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Cédrénus (‘), Nicéphore GrégoraS (’). Nicétas (’), parlent de ce recueil comme d’une collection précieuse d’indicatidhs que les faits n’ont jamais démenties.

Constantin Manassès (‘) rapporte les paroles prophé— tiques de Léon à son lit de mort.

Nous apprenons de Jean Tzetzès (5), qu’il courait dans Constantinople une antique prédiction qui annonçait de grands malheurs à la ville impériale.

\ T I I Xpnqm: -qv mpiqmpnmç Kœvctommwmolttazç Aùrèç ‘ri; fioüç [Sor’.cet 15 ml -rozîip6ç 1:s Opnv‘rjo‘u.

Voici comment il l’explique :

B03; p.tv fip.eïç 1:‘ñv 073).;zav 'nijv ‘tûîv {306v xozÀoÜ|uev
TaÙpov xup(wç8ê {SoG’w rèv cîpcsva xukoüy.sv,

'I‘èv ‘tczüpOv wÜmv 8’I'm7lèv xaÀoüaw ci Aozfivor

‘H çtcÜç irpu‘répa Sa’, ‘ijyouv Kwvm‘ctvtîvou

i‘H Ex ‘:ü‘w rwipwv ’I‘tozÀäiv ‘Pmwxiæv Exney.äm
Bo‘r’pet ‘r<‘> 7roÀ:y.txbv xarÈt 163v dvtrm’tÀwv‘

‘O rub’poç 3è 6 ’Iroûlo‘ç, drpcrrbc 6 rd‘w Aativow
Ka‘t chxpœ’wu ‘t‘ÇI noÀÀiji 1705 po’Gou, ml 0pmfliau.

N’était—œ pas prédire, quelque trente ans auparavant, l’inv‘as‘ion des Latins dans la ville de Constantin ?.

Le même Tzetzès explique encore un oracle qui présageait mille malheurs a la grande cité et sa ruine prochaine :

Oüwf cor, (Ï) ‘E1‘l‘tcflom, 31': où xtÀra’c‘uç‘
Xpmy.‘oç br:—ï,pxzv Étape; Kù)VO’TŒVTIWO‘TŒÇ

1\Hj â'v p.5’poç Em’ppnp.ct oÔozi, Tic; Opnvw5iac

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‘Hua KuWO‘TŒV‘flVŒ’WWÂK xa’iv ôuxl ;uÀu’crnc
’AÂÀËt 1 1llimv ‘écmôev )(_péi«mt xctraÀuflrîry

"Oy.wç en’: ai’ xad Opfiv6ç cou, &Dà 7_ctpËt. Ë<reïrou
"lvat p.siCwv mwfl7irn yäp xal ‘ltÂE’OV 7.0:gzætpui’0‘âd‘n.

(‘) P. 493. édit. Reg.

(‘3) Edit. Colon. Allobrog, p. 325. t“) Edit. Reg. p. 229.

(‘) Edit. Reg. p. 114.

(5) Chiliadc IX. v. 657.

La fin de la prédiction corrigeait heureusement le début qui n’annonçait que désastres.

Il est facile de comprendre quelle sorte d’empire eurent sur les esprits ces rêveries prophétiques de Léon le Sage. Nous voyons par les extraits qui précèdent qu’on les répétait dans le peuple. On peut croire qu’elles étaient d’àge en âge imitées, rajeunies, ampli— fiées par l’imagination populaire. Nous trouvons quelque chose de semblable dans notre histoire. Les prophéties de Merlin, les révélations de sainte Bri— gitte, les centuries de Nostradamus, n’ont cessé, même de nos jours, d’être reprises et répandues. On s’en prévaut encore pour agir sur l’esprit naïf et crédule des campagnards. Tout est bon à qui sait s’en servir.

Jean Meursius, dans son glossaire grec—barbare, cite quelquefois une paraphrase en langue vulgaire des vaticinations de l’empereur Léon. Il cite encore une explication des prophéties de Constantinople. Ces ora— cles auraient été trouvés, à ce que dit le texte cité par Meursius, sur une colonne de marbre: eùpéÔn aiç 1fiv Kœvcrrw‘twoénoÂw eiç p.iaw xo7\c’vow uapuaptttxfiv. Il ajoute : Cæterum eæplz‘catio 2'Zla asservatur integra in Bibliotheca Vaticana.

Je ne sais pas ce que peut être cette explication conservée à la Bibliothèque du Vatican, mais je crois avoir rencontré dans notre Bibliothèque nationale de Paris une composition qui rappelle celle-ci et certai— nement doit lui ressembler.

En étudiant le manuscrit grec 929, j ’ai lu au bas de la page 403 la rubrique suivante : Ai’vtyy.at 7xéE€œV Aécv‘t‘o; Toü aoçmaîæou. Ce titre général est suivi de cinq mor— ceaux, un peu différents par le style et par la langue, mais se ressemblant par l’inspiration qui les a dictés. Ce sont les plaintes d’un cœur ulcéré par les malheurs de sa patrie ou attristé par les vices du siècle. Constan

tinople envahie par les étrangers, un prince latin assis sur le trône de Constantin, l’empirc déchiré par les barbares, la vigne du Seigneur dévastée, le mal triomphant sous les traits de l’Antechrist, telles sont les idées générales de ces morceaux. On peut, sans har— diesse, assurer que, s’ils sont tous de la même main, cette main fut celle d’un moine.

