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LE PHYSIOLOGUS (U

Le Père Petau, de la Compagnie de Jésus, a donné, au tome second des Œuvres de saint Epiphane, évêque

de Constance, en Chypre, un petit traité en prose sur la

nature de quelques animaux sauvages et de quelques oiseaux. Cette composition s’annonce sous ce titre: Eiç cèv çuawÀéyov 1tspi 1?}; âxaîacoo yévouç <püct:œç mïw Ûnpt’ow «:5 ml mvrewcäv. Ce qui s’explique ainsi : le pieux évêque rapporte un passage d’histoire naturelle emprunté à un auteur inconnu, qu’il appelle à (Duanclo’yoç; il y joint ensuite une interprétation, épgmveia, qui donne un sens moral aux notions transmises par le naturaliste. Occupé du salut des âmes, le commentateur du Physiologm applique aux vérités de l’Écriture Sainte, a ses dogmes, à ses préceptes, aux institutions du christianisme, les observations faites sur la nature des animaux et des oiseaux par l’auteur qu’il a sauvé de l’oubli.

Le cardinal Guillaume Sirlet fit, le premier, une traduction latine de ce livre d’Épiphane. Ponce de I .éon , à son tour, offrit a Sixte—Quint l’hommage d’une traduction de cette œuvre, en l’accompagnant d’une préface et d’un commentaire que le Père Petau a transcrits dans son édition. Avec l’élégance apprêtée des dédicaces du seizième siècle, Ponce de Léon dit qu’il veut imiter ces gouverneurs d’une maison des champs, rusticos quos— dam villieos, qui, par l’envoi d’une fleur ou d’une autre offrande de ce genre, témoignent à leur maître un dévouement affectueux que leur peu de fortune metà l’étroit et réduit à de minces cadeaux : Qui flosculo quo— piam, aut alto simili symbolo dominis misso, animi sui devotionem, ingentem quia’em illam et promptissimam. sed ab iniqua et paupere fortmza oppressam, testifi— cari salant. Il ne laisse pas néanmoins d’attacher quelque prix à son envoi. L’ouvrage d’Épiphane lui paraît devoir plaire au saint Pontife par les allégories pieuses qu’il contient, et qui peuvent être fort utiles aux prédicateurs ' pour instruire les peuples: Addo Pater beatissime, non omnino fore Sanctitati tuœ argumenti genus injucundum, cumpz‘asquasaIam allegorz‘as continent, quæ erudiena’o pro ooneionzbus papale apprime solent esse utiles (1587).

(l) 10 Manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale de Paris, 11°! 390 et 92’9. go ToÜ êv âm’ot; norrp‘oç 'i,y.€äv ’Emçuw’ou imc’x61‘rœ 1:ficr Kœmavtsimç K(mpou si; ‘r:Ëw çuctoléyov T‘0V Sœâclôévrct ‘:rspl. -rij<; {xénon ye’vouç q;tia‘cmç ‘In-“1V 01;p&ov ‘ra xat‘t ‘.‘tnuvûfiv, t. II, Parisiis. 1622. Latine vertit P. P. Petavius, S. J.

'—- 30 Les Bestiaires. — 40 Jacques de Vitry.

Dans son avertissement au lecteur, laissant la le style fleuri de la dédicace, Ponce de Léon établitl’au— thenticité de ce Bestiaire de saint Epiphane. Il en fonde les preuves sur la conformité du style de cet ouvrage avec tous ceux d’Epiphane que personne ne lui a jamais contestés; il fait observer que l’on retrouve dans un discours intitulé 'Ayxüpwæoç, et dans le traité contre les Hére’sies, deux passages, l’un sur le Phénix, l’autre sur le Serpent, apportés absolument dans les mêmes termes, et contenant sur le Phénix des détails qu’on ne rencontre chez aucun autre de ces auteurs qu’on appelle du nom de I’fiysiologus. Du reste, ajoute— t—il, aucun de ceux, jusqu’à cejour, qui ont composé les indices des bibliothèques n’ont hésité à attribuera saint Épiphane le Physiologus, non plus qu’un traité sur les pierres. Le dernier éditeur de cette composition. ajoute—t-il, écrit ces mots: Et ego alium etiam ejusdem

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Epz}2ham‘i non editum Izactenus Physiologz‘ titulo lz'brum manuscrïptum Izabeo, in quo eæprofesso ductas ab animalæ'um num. 39 naturels‘ simz'ätudines eæph‘cat. quem alz'o tempore, si divina faverint, edam.

Ponce de Léon se plaint beaucoup du texte sur lequel il eut à travailler. Le temps l’avait défiguré de bien des manières. Outre que le style de saint Épiphane manquait d’élégance et même de correction, car c’était un Hébreu qui s’était mis tard aux lettres grecques et n’avait jamais beaucoup estimé l'élégance de la parole, les copistes qui avaient, d’âge en âge, transcrit son œuvre y avaient fait entrer nombre d’expressions empruntées à la langue vulgaire. Des trente—neuf animaux décrits par Épiphane, il n’en avait pu retrouver que trente-six, encore avait—il dû laisser de côté onze articles tellement gâtés par l’incorrection qu’il lui avait été impossible de les comprendre. Il déclare même que, dans le texte qu’il aédité, il a fait beaucoup de suppressions, beaucoup de changements, qu’on peut accepter cependant en toute confiance, parce qu’il a consulté pour ce travail trois exemplaires de l’ouvrage de saint Épiphane.

