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de l’hérésie des Valentiniens, trouvait dans ces con—trées des oreilles toutes prêtes à recevoir ses enseigne— ments qu’il prodiguait dans la langue de Saint Irénée (1).

En dehors de l’église et de son action. l’hellénisme des écoles était toujours florissant. Dans toutes celles de la Gaule, il n’y avait pas d’études sans la connaissance du grec. Il y avait en chacune d’elles quelque homme profondément versé dans les lettres helléniques, et quelquefois c’était un professeur issu de parents grecs ou venu directement de la Grèce. Le grand père d’Eumène était né dans Athènes; il avait passé à. Rome pour y enseigner la rhétorique, et il était venu à. Autun pour y continuer les leçons de cette science (‘3). Les grands maîtres d’éloquence que les Gaules produi— sirent au troisième siècle, les deux Mamertius, Nazaire, Arbore, Patère, Minerve, Alcime, Delphide, Drépane, n’étaient autre chose que des disciples des grecs. N ’ou— blions pas que Lucien, dans un voyage en Gaule, ras— semblait autour de lui des auditeurs avides d'entendre sa parole spirituelle; il ne s’en étonnait pas dans un pays où les habitants avaient symbolisé, sous la figure d’Hercules Ogmz‘us, l’éloquence et sa force. « Pendant longtemps, dit le rhéteur grec, je regardai cette image avec un mélange de surprise, de doute et d’indignation. Alors, un Gaulois qui se trouvait la m’adres sa la parole « il n’était pas étranger à notre littérature, comme je le vis, il parlait bien la langue grecque : c'était un phi— losophe, je crois, dans le genre du pays. n Lucien ne croyait pas blesser la vraisemblance en prêtant à. son philosophe les paroles que voici : u L’éloquence, pour‘l nous autres Gaulois, n’est pas, comme chez vous,l’at— tribut de Mercure :pour nous, Hercule la représente, parce qu’il est beaucoup plus fort que Mercure. n Qu’on

(l) Histoire lin. t. I. p. 242. P) Histoire lin. Ibid. p. 2-13.

le peigne vieux, cela n’est pas étonnant ; l’éloquence seule peut déployer dans la vieillesse sa perfection. Vos poètes n’ont—ils pas dit : a L’esprit du jeune homme est flottant, » et encore : a Le vieillard parle mieux que le jeune homme. » Chez vous aussi, le miel dé— coule de la langue de Nestor » Faisons la part de la fiction, il reste encore l’expression d'une assez haute estime de l'esprit gaulois et des lumières dont il était capable.

Fronton n’en pensait pas plus mal. Nul, mieux que lui, ne savait peser la valeur de ses éloges. Instruit a parler et à écrire la langue de l’Italie, aussi bien que celle de la Grèce, a il décernait le titre d’Athènes des Gaules à la capitale des Rémois, c’est—à—dire à. Dura— cortorum, dont le rude nom ne rappelle que trop l’an— cienne barbarie gauloise. N’est—il pas probable que cette gracieuse flatterie s’adresse a une ville qui renfermait des écoles grecques? (2) n

Favorinus était d’Arles. Il vivait entre le milieu et la fin du premier siècle de l’église. Philostrate (3) nous a raconté sa vie. Il nous le donne pour très-habile dans le grec. Il visita l’Asie, Athènes, Ephèse, et finit par se fixer à Rome. Il se fit partout admirer, et passa pour le plus célèbre sophiste de son temps. On lui éleva une statue dans Athènes. Il s’étonnait de trois choses, dont nous ne rapporterons que la première; c'est qu’étant gaulois, il se servait de la langue grecque. A Rome, il excita un empressement extraordinaire pour venir l’entendre. Ceux—mêmes qui n’avaient aucune connaissance

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(3) Egger. ibid. 36.

(a) Soph. vit. I, p. 496.

de la langue grecque ne laissaient pas d’asister à ses leçons et à ses discours. Ils y étaient attirés par Phar— monie de sa voix et le langage de ses yeux, qui savaient à leur manière animer ce qu’il exprimait (‘). Nous avons sur lui le témoignage d’un auditeur qui rapporte un fragment de l’un de ses discours et ajoute : Hæc Favo— rinum dicentem audivi Græca oratione

Il n'y avait, dit Philostrate, que Plutarque qui lui fût comparable par le grand nombre d’écrits qu’il don— nait au public. S’il faut en croire les auteurs de l’His— taire littéraire de la France (a), Phrynicus Arabius, qui fleurissait sous Commode, disait de lui : « a’zv‘hp 7&670u cî‘ç’wç, c'est un homme fait pour l'éloquence et qui éclipse tous les Grecs. » Nous avons le titre de quelques-uns de ses écrits : l’ImoÊoäm 'Icæopto‘z. — Anoavnpovzûuæu. — Hepl Tñç ‘Axazänurxïjç 8m6écsœç.— Hep‘: Huppæwxc’w æpô1mw. —- Hapl. l856’w, 1tsp‘t èuxjjç

