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Cette habile restauration, si bien conduite, engagea Damase à en tenter une autre du même genre. u Il en— treprit de réformer, pour se rapprocher du texte primi— tif, les diverses traductions (‘) des saintes écritures qui circulaient dans les mains des fidèles. Presque toutes ces versions étaient pâles, imparfaites, remplies d’alté— rations et de faux sens... Damase voulut qu’une interprétation plus fidèle et plus vive vint rendre au verbe sacré toute sa vigueur. Mais le difiîcile était de trouver un ouvrier apte à mener à bien un tel travail, qui dé— passait de beaucoup l’érudition du pontife n Cet ouvrier fut Jérôme, effrayé des impitoyables menaces, nous en avons parlé plus haut, de Dieu contre ses fai-v blesses, il renonça aux douceurs du langage d’Homère, à l’harmonie de celui de Cicéron, pour se donner tout entier à l’étude de l’hébreu. Il eut pour maître dans ce rude apprentissage un moine juif. Il nous a dit luimême ce qu’il lui fallut de courage pour vaincre le dé— goût que lui inspiraient ces mots sifilants et haletants : « ad quam edomandam cuidam fratri qui ex Hebræis crediderat me in disciplinam dedi, ut post Quintiliani acumina, Ciceronis fluvios, gravitatemque Frontonis et lenitatem Plinii, a1phabetum discerem et stridentia anhelantiaque verba meditarer n

Saint J érôme ne s’était pas contenté d’apprendre l’hébreu, il avait étudié le grec avec soin auprès d’un

(1) Saint Augustin dit (de Doctr. christ. liv. Il, ch. 11.), que de son temps il existait plusieurs traductions latines. Il ajoute que parmi elles, en préférait la version ilala, pour sa fidélité et sa clarté (ibid. ch. 15.) On ignore le motif de cette dénomination; quelques critiques croient même trouver dans ce passage de Saint Augustin une faute de plume (ils proposent de lire illa pour itala.) Saint Jérôme ne la connalt pas. Il appelle la traduction latine qui, de son temps, avait une autorité canonique. tantôt vulgate. tantôt ancienne, en Opposition de la nouvelle dont il fut l’auteur. Il ne fait mention d'aucune autre version latine. On a conclu des termes dont s'est servi Saint Augustin. que cette version remonte au premier siècle. (Schœll. Hisl. abrégée de la littér. grecque sacrée et ecclésiastique. 2‘ éd. 1832, p. 166.)

(I) De Broglie. t. II. p. 262. (“i Epist. CXXV. 12.

maître célèbre, Didyme d’Alexandrie (1). Cet homme, aveugle dès l’âge de quarante ans, était néanmoins allé fort loin dans les sciences sacrées et profanes. Pendant soixante ans, il remplit à. Alexandrie les fonctions de Catéchète, c’est—à—dire de professeur de théologie Saint J érôme a traduit du grec en latin un de ses ou— vrages, dit le Saint—Esprit. Cette version a fait vivre jusqu’à nous cette œuvre de l’un des plus savants hom— mes de son temps. Avec lui finit la gloire de l’école d’Alexandrie (396).

Les travaux de Saint J érôme sur le texte hébraïque de l’Ancien Testament, ne nous regardent pas; mais nous pouvons dire qu’il ne les eût pas accomplis d’une manière parfaitement heureuse s’il n’eût été profondé— ment versé dans la science du grec. Depuis les Septante, l’activité des chrétiens de l’Orient avait multiplié les versions des saintes écritures. Pour nous en tenir au sujet de nos études, nous relèverons les traductions grecques faites à diverses époques, depuis la mort de J ésus-Christ. Aquila, cité par S. Irénée dans des livres écrits entre les années 126 et 178, avait entrepris de rendre l'original avec plus de fidélité que n’avaient fait les Septante . Saint Jérôme nous apprend que cet interprète avait publié une révision ou seconde édition de sa traduction plus littérale que la première

Symmaque,cité par Saint Epiphane et non par Saint Irénée, fit à peu près à la même époque une traduction de la Bible. « Le philologue, dit Schœll (4), place ce tra— ducteur parmi les bons auteurs grecs. » Il ajoute: a On prétend que cette traduction existe en entier dans les bibliothèques de la Grèce. n

(') Schœll. Litt. ecclés. p. 251.

