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sont dans le texte, on peut être amené à croire que l’auteur de cette pauvre rhapsodie était un Franc. Peut—être était—ce un de ces nombreux religieux bénédictins, frères mineurs, frères prêcheurs, qui enva— hirent la Romanie à. la suite des conquérants latins, chassèrent les prêtres grecs de leurs sièges, se multi— plièrent avec une si prodigieuse rapidité que le pape Honorius affirmait qu’une nouvelle France s’était créée dans la Grèce : Noviter quasi nova Francia est creata (‘).

Dans le reste de ce poème, si l’auteur ne parle pas en termes précis de la chute de Constantinople, il fait prévoir du moins que l’Empire ne tardera pas à s’écrouler. Il accumule les plus tristes images pour faire présager de terribles malheurs. Les arbres déracinés, les vignes saccagées, les femmes, les enfants ravis en esclavage, les désordres des mœurs, le lion, le léopard, le basilic unissant leur rage contre les mêmes victimes : tout fait prévoir une sanglante catastrophe et des ruines irréparables.

La seconde de ces compositions, dont les premiers vers sont en langue littérale, est un chant de joie. Le poète invite la nouvelle Sion, la nouvelle Babylone à manifester son allégresse. Dieu lui avait ravi la paix, Dieu la lui rend. L’héritier rentre dans son domaine, il tient l’épée, le sceptre, les lampes allumées; les prêtres viennent à sa suite, leurs chants célèbrent son triomphe.

Rien n’empêche de voir dans ces transports les élans d’un poète patriote qui salue le retour de Michel Paléo— logue dans l’Empire de ses pères.

Un tout autre sentiment a inspiré la pièce qui porte le numéro quatre. C'est une complainte sur la corrup—

(‘) Buchon. Éclairct‘sæements, etc., p. 19._

tion du temps. La puissance est aux mains d’hommes criminels, de femmes impures; tout est souillé. La croix est transformée en potence, les images saintes sont brûlées; il ne reste plus trace de moines ni de prêtres sur la terre. Alors la vengeance du ciel éclate sur la cité impure, la vigne du Seigneur est de nouveau sac— cagée, la porte d’airain est livrée.

La venue de l’Antechrist complète ces misères. Après tant de désordres, il ne reste plus qu’à attendre ce règne déplorable. Il vient en effet, ce mortel ennemi du Christ; il est fils d’une religieuse impure. Sa face est obscure et ténébreuse; son œil droit brille comme l’étoile qui se lève à l’horizon, l’autre est sanglant. Il a six doigts; il régnera sur Sion; déjà, de tous les points de la terre, les Juifs accourent a lui; alors, sous son empire, la terre gémira, elle se plaindra, elle pleurera, elle sera plongée dans un deuil dont rien ne saurait la faire sortir.

Ces poèmes sont étranges. Cependant comme ils se rattachent aux énigmes d’un empereur célèbre chez les Grecs pour sa manie de composer des oracles, il nous a paru intéressant d’en recueillir les débris. Ils nous font voir quel était au treizième siècle, avant la chute de Constantinople, l’état des esprits : on ne semblait plus rien attendre de bon; les maux étaient à leur comble; l’on ne prévoyait plus que désordre et confusion. Ils appellent encore notre attention sur une habitude que nous avons déjà signalée : celle de reprendre les compo sitions de la belle époque byzantine pour les repro— duire en langage et en vers vulgaires et les mettre ainsi à la portée d’un plus grand nombre de lecteurs

0) Voir pour le texte la publication de M.É.Legrand, intitulée : Collection

de monuments pour servir à l’e‘tua‘e de la langue néo-hellénique. Paris. Maisonneuve et C-.

ÉTUDE

SUR UNE

APOCALYPSE DE LA VIERGE MARIE

MANUSCRITS GRECS, N°‘ 390 ET 1631, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE PARIS (‘)..

M. Constantin Tischendorf dans un volume publié par lui à Leipzig en 1866 sous ce titre Apocalypses Apocryphæ 2V[osz‘s, Esdrœ,Paulz,Johannz’s, etc., indique, sans en donner le texte en entier, une Apocalypse de la vierge Marie écrite en grec dont un manuscrit se trouve à Oxford, Bibliothèque Bodléienne, un autre à. Venise, Bibliothèque de Saint—Marc, et enfin un troisième à Vienne, Bibliothèque impériale. Il ne dit rien d’un manuscrit grec à. nous appartenant qui porte le n° 390 et renferme une Apocalypse de la Vierge. Il n’est pas étonnant qu’il ait échappé aux recherches de cet amateur érudit de livres apocryphes. Le titre qu’il porte fragmenter de Lz‘turgz‘a, ne fait pas soupçonner autre chose qu’une espèce d’Eucologe. Pourtant rien n’est moins exact; c’est de ce volume que j’ai tiré le texte d’Apollonius de Tyr, cité par Ducange dans son Glossaire de la basse grécité. A la suite de ce poème,