Tel est le Pitysz‘oloyus que nous a transmis le Père Petau. 7

C’est donc, comme on le voit, une œuvre très-incomplète. Il est à regretter que Ponce de Léon n’ait pas été à portéede consulterun seul manuscrit du P/æysz‘ologus. Lambecius, dans son catalogue de la bibliothèque impériale, en signale un a Vienne. MM. Moustoxydis et Démétrius Schinas en indiquent un autre, dans la livraison du mois de mai 1816 d’un recueil destiné à rassembler des pièces inédites d’auteurs grecs, soit en prose soiten vers. cc Notre manuscrit disent les éditeurs, appartenait autrefois à la bibliothèque des Nani, patrieiens de Venise, et aujourd’hui il est allé augmenter le trésor de la bibliothèque de Saint—Marc. C’est un manuscrit en papier, in—quarto, du quinzième ou du seizième siècle, d’une belle écriture, avec le portrait de saint Épiphane, et des miniatures qui représentent avec beaucoup de talent chacun des animaux dont il est successivement question dans l’ouvrage. »

Les extraits‘ donnés par M. Moustoxydis sont beaucoup plus étendus que les articles édités par Ponce de Léon. Les détails d’histoire naturelle sont plus abondants, l’interprétation morale plus développée, les allégories plus longtemps et plus curieusement pour— suivies. Tels sont les passages, par exemple, qui concernent l’éléphant, le vautour et beaucoup d’autres. Quelques—uns des animaux, dont Ponce de Léon regrettait de n’avoir pu lire la description, reparaissent ici, grâce au manuscrit des Nani. Ainsi, le cheval d'eau (üêpimoç), la Gorgone, le Héron, etc., etc. L’ordre d’arrangement, qui n’est pas celui du traité de Ponce de Léon, la différence des détails, diminuent de beaucoup l’importance de la publication de cet éditeur. On en voit maintenant l’insufiisance. Le manuscrit de la bi— bliothèque de Saint—Marc est beaucoup plus complet. On peut craindre néanmoins, avec M. Moustoxydis, qu’il ne soit encore privé de beaucoup de passages dont se composait l’œuvre originale. Voici un fait qui peut ex— pliquer et fonder les appréhensions de M. Moustoxydis. Le Bénédictin Beaugendre a publié (1708), parmi les œuvres de Hildebert de Lavardin, évêque du Mans, un Physiologus qu’il lui attribue. Ce bestiaire, écrit en vers latins, est d’un auteur qui se nomme à la fin de son poème et s’appelle lui—même maître Théobald ou Thibauld. Or, cet ouvrage, qui n’est que la traduction du manuscrit des Nani, donne, sur l’araignée, sur la baleine, sur les sirènes, sur l’onocentaure et sur la panthère, des renseignements qu’on ne trouve pas dans le Plæym‘ologus grec.

Ce que nous venons de dire doit donc faire désirer qu’on puisse rencontrer un jour quelque manuscrit original et authentique dans lequel on ait la confiance d’avoir l’œuvre complète de saint Épiphane; il serait intéressant d’avoir l’ouvrage que tant d’auteurs grecs, latins et français ont traduit, abrégé, commenté, imité, chacun dans sa langue, car il n’est pas de compositions plus répandues pendant tout le moyen âge 'que ces Physiologus ou Bestiaires. Il en existe même un en langue provençale dans les papiers de La Curne de Sainte—Palaye, qui sont à la bibliothèque de l’Arsenal (‘).

Ce n’est pas ce précieux manuscrit que je viens offrir au lecteur après l’avoir découvert, mais c’est une traduction en vers grecs populaires d’une œuvreen prose qui remonte sans doute au temps de saint Epiphane. Ce

(‘) Au tome V, p. 182. Voici un échantillon de ce Bestiaire : Aiso son les Natures d‘alcus auxels e d"alcunas bestias. M. d’L‘rfé. f. 135. r. col. 1. chan. 964.

Del pol (Poulet. Coq).

La nature del pol es que canta li vespre. cent sent venir la nuech pus soven. El mati cent sent venir le iorn ,canta pus soven. E vas la mieia nues engrneissa sa votz e canta pus tart e pus clar.

De l’Aze. La nature de Vue es que canta cent a fam. E om.. .. mais se trebalha. Del Lop.

La natura ciel lop es que cent ve homz cnans‘conz le veya, cl li tu] le parler, et si home le va enans, l’om li tel la forsa......

De la Vibra (Vipère).

La vibra cant ve hem nut ela non l'auza regardar'de paor. E ont le ve vestit no’! preza re et saut a li dessus.

Del Leon.

Cent le 130 npreza e home li passa dense, in no’l tocara. que passar y pot Vll vetz, sol quel home no’l regarde. mas si home le garde... E cant honz lo cassa, que ve que no s’pot defendre e l’aven a rugir il cobz‘s sas pezadas ah la con dereire, per 30 com. ne veya son esclau (pas). E ont la. leonessa a leonat (fait son petit) cl nains mort. E Illjornslo paire crida c rugis sobre el e fay lo vieure.

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