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Le B italien ne se confondait pas avec le V, puisque les latins avaient imaginé cette consonne inconnue, dit l’auteur, aux descendants de Cécrops:

Cecropiis ignota notis, ferale sonans V (‘).

Les passages que nous venons de citer rendent donc inutile, au moins pour le temps d’Ausone, toute discus— sion sur la valeur du B et de l’H grecs, ils se pronon— çaient comme notre B et notre E.

En d’autres écrits, Ausone nous a conservé quelques détails curieux. Dans le Protrepticon de studio pueritz‘, c’est—à—dire dans un plan d’études destiné à son petit— fils, il recommande de faire lire à cet enfant Homère et Ménandre parmi les grecs, Térence, Cicéron, Horace et Virgile parmi les latins

Quelques—uns de ses écrits sont des imitations de Pythagore, tel que le oui et le non; d’autres, des sommaires de chaque livre de l’Iliade et de l’Odyssée.

C’est dans la Commémoration des professeurs de Bordeauæ, qu’il nous a laissé les souvenirs les plus intéressants pour la connaissance des études grecques en son temps. On sait qu’il a consacré, dans des vers de différentes natures, l’expression de sa reconnaissance pour les maîtres de sa jeunesse, pour ses collègues et ses amis, que la mort avait enlevés à l’enseignement. Cette liste, beaucoup trop courte, se recommande sur— tout par la mention qu’Ausone y fait de plusieurs pro— fesseurs de grec. Notons d’abord le professeur de latin Alcimus Alethius, qui unissait la science des deux lan— gues, aussi habile dans celle d’Athènes que dans celle de Rome : Exemplar unum in litteris

(‘) Voir là-dessus la dissertation de M. Egger. sur la prononciation du grec. t. I. p. 462. On a souvent cité aussi le vers suivant d'une comédie de Cratinns, conservé par Eustathc. d’après le grammairien Ælius Dionysius:

6 3’ñli'icoç, dim‘np ‘IrçéÊu‘rov, {3?}, lit}, ÂÉywv Gaôilÿez. (Et le niais s'avance en disant hé. hé. comme une brebis.) (’) HL”. lin. de la France. t. II, p. 299. '

Quas aut Athenis docta coluit Græcia,
Aut Roma per Latium colit.

Censorinus Atticus reçoit une louange égale :

Tam generîs tibi Celsus apex quam gloria fandi;
Gloria Athenei cognita sede loci.

Stophylius, rhéteur, citoyen d’Ausci, c’est—à—dire d’Auch, est célébré pour avoir une aussi pleine connaissance de Tite—Live que d’Hérodote, pour savoir toute la science que Varron a renfermée dans ses six cents volumes :

Grammatice ad Scaurum atque Probum, promptissime rhetor,
Historiam callens Livii et Herodoti;
Omnis doctrinæ ratio tibi cognita quantam
Condit sexcentis Varro voluminibus.

Une même épitaphe consacre les noms de Crispus et d’Urbicus, grammairiens latins et grecs. Nous y voyons que Crispus enseignait aux enfants les éléments de la langue latine et qu’il puisait parfois dans le vin une inspiration qui l’égalait à. Virgile et a Horace. Urbicus enseignait le grec et Ausone lui fait l’honneur de pleurer sa mémoire en introduisant un mot grec dans la strophe latine :

Et tibi, Latiis posthabite orsis,
Urbice, Graiis celebris, carmen
Sic DLdlm~

Nous regrettons que le temps ne nous ait laissé par— venir aucun des vers de Citarius. Il était né à Syracuse, en Sicile, il avait la docte critique d’Aristarque et de Zénodote. Sa muse était plus habile .que .celle de Simonide :.

Citario, Siculo Syracusano, Grammatico Burdigalensi Græco. \

Et Citari dilecte, mihi memorabere, dignus Grammaticos inter qui celebrere boucs. Esset Aristarchi tibi gloria, Zenodotique, Graiorum antiquus si sequeretur honos. Carminibus, quæ prima suis sunt condita in annis, Concedit Cei musa Simonidei.

Corinthe, Sperchée, Menesthée forment un autre groupe qu’Ausone salue. Menesthée ne fut pas son maître, les deux autres le comptèrent parmi leurs élèves. Le poète s’accuse de n'avoir pas assez profité de leurs leçons. L’aveuglement ordinaire de l’enfance l'empêcha de se rendre docile à l’enseignement du grec. Cet aveu ne doit pas affaiblir en nous l’idée qu’Ausone peut nous donner de sa science. Il répara sans doute plus tard le temps perdu :

Grammaticis Græcis Burdigalensibus.

