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vait que de l'ensemble de ceux qu'unissait le lien fédératif; Prenant en considération ces paroles d'Aristote:

« Il ne suffit pas d'organiser un gouvernement parfait, il faut surtout un gouvernement praticable, d'une application facile et commune à tous les États; loin de là, on nous présente aujourd'hui des constitutions inexécutables et compliquées. »

Ces paroles de Montesquieu:

« Dans les plus belles machines l'art emploie aussi peu de mouvement, de forces et de roues qu'il est possible. »

Ces paroles de Francklin, en 1788:

« Les idées de contre-poids, d'équilibre, ont sur certaines gens une influence d'autant plus grande qu'ils les entendent moins. Les hommes, en général, aiment mieux les choses fines que les choses vraies, admirent inoins ce qui est simple que ce qui est compliqué, croient plus volontiers ce qu'un petit nombre se vante d'entendre que ce qui est entendu de tout le monde. »

Ces paroles de Siéyès, en 1789:

« Il est dans le cours ordinaire des choses que les machines plus compliquées précèdent les véritables progrés de l'art social comme de tous les autres arts ; son triomphe sera pareillement de produire les plus grands effets par des moyens simples. »

Ces paroles de Stuart Mill:

« Il est douloureux de penser en quelle formidable proportion tous les efforts et tous les talents du monde sont employés, même dans l'état social le plus avancé, à se neutraliser les uns les autres. Le véritable objet de tout gouvernement est de réduire le plus possible cette déplorable déperdition, en prenant telles mesures qui fassent servir à augmenter le bien-être moral et matériel de l'espèce humaine, l'énorme quantité de forces que len hommes emploient aujourd'hui à se nuire les uns aux autres ou à se protéger les uns contre les autres. »

Ces paroles de M. Guizot:

« Pour se procurer des ressources, le despotisme des empereurs romains fut contraint de créer une machine administrative capable de porter partout son action, et qui devint-elle-même une charge nouvelle. Ce système de gouvernement n'avait d'autre objet que d'étendre sur la société un réseau de fonctionnaires sans cesse occupés à en extraire des richesses et des forces pour aller les déposer aux mains de l'empereur.

» La Révolution a détruit le gouvernement de l'ancien régime, mais elle n'a pas construit son propre gouvernement. »

Ces paroles de M. Léon Faucher:

« Nous avons exagéré la centralisation; nous l'appliquons à tout, et le plus clair résultat de ce système, aujourd'hui, c'est d'entasser des montagnes de papiers qui sont fabriquées par des armées de commis. »

Je propose:

Au lieu d'une Constitution écrite, toujours exposée a être violée ou mal interprétée,—le meilleur mode de vote universel : individuel et annuel, direct et secret;

Au lieu d'une Assemblée législativeéluepourplusieurs années, toujours prête a abriter sous ce grand mot :la Loi , les erreurs les plus monstrueuses, les écarts les plus condamnables : — une commission annuelle de surveillance et de publicité, résumant les minorités divisées, les défiances éveillées, les idées opposées, et, appelant le peuple à prononcer et à exercer la puissance indivisible, conséquemment indivise, dans toutes les circonstances graves et dans tous les cas douteux;

Au lieu d'un Président de la République, élu, comme après 1&48 en France, pour quatre années directement par l'universalité des électeurs, ce qui créait cette anomalie que, subalterne en droit, il était supérieur en fait à l'Assemblée législative : — un maire d'État, annuellement élu, toujours révocable et rééligible, responsable de tout dans la limite de ses fonctions, se bornant à entretenir les relations extérieures, à publier le budget annuel des recettes et des dépenses; à rédiger et signer tous les règlements d'administration publique, mais ces règlements ayant pour limites étroites les objets mêmes auxquels ils devront s'appliquer ExcluSivement, objets qui sont:

Propriétés nationales ,.—Acquisitions, échanges, aliénations, entretien, réparations.

Voie publique ,. — Grande voirie, circulation.

Sûreté générale.- — Arrestation et poursuite des malfaiteurs; exécution des arrêts de la Justice.

Armée : —Proportion des armes; conditions de l'enrôlement volontaire; solde; avancement; retraite.

