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Jean Chrysostome, et, par lui, il est élevé au rang de diacre. On pense qu’il fut fait prêtre a Marseille, où il passa les dernières années de sa vie: c’est la que Saint Léon, le premier des diacres de Rome, alla le chercher pour interpréter la lettre de Nestorius et combattre en faveur de la doctrine catholique.

Cassien est encore célèbre par. ses Institutions mo— nastiques, c’est—à—dire qu’à la demande de Saint Castor, évêque d’Apt, il rédigea la règle qu’il avait vu pratiquer aux moines de la Palestine et de l’Egypte, et qu’il fai— saitlui—même observer dans son monastère de Marseille. Il écrivit de même les conférences spirituelles qu’il avait eues avec les anachorètes de Sceté. Il le fit pour former des anachorètes et les élever à la contemplation et à la pratique de l’oraison continuelle. Ainsi Cassien contribuait à fortifier dans le midi de la Gaule l'esprit oriental, qui n’avait jamais cessé d’y régner mêlé à l’usage de la langue grecque.

Il faut reprendre les choses d’un peu plus haut. M. Egger, dans son Histoire de l’Hefle’nz’sme en France, a résumé dans sa deuxième leçon, consacrée à. Marseille et à ses Colonies (‘), toutes les preuves qui établissent l’influence du génie grec dans cette ville ancienne de la Gaule. Nous ne reprendrons donc pas ici tous les témoignages qui concernent les années antérieures à l’introduction du christianisme dans les Gaules. L’édi— tien marseillaise de l’Iliade d’Homère, Ëx30cnç Mawcæ7umerm’;, les témoignages de Strabon, le grand nombre d’hommes instruits dans toutes les sciences qui sont venus de Marseille en Italie, une inscription grecque qui nous montre Marseille pourvue d’un gymnase dont l’organisation rappelle exactement celle du gym— nase d’Athènes, l’épitaphe d’un grammairien romain ypay.yæux6ç çlœpaïxôç, les types élégants et variés des

U) P. 23 et suivantes.

monnaies marseillaises, tous ces détails diligemment recueillis et habilement commentés par le savant helléniste, ne permettent pas de douter que, dans les temps rapprochés de l’ère chrétienne, Marseille ne pos— sédât une littérature fort riche, où le grec avait une large place à côté du latin.

Il est à regretter que cette littérature grecque ait péri tout entière sans laisser de traces apprécia— bles'. Il est certain pourtant qu’elle s’était répandue, non—seulement dans les cités les plus voisines, filles de Marseille, Nîmes, Aix, Saint—Remi, Orange et Arles; mais encore elle avait pénétré à l’ouest, jus.— qu’à Bordeaux, au nord, jusque dans Trêves, où de flo— rissantes écoles en conservèrent longtemps la tradition et l’enseignement. Autun (‘) était également célèbre par ses écoles; la capitale des Arvernes, aujourd’hui ClermontFerrand, entretenait des artistes grecs et les payait généreusement, tel était Zénodore, qui fit pour elle la statue colossale de Mercure, au temps de Néron. Des fouilles récentes, entreprises sur le Puy—de—Dôme ont mis hors de doute les assertions de Pline l’ancien sur cette merveille de l’art païen transportée dans la plus hérissée de toutes nos provinces. Faut—il s’étonner après cela qu’à Avenche, sur le territoire de la Suisse, les écrivains de l’Hisioz‘re littéraire de la France, aient trouvé la mention d’un Claudius, qui a traduit de grec en latin les Annales romaines de Caïus Acillius (“’).

(‘) On l’appelait la Rome Celtique : Celtica Rome. dein voluit cæpitque vocari. (Vit. Germani. authore Herrico. Spicileg. D’Achery.)

Les écoles de cette ville s’élevaient entre le temple d’Apollon et le Capitole. Sur les murs. en avait peint des cartes géographiques. Tacite en parle en ces termes : ( Nobilissimam Galliarum sobolem liberalibus studiis ibi operatam. )Ann.liV.lll. ch. 43.Eumène.qui y prononça en2961e panégyrique de Constance-Chlore. accepta une somme de 25.000 francs comme appointements ; puis il demanda la permission de les appliquer à la restauration des écoles de cette ville. — Ampère. t. I, p. 200,

(‘) Histoire littéraire de la France. (C. I. p. 132, 134. 135. 138.

Au Ile siècle après Jésus-Christ, disent les mêmes historiens, a Dieu se servit du ministère des Grecs pour communiquer à notre pays les premières lueurs de l'évangile, comme il s’en était servi pour y introduire les maximes et les coutumes de la Grèce païenne n Saint Pothin et Saint Irénée vinrent, en effet, s’établir à Lyon. a Ils ne s’y trouvèrent pas tout—à—fait étrangers. On y parlait assez communément leur langue, qui était la grecque. » Cette langue y était en usage depuis longtemps, le commerce continuel de Lyon avec Mar— seille, les jeux publics et les combats littéraires qui se donnaient à Lyon en grec et en latin depuis l'empereur Caligula en sont une preuve suffisante. Saint Pothin, Saint Irénée et les autres Grecs qui vinrent à Lyon prê— cher l’évangile se servirent de leur langue. Ce n’est pas que le grec fût le seul idiome dont on se servit dans ces pays, mais il était la langue ordinaire du plus grand nombre des colons que l’esprit du commerce avait fixés dans ce groupe de cités, telles que Marseille, Lyon, Arles, Narbonne, etc. Irénée ne se contentait pas de prêcher en grec, il écrivait dans cette langue tout ce qui était destiné, soit aux églises de Lyon et de Vienne, soit au pape. C’était aussi dans cette langue qu’il combattait les erreurs. On a de lui un écrit contre les hérésies, il était fait pour préserver de l’imposture des faux chrétiens jusqu’aux femmes que les hérétiques avaient séduites sur les bords du Rhône