(a) Voir sur ce personnage le livre III' de M. Am. Thierry. p. 84 et seq.

(3) On voit Saint Jérôme aux prises avec cet interprète : ( jampridem cum voluminibus Hebræorum editionem Aquilæ confero : ne quid forsitan, propter odium Christi, synagoga mutaverit : et. ut amicæ menti I‘atear. quæ ad nostram fldem pertineant roborsndam plura reperio. Nunc a Prophetis Salomone, Psalterio, Regnorumque libris. examussim recensitis. Exodum teneo, quem illi Elle Semoth vocant, ad leviticum trausiturus. Vides igitur. quod nullum oflicium huic operi præponendum est. (Epm. 52. ad Marcellam.)

(‘) Ibid. p. 61.

Théodotion, dont le nom est connu par Saint Epi— phane et se retrouve dans le dialogue de Saint J ustin— le—Martyr avec Tryphon, vers 160, fut aussi un traduc— teur grec de la Bible. Sa version tient le milieu entre l’exactitude servile d’Aquila et la liberté de Symmaque. Elle n’est qu’une espèce de révision et de correction des Septante, faite sur le texte original (‘). Trois autres traductions grecques, dont les auteurs et les époques sont inconnus, ont été recueillies par Origène.

On sait que ce savant entreprit de comparer le texte des Septante en usage de son temps avec l’original hé— breu et avec les autres traductions qui existaient alors et d’en faire une nouvelle récension. Il employa vingt— huit années pour se préparer à cette grande entreprise. Il parcourut tout l’Orient pour rassembler des maté—riaux, et eut le bonheur de réunir six traductions grecques différentes. Enfin, l’an 231, il se fixa à Césarée et commença son travail (2). C’était un ouvrage de grand labeur. « On l’a nommé Tétraples, quand il offre les tra— ductions d’Aquila, de Symmaque, des Septante et de Théodotion, disposées en quatre colonnes; Heæaples, quand à ces quatre versions sont jointes deux autres traductions grecques. En comptant non-seulement les colonnes grecques, mais aussi les deux qui sont destinées au texte hébreu, quelques écrivains nomment Héæaples ce que les anciens avaient nommé Tétraples; les Heæaples devinrent ainsi des Octaples. Enfin, dans quelques parties, il y eut une septième traduction grecque; alors l’ouvrage est appelé Ennéaples »

(‘) Schœll. ibid. p. 68.

(3) Schœll commet une erreur étrange en disant, p. 52 de l’ouvrage cité. que Saint Ambroise l’aida de son argent, et lui envoya des copistes et des vierges exercées dans la calligraphie. Saint Ambroise est né vers 340.

(3) Schœll. ibid. p. 52.

Origène n’était pas un simple traducteur, son travail était la critique du texte des Septante, il y faisait des changements, il y rétablissait des omissions. En tête de chaque traduction, il en indiquait l’histoire, chaque ouvrage avait ses prolégomènes et la marge était cou—verte d’observations exégétiques et critiques. Ce vaste travail, qui était demeuré près de cinquante ans enfoui dans un coin de la ville de Tyr, fut placé par Eusèbe et Pamphile, dans la bibliothèque de Pamphile—le—Mar— tyr à Césarée. C’est là que Saint J érôme le vit

Dans le troisième siècle, Saint Lucien, prêtre d’An— tioche, avait essayé de restituer le texte vulgaire (xowñ) des Septante, en prenant l’original hébraïque pour base de son travail (2).