(1) Lecture faite à l'Association pour l'encouragement des études grecques en France. dans la. séance du 5 janvier 1871. le premier jour du bombardement de Paris par les Prussiens.

au f° 174, vient un écrit en prose portant cette indi— cation : ‘H ,A‘ltOXŒÂU'jJIÇ fl:ñç ù‘rtspatyiæç Oeo‘côxou mi. a‘œi IIatpOévou MaprÏaæç. Aéo‘1tom êuho’smcov. La première fois que je vis cette révélation faite a la Vierge des tourments

‘des damnés, car il s’agit d’une descente aux enfers, ma

curiosité vivement excitée, se trouva bien vite déjouée; les trois derniers feuillets du volume ne conduisaient pas très loin sainte Marie, et je n’espérais pas retrouver la suite de son voyage dans le manuscrit 390. Cepen— dant en regardant de plus près la première page de ce recueil qui semblait au premier abord ne se rapporter à rien, j’y découvris la suite des derniers feuillets trans— posés maladroitement par le relieur, ainsi qu’il arrive souvent pour les manuscrits grecs contenant des pro— ductions de la littérature du moyen âge. Malheureusement ce fragment est très court, et il nous laisse encore désirer la fin de cette Apocalypse. Les manus— crits consultés par M. Tischendorf, suppléeront à notre texte et nous montreront la sainte Vierge dans son rôle tout puissant de clémence, désarmant, suivant des idées chères au moyen âge, l’éternelle justice de Dieu.

Voici l’analyse du texte grec coté sous le n° 390: a Marie en prières sur le mont des Oliviers conçoit le désir de connaître et de voir les châtiments auxquels sont condamnés les pécheurs dans les enfers. Sa voix s’élève vers le ciel et implore son fils, « écoute ta ser— vante » lui dit—elle. Aussitôt descend vers elle l’Ar— change Michel accompagné de quatre cents anges. saint Michel salue la Vierge bénie des noms les plus glorieux; de son côté, Marie répond a l’archange en reproduisant cette polyonymäe dont les litanies chré— tiennes ont emprunté l’usage au culte des païens. Les anges ne sont pas oubliés non plus dans cet échange de politesscs graves et saintes. « Bienheureux archange, dit la Vierge, occupée des pécheurs, dévoile à mes yeux toutes choses dans le ciel et sur la terre. » Et le chef des milices célestes lui promet d’obéir à ses ordres. « Montremoi, dit Marie, et le nombre des châtiments que subissent les pécheurs et les lieux où ils endurent leurs souffrances. — Ces tourments sont nombreux, on ne saurait les compter. —- Montre—les moi, dit la mère du Christ. ”

Aussitôt sur l’ordre de saint Michel les quatre cents anges enlèvent la Vierge et la conduisent aux lieux où est l’Adäs. Et la Vierge vit la les pécheurs torturés; une multitude d’hommes et de femmes. Il sortait de ce lieu un bruit de pleurs et de grincements de dents. a Qui sont ces pécheurs, dit Marie a son guide et quel fut leur péché? -—— Ce sont, répond son divin guide, ceux qui n’ont point confessé le Père, le Fils et le Saint— Esprit, qui n’ont point cru à la mère de Dieu sans tache; et c’est pour cela qu’ils sont ainsi punis. »

Et la sainte Vierge vit en un autre endroit de grandes ténèbres, et elle dit à l’archange : « quelles sont ces ténèbres—ci et qui sont ceux qui les habitent. Et l’ar— change lui répondit : de nombreuses âmes de pécheurs y sont plongées. — Que ces ténèbres disparaissent, dit la Vierge à l’archange, afin que je voie aussi ces tour— ments. » Et les anges qui gardaient les damnés, lui dirent : a nous avons recommandation du Père invisible de les empêcher de voir la lumière jusqu’au jour où brillera son Fils, dont l’éclat sera plus resplendissant que celui du soleil. » Et la Vierge élevant ses yeux vers le trône du Père invisible dit : ce moyennant la royauté et la divinité du Père et du Fils et du Saint—Esprit, que ces ténèbres s’enlèvent et que je voie ce supplice. ” Et aussitôt les ténèbres s’enlevèrent et la Vierge voyant ce qu’elles recouvraient, pleura et dit : « infortunés, vos

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