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Le 111" siècle est rempli dans les Gaules par la litté— rature païenne, et l’on y trouve les traces les moins contestablcs d’une culture hellénique.Eumène, à Autun , continue la tradition grecque, quoiqu’il n’ait écrit qu’en latin ; on trouve auprès de lui des hommes venus d’Athènes. Trêves conserve encore ses chaires de grec; mais, au milieu du IV’ siècle, un rescrit de Valenti— nien II et de Gratien fixent les honoraires des profes— seurs de littérature latine et de littérature grecque dans des termes tels qu’il semblait alors difiicile de trouver des professeurs de grec. . . «ItemViginti (annonæ) Gram1

(l) Histoire un. t. I. p. 265-268. (2) Aul. Gel. Noct. Attic. mm.

(=) T. I. p. 270.
(‘) l’hilostrate cité‘ par les auteurs de l’Ifist. lin. de la France.

matico latino, græco etiam, si quis reperiri potuerit, duodecim præbeantur annonæ (‘).» Outre cette restric— tion significative si quis reperiri potueril, on remar— quera l’infériorité des appointements accordés au pro— fesseur de grec. Il est vrai que Trêves, au nord de la Gaule, était, plus que toute autre cité, exposée aux dé— vastations des barbares. Une inscription antique de Trèves est l’épitaphe d’un certain Epictetus, ou Hedo— nius qui s’intitule lui—même, grammairien grec

7 Bordeaux comptait dans ses chaires quelques grecs, tels que S perchée, Ménestrée, un ancien prêtre de Bélen, Phæbitius et son fils Patère.

Arles entendit l’oraison funèbre de Constantin le jeune, mort en 340, écrite en grec. Elle portait le titre de Monodie. Il faut bien croire que le grec avait encore dans ces pays de nombreux adhérents.

On peut suivre dans Ausone (309-394), mieux que chez aucun autre, l’influence de l’hellénisme sur un professeur illustre. Précepteur de Gratien, comte de l’Empire, questeur, préfet et consul en 379, il dut toutes ces dignités a son esprit et à son talent. Il ne nous appartient pas de redire ici tout ce qu’on a déjà écrit sur la frivolité de ses écrits ; nous ne voulons y voir que les traces d’une éducation soignée, où les souvenirs et les connaissances helléniques servent à caractériser l’état des études grecques. On ne peut nier qu’Ausone ne se fasse grand honneur de ses connaissances en grec. Il a un intendant grec nommé Philon. Voici ce qu’il en dit a l’un de ses amis: a Philonaété mon fermier, ou, comme il dit lui-même, mon âm’æponoç : le mot lui semble plus relevé et sent mieux son dorien. »

Indécis lui—même entre la muse grecque et la muse latine, il prend le parti bizarre d’adresser en même

(‘) Cod. flœ’0ä~ XIII. 3; de medicis et professoribus. ‘ (’) Egger. t. I. p. 39.-Gorp. imcript.Bhenanamm. ed. Brambuch. n°801.

temps à l’une et à l’autre de grotesques hommages. Il

écrità Axius : et Partagé entre les deux muses grecque et latine, Ausone salue Axius par un badinage en deux langues :

'EÀÀa5mñç pœ‘rê7_œv Mcü<mç, Latiæque Camænæ

’AEûp ’Auco’vzoç sermons alludo bilingui.n

Il continue sur ce ton. Jusque la ce sont les vers

que se partagent les deux muses; elles finissent par se disputer le même mot, et l’on voit dans cet étrange exempic de macaronisme Ausone se plaindre de plaider ou d’enseigner la rhétorique dans des chaires ingrates :

”Evu fop«p Cflüfl‘uiç‘rs, ml ingrataim xoz0rÏôpmç.

Pour désigner les jeux ridiculement laborieux auxquels il consacre ses loisirs, il est obligé d’inventer un mot nou— veau. SonTechnopægnion ,composé de æéxm et de mu’yvzov, est un badinage sans valeur sur les monosyllabes. On peut toutefois excepter de ce blâme celui qui porte ce titre: De lz‘tterz‘s monosyllabis græcz‘s ac lat2‘nz‘s. Dans cette comparaison de l’alphabet grec avec l’alphabet latin au moins peut—on recueillir un ou deux détails qui intéressent le lecteur. Ainsi ces deux vers: Hta quod Æolidum, quodque s valet hoc latiale E Præsto, quod E Latium semper breve, Dorica vox E.

prouvent qu'au temps d’Ausone, l’H n’avait pas encore le son de PI qu’on lui donne dans la prononciation moderne. C’est un argument que peuvent faire valoir. à l’appui de leur opinion, ceux qui condamnent la confusion de l’H avec l’I. L’on ne voit pas que M. Egger ait pensé à s’en servir dans son appendice à sa VII° leçon sur la prononciation du grec. Recommandons de même à l’attention des philologues ce vers—ci sur le B, il tranche aussi une question en suspens :

Dividuum Betæ monosyllabon Italicum B.

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