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premier? Il va de l’un à l’autre sans pouvoir choisir,

il ne sait que résoudre dans son désespoir L’imitation est encore plus sensible dans son discours sur la chute d’une vierge consacrée à Dieu, De Virgi— nz‘iate. Il traduit, il imite un grand nombre de passages empruntés à Saint Basile ; il les tire d’un discours pro— noncé par le Père grec dans des circonstances pareilles. Dans ces endroits il n’y a d’autre différence que celle qui vient naturellement de la diversité des caractères. Là où Saint Basile est insinuant et tendre, Saint Am—

broise est amer et violent. L’un dit à la jeune fille,avcc.

de gracieux reproches: u Souviens—toi que tu as fait partie de ces chœurs de vierges pareils à des chœurs d’anges, souviens—toi comment, déposant ton corps, tu vivaisainsi qu’un pur esprit; comment sur la terre tu trouvais des entretiens célestes, rappelle-toi les jours paisibles, les nuits éclairées par les flambeaux, et comment tu teplaisais aux chants des psaumes, des hymnes et des cantiques. » L’autre avec plus d’amertume: « Comment, au sein de ton crime et de ta honte, ne te sont—elles pas revenues en mémoire les habitudes de ta première vie? Comment ne t’es-tu pas vue mar— chant dans l’église, au milieu des vierges tes sœurs? Le chant et les hymnes ne pénétraient donc pas ton oreille et les vertus des saintes lectures ne rafraîchissaient pas ton âme?... Ton père maudit ses entrailles, ta mère maudit le sein qui t’a conçue; regarde—toi comme morte et cherche comment tu pourras revivre; couvre—toi d’un vêtement lugubre et macère ton corps. » Il finit enfin ces tristes remontrances par une lamentation non moins lugubre: u Pleurez—mci, montagnes et collines; pleurez—moi, fleuves et ruisseaux, parce que je suis la fille des larmes. . .» On sent passer dans cette éloquente invective le soufile âpre et dur de l’Occident, que Saint

(1) Ampère. 11m. de la Litl. av. le xzr- siècle. t. 1. p. 393.

Grégoire caractérise si bien « çuafiiw&ç ñyîV Éc1tépt6v 'ti x.al «paxü. ” La Grèce n’a pu vaincre tout à fait le vieil esprit gaulois (‘). Eternelle opposition que l’on verra toujours reparaître jusqu’en Bossuet, jusqu’en Fénelon Saint Ambroise, qui avait l’âme tendre et forte, avait aussi l’imagination vive, et par la n’en était que plus facilement accessible à l’influence de la Grèce. Il s’y abandonna j usqu’à n’en pas éviter tous les périls. Lecteur assidu d’Origène, il lui emprunte l’usage des allégories si chères à. l’Orient et si dangereuses pour l’intégrité du dogme. Saint J érôme lui reproche en effet l’abus des interprétations morales ou anagogiques, qu'il blâmait chez Origène. ' . Parle—t-il du paradis terrestre, il ne fait que copier Origène : a Le paradis terrestre est donc une terre fer— tile, c’est—à—dire l’âme féconde plantée dans Eden,ou la volupté. Adam, c’est l’intelligence, Eve est la sensa— tion et la fontaine qui arrosait le paradis terrestre, qu’est-ce autre chose que J ésus—Christ? (3) 97 Dans un autre discours qui a pour titre : Caïn et Abel, fidèle au même système, dit Ampère, non—seule— ment il marche sur les pas d’Origène et de Saint Basile, mais il va plus loin, il remonte à. un homme dont le christianisme est plus que douteux, que le judaïsme et le platonisme peuvent se disputer : il remonte à Philon. Philon, qui a prêté des idées aux gnostiques, a fourni aussi des interprétations allégoriques à plusieurs Pères chrétiens, et divers ouvrages de Saint Ambroise, sont calqués en grande partie sur des ouvrages de Philon (4). (1) On comprend qué Cassiodore, au VIe siècle, ait dit de Saint Ambroise : ( Cum gravitate acutus. perviolenta persuasionedulcissimus. —Il estincisil‘ avec gravité, sa persuation est douce et violente. ) (t) Ampère. ibid. p. 406. (3) Ambroise. Op. t. I. p. 149. (l) Ampère. ibid. t. I, p. 384. Jusque dans l’Heæaämäron' de Saint Ambroise, on retrouve l’influence de

Philon. car Saint Basile l’avait imité dans la composition de son ouvrage. — Saint Grégoire de Nysse avait également fait un Hexaäme’ron.

‘ C’est un grand et mémorable exemple de l’influence

grecque : Saint Ambroise méritait bien l'hommage que‘

lui rendirent les Grecs à leur tour : ils ont écrit dans leur langue une biographie de l’illustre évêque. Elle a été publiée par les Bénédictins dans l'édition qu'ils ont donnée de ses ouvrages (‘).

VII.