La première pièce, qui est de beaucoup la plus importante, se rattache plus étroitement que les autres aux Enigmes de l’empereur Léon. Le procédé de l’auteur consiste à citer un texte qui est celui du Philosophe; puis il l’interprète, et il cherche dans les événements accomplis le sens et la vérification de l’oracle. Ce n’est certainement pas le style de l’empereur Léon qu’on retrouve dans ce morceau. C’est une transformation populaire, une version vulgaire des vers échappés à sa plume.

Outre les difficultés indéchiffrables d’une prophétie, d'autres difficultés abondent, provenant de la langue elle—même et surtout des allégories sous lesquelles la pensée est comme étouffée.

On comprend pourtant qu’il s’agit de retrouver dans les prédictions de l’empereur une annonce formelle des progrès faits sans relâche par les Hongrois, les Tchè— ques, les Alains, les Vlaques, les Coumans et les Turcs. Ces derniers peuples surtout sont représentés sous l’emblème du renard. Leurs progrès sont dépeints; en vain, de la Serbie, des princes s’opposent à. leur marche, ils n’en continuent pas moins d’envahir le monde : I’Epire aussi bien que la J udée. Il serait inu— tile, je pense, de chercher à. comprendre tous les détails de ces vers souvent baroques; ce qu’on peut y voir, c’est que le monde, sous la figure d’une vieille femme, se laisse conduire aux abîmes.

S’il faut se régler sur la date énoncée dans le texte,

6700, l’an 9° de l’indiction, on est reporté à l’année 1192. Les faits généraux de l’Empire d’Orient concor— dent assez bien avec les vers où il est question du pouvoir croissant des Ismaélites; on les représente comme devant bientôt asservir les terres des Hébreux, des Romains et des Grecs, 1’Egypte, l’Ethiopie, la Pentapole, Tyr, Damas, Antioche, le Saint—Sépulcre, Tripoli, Hadrianopolis, Jôppé et Gangra.

L’histoire nous apprend qu’en réalité, cette année—là même, les Valaques et les Bulgares avaient repris les hostilités et ravageaient les provinces voisines du Danube. L’empereur qui régnait alors était Isaac II. Il s’était assuré, sur la foi de certains flatteurs, une vie— toire facile; il ne trouva qu’un échec honteux. « En partant de la ville, il s’était vanté qu’il y rentrerait tout rayonnant de gloire : abusé par les prétendus devins qui se jouaient de sa crédulité, il s’était per— suadé que la Providence divine avait abrégé le règne d’Andronic... et qu’elle avait ajouté à son règne les années destinées à ce prince; qu’il devait régner trentedeux ans, délivrer la Palestine, établir son trône sur le mont Liban, repousser les Musulmans au—delà de l’Euphrate, anéantir même leur empire, et qu’il aurait sous ses ordres un peuple de satrapes, gouverneurs d’autant de royaumes , et plus puissants que les plus puissants monarques. Enivré de ces chimères, il ne sentait pas les maux présents, et, battu parles ennemis, méprisé de ses sujets, il triomphait d’avance des grands succès qu’il se figurait dans les ombres de l’avenir. n

‘Jn présence de tant de revers et de l’insolence des ennemis sans cesse exaltée par de nouveaux succès, est—il défendu de croire que l’auteur de ces vers ait voulu faire une satire de cet empereur incapable et arrogant?

Un passage, beaucoup plus clair malgré l’obscurité des détails, est celui où l’auteur explique une prédiction antique par les événements qui ont précédé la prise de Constantinople par les Croisés en 1204. L’Oracle pré—sente une certaine Marie, portant un bissac et de la farine. Elle vient pour pétrir la farine, y mêler le sucre, en faire un gâteau. u Marie, dit l’interprète, est la reine du Midi; les Arabes, les Persans, les Ismaélites, accou— rent pour manger le gâteau, 'il est partagé en sept ou huit morceaux. n Un autre passage fait allusion à Vatace, gendre de

Lascaris, c’est l’interprétation la plus claire et la plus facile :

Kai. ‘51 Boite: (imè ‘népot

"Hn>.wcev x’ Ëmowzv 'l‘6‘1‘IOV

”Exwv Po’Sov lowxapoirov

Mè ‘t’ &pus’vrxov &xotv6zv.

Boire: Éo‘rlv ô Bard‘rCno‘, etc.

Il était naturel qu’un prince ayant le don de prédic— tion prévît longtemps à l’avance le plus grand des événements du treizième siècle, le plus inattendu de tous : la fondation d’un empire latin dans Constan— tinople. Il n’était pas moins naturel d’en prédire la chute. L’auteur que nous étudions n’a en garde de manquer l’explication de ces singulières catastrophes. Des grains de blé, peut—être grillés, un artichaut net— toyé, lui figurent les Francs maîtres de Constantinople et chassés enfin, après une domination de plus d’un demi—siècle. Le gâteau retombe aux mains de Michel Paléologue. Cette reprise de possession par un prince grec est célébrée par l’interprète des Enigmes de Léon. En parlant des efforts de Michel Paléologue pour rame— ner les Grecs à l’unité du dogme catholique, il ne laisse pas voir bien nettement s’il approuve cette tentative. Je ne crois pas qu’il y soit défavorable. Si l’on appuie cette conjecture sur quelques mots italiens qui

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