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Théodore Gaza, de Thessalonique, chercha un refuge en Italie, quand les Turcs eurent pris sa ville natale en 1430. De 1441 à 1450, il enseigna le grec au Gymnase de Ferrare, il alla ensuite à Rome auprès du Pape Nicolas V.

Grégoire Tifernas ou de Tiferno, que nous avons vu obtenir en 1455, la première chaire de grec à l’Univer— sité de Paris, quitta cette ville en 1459; il revint à Venise où il ne cessa d’enseigner jusqu’à sa mort en 1466. Il a traduit sept livres de Strabon et un traité de Dion Chrysostome (‘).

Il se trouva que Rome eut alors un pape, Nicolas V, passionné pour les lettres et les arts. Il ne se contenta pas de travailler a l’embellissement de Rome par de beaux édifices, il y attira tous les hommes instruits qu’il put trouver en Italie et principalement des grecs. Aurispa, Manetti, Georges de Trébizonde, Théodore Gaza furent appelés par lui. Il les pays pour enseigner leur langue, il leur fit traduire les livres les plus pré— cieux de leurlittérature. Thucydide, Diodore de Sicile, Appien, Polybe, Strabon , Plutarque, une partie d’Aristote et de Platon furent mis en latin. Nicolas V aimait à acheter des manuscrits, a les faire couvrir de belles reliures exécutées sous ses ordres. Il en avait rassemblé une précieuse collection, de cinq mille a peu près. Malheureusement il ne resta que huit années sur le trône pontifical de 1447 à 1455. a A son lit de mort, il parlait encore de son désir de faire traduire Homère en vers hexamètres (‘). »

A ses côtés le cardinal Bessarion, d’origine grecque, mais fixéen Italie dès 1439, partageait la même passion pour les beaux manuscrits. On dit même que pour cette raison il portait ombrage à Nicolas V, qui le traitait

(‘) Ambroise Firmin-Didot. ibid., p. 23. (î) Ambroise Firmin-Didct, ibid.. p. 25.

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avec une froideur et une jalousie mal dissimulées.Bessarion ne se contentait pas de réunir des manuscrits, il travaillaità les traduire lui—même. Xénophon, Aristote, Théophraste, d’autres grecs encore furent mis dans un langage plus à la portée des étudiants.

Ainsi devenait deplus en plus vif chaque jour le goût pour la littérature grecque, déjà les esprits étaient préparés à. recevoir une plus ample instruction. L’évé— nement tragique de 1453, attendu depuis longtemps, ne fut pas la cause de la renaissance des études grecques en Europe; il ne fit qu’en augmenter le dé— veloppement et en doubler l’intensité. Bientôt ce fut une passion. Les professeurs abondèrent, les manuscrits arrivèrent en foule; l’imprimerie joignit ses bienfaits à tant d’heureuses circonstances. En effet, le siècle ne s’achève pas avantqu’Alde Manuceaitdonné ses éditions savantes, changé l’incommode in—folio pour des formats plus maniables. 11 a décrit lui-même l’enthousiasme dont les intelligences s’enflammèrent pour lalittérature grecque : a On vit, dit—il, jusqu’aux vieillards, à l’exemple de Caton, s’appliquer à l’étude du grec, que la jeunesse et l’enfance cultivèrent à l’égal du latin. n a N ostris vero temporibus multos licet videre Catones, hoc est senes in senectute græce discere. N am adolescentulorum et juvenum, græcis incumbentium, jam tantus fere est numerus quantus eorum est latinis. n Il faut lui rendre hommage pour avoir augmenté le nombre des livres et répondu a l’ardeur de s’instruire dont ses concitoyens étaient enflammés : « propterea græci libri vehementer ab omnibus inquiruntur, quorum quia mira paucitas est, ego, adjuvante Christo Jesu, spero me brevi efi‘ecturum, ut consulam tantæ inopiæ.... (‘). » Attribuons-lui également l’honneur

(l) Préface de l'0rganon d’Aristote, 1495. Ambroise Firmin-Didot, ibid., p. 29.

d’avoir propagé l’étude du grec en Allemagne , en France et j usqu’en Pannonie, en Angleterre et en Espagne. « Nam non in Italia solum, sed etiam in Ger— mania, Gallia, Pannonia, Britannia, Hispania et ubique fere, ubi Romana lingua legitur, non modo adolescentibus juvenibusque quoque summa aviditate studetur litteris græcis (‘). »

XXXV.

Ici s’arrête notre travail. Le grec n’est plus exposé à périr. Tandis que dans Athènes ou dans Constanti— nople l’ignorance va grandir de jour en jour, l’Europe recueillera les trésors que la barbarie des Turcs méprise. Nous n’en serons plus réduits à quelques débris épars, nous aurons à nous toute l’antiquité grecque. Des princes tiendront à honneur d’employer leurs richesses a faire rechercher partout les manuscrits grecs, à les multiplier par l’imprimerie, à en remplir des dépôts libéralement‘ ouverts à la curiosité des savants. Nous n’avons pointàredire ici ce que d’autres ont écrit en détail A

Nous croyons avoir achevé la tâche que nous nous étions imposée. On avu comment, aux époques les plus reculées de son histoire, l’Europe n’ignora jamais complétement le grec. La lumière fut parfois bien incertaine, bien vacillante; on l’empêcha toujours néanmoins de

(I) Préface de l'édition de Stephauus de Urbibus, 1502. Ambroise FirminDidot. ibid., p. 29.

(7‘) Martin Crusius, Turco-Græciæ libri; M. Egger. de l'Helle‘nisme en France; M. Congtanün Sathas, NiosÀÀnvnx"q cpûlokoyiu — e’v ’A0fivacç 1868, NeozDmvm-fiç qnÀoÀcyfctç 1rctpo’tpænpu êv ’A0‘âV°flc 1870; Papadopoulo Vretos. etc. etc.

s’éteindre. Il y eut des moments où elle jeta des lueurs plus vives qu’on n’était disposé à le croire autrefois. L’historien découvre trois époques où le grec, surtout en France, eut une véritable faveur : l’établissement du monastère de Lérins, le règne de Charlemagne et celui de Charles-le—Chauve, enfin le X111‘ siècle. Ce sont trois périodes d’une grande activité intellectuelle, et le grec en aucune d’elles n’est absent des études. Il en est au contraire l’ornement le plus rare et le plus inattendu. C’est peu de chose sans doute en comparaison du grand élan de l’Italie au XIV" siècle, de la France et de l’Allemagne au XVI"; mais c’est assez pour venger le moyen âge d’accusations injustes trop longtemps maintenues. En réalité, il n’y eut jamais un siècle entier où, dans l’Europe, on ait pu dire de la langue de Platon : græcum est, non legz'tur.

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