par le progrès de la science, tout ce qui est limite territoriale, démarcation de frontière, tend à disparaître.

Les Corporations sont appelées à remplacer les Nations.

En d'autres termes, les nations territoriales doivent se préparer à disparaître pour faire place aux nations professionnelles.

Les intérêts ne se régleront plus de natio;i à nation, mais de corporation à corporation.

Aussi l'homme d'État, l'homme aimanté, qui se sent attiré vers l'avenir comme l'aiguille de la boussole, l'aiguille aimantée se sent attirée vers le nord, ne doitil plus s'appliquer désormais qu'à étudier tout ce qui porte en soi le caractère de l'universalité.

Universalité du Droit.
Universalité de la Science.
Universalité de l'Enseignement.
Universalité de la Paix.
Universalité du Vote.
Universalité de l'Impôt.
Universalité de la Commune.
Universalité de la Corporation.
Universalité de l'Échange.
Universalité des Monnaies.
Universalité des Mesures.

L'unité est à l'universalité ce que le chemin est au but.

S'il y a, eu ce monde, deux justices, il y en a une qui a usurpé le nom de l'autre.

S'il y a dans ce monde deux religions, il y en a une des deux qui est nécessairement fausse.

L'injustice et l'erreur ont fait leur temps; l'homme libre et instruit ne peut plus marcher garrotté par elles.

Si la religion était encore ce qu'elle a été dans le passé, la paroisse serait demeurée ce qu'elle fut: l'unité territoriale; car la paroisse est naturellement la division territoriale du monde catholique. Le mot paroisse vient du mot parochia, et celui-ci de deux mots grecs qui veulent dire autour de la maison ou de Vêglise. Mais du jour où la Commune a grandi, la paroisse a décliné, parce que du jour où la tolérance religieuse est entrée dans les esprits, l'unité territoriale a changé de nature et de conditions : l'unité territoriale n'est plus dans la paroisse, elle est maintenant dans la justice de paix.

Le juge de paix, élu par l'universalité des justiciables de son ressort, n'est pas seulement appelé à concilier les parties qui se présentent devant lui; il est appelé, concurremment avec l'officier de paix nommé par l'État, à localiser et à centraliser dans les archives de son greffe tous les renseignements relatifs à l'état civil et à la moralité judiciaire de chaque habitant né et immatriculé dans la Commune, que celui-ci y réside ou qu'il vive éloigné d'elle.

Par cette localisation de tous les renseignements propres a l'éclairer, par ce compte ouvert à tous ses justiciables et régulièrement tenu, on comprend que le juge de paix acquiert une puissance et une infaillibilité qu'il ne possédait pas, qu'il ne pouvait pas posséder; il devient le prêtre de la justice, et son prétoire se change en un confessionnal où parle à voix haute la conscience publique lorsque se tait ou ment la conscience individuelle. Sous le langage du plaideur, il voit le passé du pécheur.

Dès qu'un fait qualifié délit ou crime a été constaté par un juge de paix ou d'appel, le greffier de ce juge étant tenu, sous peine d'une amende considérable par chaque omission, d'adresser en double expédition l'extrait de ladite constatation au greffe de la justice de paix et à l'officier de paix de la Commune-lieu de la naissance du prévenu,*l'obscurité qui jusqu'à ce jour avait enveloppé la société se dissipe aussitôt : la couscience de chacun et de tous devient comme si elle était transparente.

Un tel avantage est trop grand, à un trop grand nombre de points de vue, pour qu'il y ait lieu de craindre qu'on s'arrête à des considérations secondaires et de peu d'importance contre l'érection en Justices de paix de toutes les Communes de France, réduites de 36,819 à 6,300 environ *.

* 6,000 communes chefs-lieux de justices de paix à mison de 5,000 habitants représenteraient une population de

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