Marine .- — Construction des vaisseaux; conditions de l'enrôlement volontaire; solde; avancement; retraite.

Dans ce système, la Nation n'agit jamais que comme Nation, la Commune n'agit jamais que comme Commune, et sans pouvoir attenter ni l'une ni l'autre à la liberté de l'Individu, qui doit toujours rester entière.

Qu'est-ce qui constitue une nation? — Une communauté d'intérêts territoriaux et commerciaux qui, pour se développer et se protéger, a eu besoin jusqu'à ce jour d'entretenir une armée et une flotte. Mais si l'on suppose que, par suite des progrès du commerce et de la réciprocité des échanges, tout risque de guerre, les armes à la main, disparaisse entièrement: flottes et armées n'ont plus de raison d'être.

Dès qu'il n'y aurait plus ni armées ni flottes (les rois le savent bien !), le lendemain il n'y aurait plus do royautés, le surlendemain il n'y aurait plus de nationalités, car les nationalités n'ont elles-mêmes de raison de subsister que par la rivalité des intérêts. Cette rivalité d'intérêts est-elle dans la nature? Non; l'homme est l'œuvre de la Nature, mais les peuples sont l'œuvre de la Guerre. Détournée violemment de son but par la guerre, l'esclavage et l'ignorance, l'Humanité y est lentement ramenée par la paix, la liberté et la science. Désormais, plus l'homme pèsera dans les balances de la civilisation, moins les peuples y pèseront. Nature et Civilisation sont les deux extrémités du cercle dans lequel l'hoir "° se meut; ouvrez le cercle : les deux extrémités s'écarteront ; refermez-le : les deux extrémités se rapprocheront et se confondront. La vapeur et la télégraphie électrique sont deux découvertes qui datent d'hier, et déjà elles ont changé tous les rapports des peuples; une troisième découverte qui a cessé d'être improbable, un .nouvel effort de la science : la navigation aérienne, peut prochainement accomplir une révolution économique et sociale contre laquelle se débat convulsivement le vieux monde, pour porter aux nationalités le dernier coup. Si les hommes naissent tous frères, ainsi qu'on nous l'enseigne, à quoi les nationalités servent-elles? A diviser socialement ce qui est naturellement uni, à affamer les travailleurs pour nourrir les gouvernements. Il faudrait ne pas voir clair pour ne pas voir que les nationalités sont appelées il urvivre peu de temps à la disparition des inimitiés interpopulaires.

En aucun cas d'ailleurs et sous aucun prétexte d;i puissance nationale ou de salut public, le maire d'État n'aurait à s'immiscer dans ce qui serait du domaine do la puissance individuelle et dela puissance communale, chacune de ces trois puissances étant logiquement définie, naturellement délimitée et matériellement inviolable.

Contre toutes ces garanties réunies en faisceau, que pourrait tenter l'ambition d'un seul homme avec le plus faible espoir de succès? Où donc serait le danger que présenterait L'administration De La Chose PubliQue PAR UN SEUL SOUS LE CONTROLE DE TOUS?

Dans ce système, l'action reprend à la parole la puissance que celle-ci avait usurpée.

Plus de débats stériles!

Plus de dissertations anticipées!

Plus d'interpellations tardives!

Plus de foyers d'agitation!

Est-ce que la liberté de discussion déclarée inviolable sous toutes ses formes ne suffit pas pleinement h l'examen des questions? Est-ce que le régime officiel des Assemblées délibérantes ne forme pas double emploi avec la liberté absolue de discussion.

Mettre aux voix dans une Assemblée l'adoption d'idées dont l'application n'a pas été encore faite, n'estce pas proscrire, sous une forme indirecte, toute idée grande, toute idée neuve? N'est-ce pas lui fermer l'accès pour laisser passer l'idée vulgaire et la négation présomptueuse? N'est-ce pas donner au savoir et à la supériorité pour juges suprêmes l'ignorance et la médiocrité?

Est-ce que l'Académie des sciences, consultée par le Premier Consul, n'a pas commencé par condamner l'invention de Fulton?

Le gouvernement ne doit plus être que l'administration de ce qui est essentiellement indivisible, conséquemment indivis, nécessairement collectif, exclusivement public.

L'homme libre se gouverne, on ne le gouverne pas.

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