Saint Jérôme parle aussi d’une édition critique des Septante, faite dans le HP’ siècle par un évêque d’Egypte, nommé Hésychz‘us. Il dit qu’elle fut intro— duite dans les églises de ce pays; il les cite ordinaire— ment sous la dénomination de eæemplar Alman— drinum

Enfin, une autre révision du texte des Septante fut faite dans le IV" siècle par Saint Basile, évêque de Césarée

Le voyage de Jérôme dans l’Orient, son séjour à Alexandrie, à Constantinople, à Césarée, le mirent à même d’acquérir des connaissances, qui lui devenaient indispensables dans la grande tâche qu’il entreprenait. Il s’y exerça dans Rome par des conférences qui renou— velèrent le goût et l’intelligence des saintes écritures. Des femmes mêmes s’attachèrent à ses leçons (5), et le soutinrent dans son travail. Ce fut surtout dans sa retraite de Bethléem qu’il s’y adonna tout entier Il n’en était distrait que par les soins de la charité. C’est ainsi que dans une lettreàEustochie (la XXXlV°, liv. I, dans le recueil du P . Canisi), il gémit sur les malheurs de Rome, il reçoit les exilés qui abandonnent cette mal— heureuse cité envahie par les barbares. « Quibus quo— niam opem ferre non possumus, condolemus et lacrymas lacrymis jungimus : occupatique sancti operis sarcina, dum sine gemitu confluentes videre non patimur, expla— nationes in Ezechiel et pene studium omne omisimus : scripturarumque cupimus verba in opera vertere : et non dicere sancta, sed facere. Unde rursus a te commoti, o Virgo Christi Eustochium, intermissum laborem repetimus; et tertium volumen agressi, tuo desiderio satisfacere desideramus. . . n

(l) Schœll. ibid. p. 54.

(’) Schœll. ibid. p. 56.

(3) Schœll. ibid. p. 56 ,

(‘) Schœll. ibid. p. 56.

(5) L'une d’entre elles, Paula. parlait grec. Ou le voit par cette circonstance de sa mort rapportée par Saint Jérôme dans son épit. 96. ( Quumque

Avant de traduire l’écriture sainte sur l’hébreu, Saint J érôme avait donné en latin, une version corrigée avec soin sur les Septante, non de l’édition commune, mais de celle qu’Origène avait mise dans les Heæaples, qui était beaucoup plus correcte, et dont on se servait dans le chant des ofiices divins des églises de la Pales— tine (2). a me interrogaretur cur taceret. cur nollet rcspondere. au doleret aliquid, Græco sermone respondit: nihil se habere molestiæ, sed omnia quieta et tranquilla perspicere. - Elle savait très-bien l’hébreu ainsi que sa fille Eustochium. (Hieron. Esther, præfat.)

(1) Il ne faut pas oublier que ( pour payer sa bienvenue aux habitants de Bethléem, ) il ouvrit dès son arrivée une école gratuite de grammaire, à laquelle accoururent tous les enfants de la ville. (Ruf. Apol. Il, apud Hier.) Il y enseignait le grec et le latin. Ramené par devoir aux livres de 9. jeunesse. qu’il avait tant chéris et tant maudits, quittés. repris aussitôt et quittés encore, il les ressaisit de nouveau avec une passion toute juvénile. Virgile. les poètes lyriques, les poètes comiques. les orateurs. les historiens. les philosophes. Cicéron. Homère. Platon, devinrent sa lecture journalière; et il ne laissait pas de les relire pour les expliquer. retrcmpant son génie à ces sources du beau et du grand. en même temps qu’il les ouvrait à des intelligences actives et neuves. avides de sentir et de savoir. (Am. Thierry, p. 257.) Jérôme faisait aussi copier des manuscrits de littérature profane par les moines du mont des Oliviers que Rufln dirigeait.

(’) Abrégé de l’Ifist. ecclés. Utrecht 1748. t. II, p. 222. Si Saint Jérôme blàmait les erreurs d’0rigène, il estimait beaucoup son

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