Il semblerait au premier abord que Saint Augustin eût participé plus que personne a l’hellénisme, et que nous dussions trouver en lui un studieux adepte de leur science. En effet, qui a paru plus imprégné que lui de la philosophie de Platon ? Qui fait un plus grand cas de cette sagesse profane? Qui porte plus haut l’autorité de cette voix païenne, pour assurer davantage celle des dogmes chrétiens? Saint Augustin, docteur de l’église, voudrait qu’il y eût des jours marqués et des lieux pu— blics, pour y lire, comme dans un sanctuaire, les écrits du disciple de Socrate. Cet enthousiasme donneraitlieu de croire que l’éloquent père de l’église a vu, face à face, la splendeur du verbe de Platon, qu’il l’a considérée sans intermédiaire, sans nuage. Lorsqu’il parle de la philosophie grecque, il se prévaut de ses fautes ou de ses erreurs avec tant de fierté, qu’on pourrait le croire maître absolu de l’idiome qui en donne la clef, en expli— que les principes. Cependant, quand on considère qu’il fait de Platon un disciple de Jérémie, on commence à

douter, et l’on comprend que, parmi ceux qui ont étudié.

Saint Augustin, il se soit élevé cette question : Saint
Augustin savait—il le grec? .
Les Bénédictins l’y croyaient assez versé pour écrire :

(‘) Ampère. t. I. p.378.

a Augustinum baud itamediocriter Græce sciwñsse (I). n Bossuet, sans croire, comme il dit lui—même, que Saint Augustin fût un grand grec), ne pensait pas se hasarder trop en aflirmant qu’il savait le grec. C'était une erreur. Un des derniers écrivains qui se soit occupé des sources d’où Saint Augustin pouvait avoir tiré sa phi— losophie, M. Nourrisson, reconnaît que ce docteur, tout en empruntant beaucoup à Platon , à la Grèce , à l’Orient, n’a jamais été en communication directe avec les philosophes dont il fait un si bon usage. Il ne fait aucune difficulté d’avouer que Saint Augustin n’a lu que des traductions de Platon (’). Cicéron, Apulée et Victorin lui en ont exposé la doctrine ; il n’a lu que des parties de quelques dialogues; le Timée est peut—être la seule composition qu’il ait lue d’un bout a l’autre Né à Tagaste, en Afrique, dans une contrée où l'édu— cation était toute romaine, il donna peu d’attention au grec. Il n’éprouva jamais de goût bien vif pour ce genre d'instruction, nous avons là-dessus ses propres aveux. Il déclare qu’Homère, dans son enfance, ne lui a ja— mais fait éprouver que des ennuis. Il dit formellement qu’il détestait la grammaire grecque. Le passage mé— rite d’être cité : :4 Cur ego græcam etiam grammaticam oderam talia cantan’œm? N am et Homerus, peritus texere tales fabulas, et dulcissime venus est, et mihi tamen amarus erat puero. Credo etiam græcis pueris Virgilius ita sit, cum cum sic discere coguntur ut ego illum. Videlicetdifficultas omnino ediscendæ peregrinæ linguæ, quasi folle aspergebat omnes suavitates græcas fabulosarum narrationum (4). ” (‘) Vit. Sancti Aurelii Augustinî. lib. l, chap. 11, 5; Oper. 0mn. t. I. p. 69. (’) Il lisait entre autres traductions. celle de Victorin. professeur de rhétorique à Rome. Aug. con/‘cm. VII. 9; V111, 2 et passim. — Petit. II. 18.-— Trin. Il, præfat. (I) La Philosophie de Saint Augustin. par M. Nourrisson. ouvrage cou

ronné par l'Académie française. 2 vol. t. i. p. 105. l‘) Confus. lib. 1. c. XIII etc. XIV..

. _N’est—'il pas surprenant qu’on ait pu conserVerenære quelque doute sur ce point, et que des biographes trop bienveillants aient pu dire : « Il fit de grands progrès dans l’étude du grec et du latin... (‘) »

_ Erasme paraissait croire que Saint Augustin revint au grec 'dans'sa vieillesse. L’abrégé que nous venons de citer nous dit aussi qu’il avait étudié le grec depuis son épiscopat, afin ‘de mieux entendre le Nouveau Testa— ment Mais Tillemont, 4 dans les Mémoires pour ser— va‘r à l’Histoire ecclésiastique des siac premiers siècles (3), affirme que Saint Augustin ne lut Eusèbe que dans la traduction latine de Rufin. On le voit d’ailleurs assez embarrassé dans sa lutte contre les Pélagiens, quand ils allèguent les pères grecs en leur faveur. Sans aborder directement la discussion des textes mis en avant, le docteur de l’église latine, fait observer à son adversaire Julien « qu’il n’a pas raison d’en appeler aux évêques d’0rient, parce qu’ils étaient aussi eux—mêmes chré— tiens, et que-l’une et l’autre partie de la terre n’avait qu’une même foi. n Julien rapportait des passages de Saint Chrysostôme et des autres pères grecs, mais Saint Augustin, en avouant que ces textes auraient pu être plus clairs, disait que ces saints docteurs parlaient sans garder toutes les précautions qu’ils auraient gardées s’ils eussent eu connaissance des disputes des Pélagiens a vobis nondum litigantibus, securius loquebantur. n Les pères grecs étaient environnés d’hérétiques qui niaient le libre arbitre, et ils ne pensaient pas qu’il dût s’élever après leur mort une hérésie qui, sous prétexte de soutenir la liberté de l’homme, détruirait la grâce de J ésus—Christ et renverserait le premier article du sym— bOle, Cependant, ajoute Saint Augustin, ces saints doc—

brdge’ de l'Ht‘et. eccldx. t. II. p. 247. Utrecht, 1748.
. p. 308. ’

.. (‘) A
(’) T. H 14 .
(3) T. XIII. Vie de Saint Augustin,.p. 142.

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