Romulum post hos prius, an Corinthi,

Aune Sperchei, pariterque mati

Atticas muses memorem Menesthei
Grammaticorum ?

Sedulum cunctis studium docendi;

Fructus exilis, tenuisque sermo.

Sed quia nostro docuere in ævo,
Commemorandi.

Tertius horum, mihi non magister,

Ceteri primis docuere in annis,

Ne forem vocum radis, aut loquendi ;
Sed sine cultu.

Obstitit nostræ quia, credo, mentis

Tardior sensus; neque disciplinis

Appulit Græcis puerilis ævi
Noxius errer.

On aura remarqué que ces professeurs ne tiraient de leur enseignement que de maigres ressources, probablement les douze annones accordées par le décret de Gratien, et que leur renom ne faisait pas grand bruit, Fructus exilis, tenuisque sermo.

Il ne faut attribuer cette chétive existence sans doute qu’au peu d’éclat du talent de ces maîtres. On n’en saurait conclure que les études grecques fussent mé— priséesàBordeaux quand on y trouve un pareil nombre d’hellénistes, et qu’on voit d’ailleurs Citarius faire dans cette ville un brillant mariage.

Urbe satus Sicula, nostram peregrinus adisti;
Excultam studiis quam prope reddideras,
Conjugium nactus cito nobilis et locupletis....

Ces vers disent beaucoup. Il y avait a Bordeaux des auditeurs qui profitaient du savoir de Citarius et se formaient à l’élégance attique ; celui—ci avait eu assez d’élo— quence, de bonne grâce et d'adresse pour entrer dans une riche famille par une alliance qu’il ne devait qu’à sa réputation et a son mérite.

Il est inutile de nous arrêter aux noms des profes— seurs latins qu’Ausone rappelle avec éloges. Tout ce que nous en dirons c'est qu’ils forment un groupe de maîtres nombreux et instruits. Bordeaux était alors le foyer des lumières. On y venait enseigner de tous côtés. Ce n’est pas une des moindres surprises du lec— teur que d’y trouver, à côté de Siciliens et de Grecs, un Baiocasse, c’est—à—dire un gaulois de Bayeux, nommé Patera. Il était issu de la race des Druides, son père avait été prêtre du temple de Belenus: c’était ce que désignait son nom celtique de Paiera, prêtre d’Apollon. Les Delphidius, les Axius, les J ucundus, les Phœbi— tius, les Concordius, ne s’enfermaient certainement pas dans l’unique cercle des études latines. Le grec avait une bonne part de leurs soins,et la société de Bordeaux devait offrir, dans plus d’une maison, un échange actif d’idées littéraires, puisque nous savons par Ausone que les femmes a certains jours étaient admises aux leçons publiques des professeurs (‘).

Tiberius Victor Minervius, dont parle notre poète, parmi les grammairiens latins, donna des leçons publi— ques de rhétorique à Constantinople, et alla, vers 353, suivant Saint J érôme (’) et Ausone encore (3), continuer la même profession dans Rems (‘).

Ne laissons pas passer inaperçus d’autres noms de gaulois célèbres alors par leur savoir: Emilius Magnus Arborius fut aussi appelé à Constantinople par l’em— pereur Constantin, pour instruire les princes ses en— fants (5). A Rome, on voit, dans ce même siècle, une chaire d’éloquence remplie par _Scaia ou Hieve, homme très-éloquent en grec et en latin, et fils de Théodore, secrétaire d’Etat, illustre gaulois (°). Pallade, qui pro—fessait a Lerida, était gaulois de naissance (7).

Ammien Marcellin cite Phr0nème et Euphrase, tous deux Gaulois , très-recommandables pour la grande connaissance des sciences et des beaux—arts, insiitutis bonarum artium spectatz‘ssz‘mi. Il nous apprend que Phronème, après l’invasion de Procope, fut élevé à la dignité de préfet du prétoire de Constantinople, à la place deCésaire, et qu’Euphrase fut établi maître des ofiices (s).

XI.

On ne s’étonnera pas de ne trouver nulle part le nom de Paris sur la liste des villes gauloises où les études

(1) Hi“. lin. de la France. t. II. p. 13.

(*) Hier. CM‘. 1.1!. p. 184.

(3) Ans. Ep. 15. c. 1.

0) Hi“. li“. de la France. ibid. p. 15.

(5) Aus. Par. c. 3. p. 114.

(0) Aug. Conf. lib. 4. c. 14, note 2. —- Liv. 6, 2, note 1. (I) Hist. un. t. II. p. 15.

(8) Hiu. lin. t. u. p. 19.

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