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de citations empruntées aux livres de la Grèce, ce fut en grec qu’il prit congé de la vie et du public devant qui il avait joué son rôle : 861:: xpéæorv xal mivnç û_u.cïç p.uäz xapäç xtmrficæu.

Quelques—unes de ses lettres, rapportées par Suétone, offrent à peu près autant de phrases grecques que de phrases latines Le même biographe atteste avec quelle ardeur il avait fait des études grecques , et quelle supériorité il y avait acquise. Apollodore avait été son maître. Il ne s’était pas contenté ‘de ses leçons; il avait vécu dans l’intimité avec des philoso— phes venus de la Grèce. Pourtant, il n’avait jamais pu parvenir à parler couramment leur langue ; il n’avait jamais pu prendre sur lui de rien écrire en grec. Il était un lecteur assidu des auteurs grecs, il y cherchait des préceptes, des exemples, dont il se servait dans ses rapports avec ses familiers, avec les chefs des ar— mées, les gouverneurs des provinces. Il avait toujours quelque mot grec à la bouche; parfois, il en composait pour égayer ses conversations. Il appelait 'A1rpazyânohv une île voisine de Caprée, désignant ainsi la vie de loisir et de paresse qu’il y menait avec ses amis. L'un d'eux, Masgabas, recevait le titre de micm;ç ou fondateur. Ce Masgabas étant mort, Auguste, un soir, vit de sa salle a manger son tombeau éclairé de mille lumières qu’une grande foule y portait, et sur le champ il improvise. ce vers :

K‘rîc‘r0u 6è ‘nËp.ËOV sic‘opô‘: 1wpoÜy.æwv.

Puis il demanda à Thrasylle, un compagnon de Tibère, de quel poète était ce vers. Thrasylle hésite et cherche, Auguste lui en décoche un nouveau :

‘Opëç cptiecm MouryvÏ6æv fl}Mi)[JÆVOY. et renouvelle sa question. et Quel que soit l’auteur qui (l) Voir la Vie de Claude.

les ait faits, dit Thrasylle, ils sont excellents. ” Et Au— guste d’éclater de rire. Ces distractions valaient mieux que celles de Tibère (l).

Celui—ci eût été très—capable de parler grec, il ne le voulut jamais. « Sermone Græco, quamquam alioqui promptus et facilis non tamen usquequaque usus est. » Il y mettait une sorte de pruderie. Ayant besoin au Sénat du mot monopotäum, il s’excusa d’employer un mot étranger. Il fit effacer d’un décret des sénateurs le mot êy.ÊMp.u, qui s’y trouvait, et le remplaça par un mot latin. Il aimait mieux qu’on eût recours a quelque pé— riphrase plutôt que d’introduire un terme étranger à la langue du pays. Un soldat devait déposer dans une cause; on l’avait interrogé en grec, il lui défendit de répondre autrement qu’en latin. Il faut s’y résigner: Tibère n’aimait pas cette langue. On voit pourtant, à ses scrupules, combien elle gagnait autour de lui, puis— qu’elle envahissait déjà les actes publics.

En revanche, Caligula écrivit des comédies en grec (2). Il encourageait les concours où l’on proposait des ouvrages écrits dans les deux langues latine et grecque. Il savait à propos trancher un débat entre ses amis par ces mots : aÏç xoipawoç È'cæw, si; Bac‘fÀaüç.

Faut—il voir une preuve de son hellénisme dans la fantaisie qui lui faisait apporter à Rome les chefs— d’œuvre de la statuaire grecque pour remplacer par sa propre tête, celle des Dieux et des héros, celle même de Jupiter Olympien? (3) Homère pourtant courut avec lui le danger de se voir abolir. Il réclamait pour lui— même la liberté que s’était donnée Platon de le bannir de sa république. C’était un dangereux ami que les Grecs avaient la !

(‘) Suétone. Vie d’Auguste.
(î) Suétone... inter caetera studiorum monumenta reliquïl et comæda’as

græcas.
3) Suétone. Calu‘gula.

Claude, cet érudit étrange, mélange de savoir et de niaiserie, avait un grand faible pour le grec; il se faisait gloire de cet amour , il disait que cette langue était supérieure à la langue latine. Elle était la sienne, c’était du moins ce qu'il faisait entendre en félicitant un étranger qui avait parlé devant lui en grec et en latin: « Cum utroque sermone nostro sis peritus.» L’Acha‘ie lui était particulièrement chère; il la recommandait a la bien—veillance des Sénateurs. Souvent, quand il venait quel— que ambassade de ce pays, il répondait fort au long aux envoyés. C'était en grec qu’il donnait le mot d’ordre au tribun de garde, quand il avait à. se défaire ou d’un ennemi, ou d’un conspirateur :

ävëp’ ê1tazpflvæaûut, '31‘: ‘n: 1tp&rgpoç xa.Àz1rufvoz.

Enfin il écrivit en grec deux histoires, vingt livres sur les Antiquités Tyrrhéniennes Tuê{mwxd‘w, huit sur celles de Carthage Kapxnäowxäw. Il voulut que chaque année, à jour fixe, au musée d’Alexandrie, on fit la lecture de ces deux ouvrages ; il se considérait lui—même comme un antique, comme un modèle.