Dans la grande persécution ordonnée ou tolérée par Marc—Aurèle, les chrétiens de Lyon subirent coura— geusement le martyre. Saint Pothin, Attale, Ponticus, Maturus, Sanctus, Blandine et Perpétue reçurent la mort ensemble dans l’arène. Leurs frères s’empressè— rent d’écrire aux églises d’Asie et de Phrygie le récit

(l) Hist. lin. de la France. 1:. 1. Ibid. 224. P) Irénée. l. I, ch. 13, n* 7. — Hist. litt. de la France. t. l, p.»2286t suiv.

de leurs souffrances. Cette lettre, qui nous a été trans— mise par Eusèbe, est l’un des monuments les plus pré— cieux de cette époque. M. Egger dit de cette relation : «On a de graves raisons de croire que le récit du mar— tyre des premiers chrétiens lyonnais, conservé sous forme épistolaire dans t’Hz‘stoz‘re ecclésiastique d’Eusèbe, était primitivement écrit en grec (1). n

Il faut sans doute mettre au nombre de ces rai— sons la tournure grecque des noms de plusieurs martyrs, Pothin, Hoôswa’ç, (Désiré), l’origine incontes— table de ces premiers apôtres, et le soin qu’on prend

d’avertir le lecteur quand les martyrs se servent

de la langue latine. Ainsi, il est dit que le diacre Sanctus répondit en latin à toutes les questions qu’on lui faisait sur son nom, sa nation, sa ville, sa con— dition: «Je suis chrétien. » Ainsi, Attale de Pergame, que le gouverneur se crut obligé d’épargner jusqu’au retour d’une lettre de l'empereur, parce qu’il était ci— toyen romain, fut promené dans l’amphithéâtre avec un écriteau devant lui où était en latin : u C'est le chrétien Attale (2). n

Ampère n’hésite pas à dire : a La lettre des mar— tyrs de Lyon est écrite en grec. » Et il ajoute : a Il est quelques passages où, a la grâce de certains détails, on reconnaît qu’une main grecque tenait la plume. Dans la description de cette effroyable boucherie, on rencontre une phrase comme celle—ci : a Les martyrs offraient à Dieu une couronne nuancée de différentes couleurs, et où toutes sortes de fleurs brillaient assorties (3). »

Saint Irénée était fort instruit dans la littérature de l'antiquité. Il cite Homère, Hésiode, et fait allusion à la fable de Pandore; il cite Pindare; il affirme que ce poète a dit très—sagement ; il compare ceux qui sont coupa

(1) L’Hellénîsme en France. t. I, p. 37.
(l) Eusèbs. Histoire ecclés. Iiv. V. ch. 2. p. 130.
(‘) ‘l’. I, p. 166.

bles d’un aveuglement volontaire àl’Œdipe tragique s’aveuglant lui—même (1). Ainsi, l’on_peut bien dire avec M. Egger (2), que le christianisme fut, pour nos ancêtres, une occasion nouvelle de cultiver les lettres grecques. Le saint évêque n’est pas tout—à—fait dé— pourvu des préoccupations littéraires, il s’excuse sur son style; il dit que, s’il n’écrit pas assez purement, il faut s’en prendre a la résidence qu’il faisait au milieu des Gaulois avec lesquels il était obligé de parler un langage barbare (3).

Il serait faux de dire que tout le peuple de ces contrées parlât le grec. Il y a grande apparence qu’il conservait l’usage de son idiome national, qu’il par— lait plus communément le latin, et le grec concur— remment dans certaines contrées. Ces deux dernières langues surtout devaient se trouver souvent mêlées en— semble, comme on les voit unies dans une inscrip— tion trouvée à Ainay, qui constate en deux langues la prospérité d’un grec de Syrie qui avait de riches entrepôts en Aquitaine et a Lyon et qui est mort dans cette dernière ville (4). Curieux rapprochement, dit M. Egger, qui atteste dans l’ancien monde, un esprit d’active sociabilité (5).

La prédication chrétienne, les oflices divins, la dis— cussion des affaires ecclésiastiques, maintenaient donc autour de Marseille, dans toute la vallée du Rhône (6), l’usage de la langue grecque, au milieu de populations qui parlaient des langues différentes. Un hérétique, comme Marc, natif d’Egypte, disciple de Valentin, chef

O(1)Ibid. 167.

(2) Ibid. 37.

(3) Histoire littéraire de la France. t. I. p. 230.

(') Cette inscription a été publiée par M. Aimer, dans les Mémoires de la Société impériale des Antiquaires. t. XXV11.

(5) T. I. p. 37.

(a) Une inscription grecque, de onze vers, récemment découverte à Autun,

expose. ou tout au moins mentionne assez clairement le sacrement principal de I’église chrétienne. Egger. Ibid. p. 37.

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