On en est bien fâché pour les lettres grecques , mais elles ne firent rien sur le caractère ‘monstrueux de Néron. Elles ne servirent qu’à donner à ses passions et a ses folies un air de baladinage et de dilettantisme qui les rend plus odieuses. On le voit a de cet air mélodra— matique qui n’appartenait qu’à lui (1), » se dire tourmenté par les furies, jouer avec ses remords et citer des vers grecs sur les parricides. Il avait un goût prononcé pour Oreste, pour Œdz'pe, pour Hercule en délire ; il aimait à représenter ces personnages sur la scène. On remarqua qu’une des dernières pièces qu’il ait chantées en public était Œa’z‘pe garde’, et que la mémoire lui fit défaut à ce vers :

Ocmîv p.9‘. &vu'rru mînap.oç, p.1’fmp, ‘n:ærfip. (‘) Roman. L’Antechrist. p. 127.

Ses souvenirs littéraires n’ont fait que suggérer ou des crimes à son imagination pervertie, ou des citations horribles. Il jouait depuis son enfance l’Incendæ‘e de Troz'e.

Dans un de ses accès de fureur égoïste contre le sort, il s’écria : « Heureux Priam, qui a pu voir de ses yeux son empire et sa patrie périr à la fois. n Dans une autre circonstance, entendant citer un vers du Belle’roplzon d’Euripide, qui signifiait :

Moi mort, puissent la terre et le feu se confondre!

« Oh non ! ‘dit—il, mais bien moi vivant! (‘) Dic‘ente quodam in sermone communi :

êy.oÜ Ôozvévtoç yozïcz ptxfhfi‘rw ‘trupî,

imo, inquit, âpwü Ca‘moç, » et Suétone ajoute : u Planeque ita fecit. ” Il l’accuse d’avoir incendié Rome, d'avoir, à la lueur des flammes, chanté « é’û\mw Ilii, la prise d’Ilion» avec le costume du Théâtre. Il voulait rebâtir Rome et l’appeler N éropolis.

A ses derniers moments , près de mourir , il ne cessait de répéter des citations classiques; suivant Dion Cassius (’), il se rappelait ce vers qu’un tragique avait mis dans la bouche d’Œdipe :

oimpäôç Oows’z’v y.’&'vwyz mînup.oç, 1rcmip.

Epouse et père veulent que je meure misérablement.

Quand il lui venait quelque honte de sa lâcheté àmourir, il se disait en grec : « On’; 1tpé‘rtst Népwvt, où 1tpénsz. Nfiq>aw Sait èv TOÎÇ 'COLOÛ’EOLÇ. 'Aye, ’s'vetps caunäv. »Et il ne parvenait pas à se donner du cœur. Enfin, il entendit le bruit des cavaliers qui accouraient vers sa retraite. A cet instant décisif, dont il ne se cache pas l’horreur, c’est un vers de l’Ilz‘aa’e (1) qui s'offre à son esprit:

(l) Renan. ibid. 144. (7) Lib. LXIlI; 28.

"Imrwv u’xbxmréäwv <'zy.cpi n‘nin0ç où'a‘cot [3a’.ÀÀez
Le pas des lourds chevaux me frappe les oreilles.

Ce serait en vérité à faire prendre le grec en horreur ! Rappelon s-nous pourtant que cette langue servait aussi aux ennemis de Néron pour marquer ses crimes d’une note d’infamie. On trouva souvent, dit Suétone, des affiches qui portaient ces mots :

Népow, ’Opémç, ’AÀxp.aiwv, gmæpox‘t6mt.

Néron, Oreste, Alcméon, meurtriers de leur mère.

Ou encore :

Nzo’vuyæav Népmv i8tome y:qrÊp’ àm'xrzmv.

Néron a tué sa jeune femme, il a tué sa mère.

Légère expiation de tant de crimes !

Galba, Othon, Vespasien laissent surprendre dans leur vie quelques traces d’hellénisme, mais ils n’en firent point, comme Néron, usage pour le crime et la folie. Domitien décora d’une citation grecque le traité qu’il dédia à un de ses amis, sur l’art de soigner la che— velure : « Quamvis libelle quem de cura capillorum ad amicum edidit, hoc etiam, simul illum seque conso1ans, inseruerit, oüx_ bpôfiç cbç xa’zyè xoûäa ’17€ uéyoccms. . . ” Une autre fois , comme on le pressait de se marier, il répondit : M7’; xazi O‘ÙYdfLŸjO‘ŒY. 0éÂatç ;. Ce peu d’hellé— nisme de Domitien peut être compensé par celui d’une corneille fatidique. Quelques mois avant la mort de cet empereur, du haut du Capitole, elle dit en grec: ct Ëa*cau naîwa mÂŒç. n

N’oublions pas qu’il institua un concours quinquen— nal en l’honneur de Jupiter Capitolin; entre autres exercices , récompensés d’un grand nombre de couronnes ,

(1) X. 535.

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