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langue franque? as Et lui: a Je suis Romain, je la connais. n Et il se tut. « Je t’en prie, mon ami, lui dis-je,

arle—moi la langue franque. ” ce Avec joie, n me ré— pondit—il aussitôt a»

XXXII.

Les expéditions des Français en Orient, la conquête de Constantinople surtout, ne furent pas sans influence sur l’étude du grec ‘dans les écoles de Paris. Un seul fait dit tout. Avant la première année du XIII’ siècle, les philosophes arabes et Aristote ne paraissaient point cités dans les écrits des Scolastiques , dit Amablc Jourdain (’) : en 1272, époque de la mort de Saint Thomas, on possédait des versions faites, soit de l’arabe. soit du grec, de tous les ouvrages du Stagirite. C’est donc dans un espace de soixante—douze ans que s’est produit le grand mouvement qui a transformé l’étude

. de la théologie dans les Universités françaises. On vit

alors chez les docteurs de l’Occident se renouer la tra— dition des premiers temps du Christianisme, où Ter— tullien et Saint Basile cherchaient dans les livres des philosophes païens des moyens de répondre aux Gentils ou aux hérétiques

(‘) Dittamondo, liv. Ill, chap. XXIIl. Moustoxydi (Alcune Considerazioni sulla presente lingua de‘Gœci. Antologia n° 51. Marzo 1825. Firenze). Tl‘tb duction grcque par M. Chiotès. Zacynthe 1851. Note de M. J. Romanes.

(7) Recherches critiques sur l'âge et l'origine des traductions latines d'Arfstaie. p. 210. Abélard conseillait aux religieuses du Paraclet. d'étudier pour se rendre capables de lire et d'entendre 1’Ecriture Sainte. Il les félicite de ce qu’elles ont une abbesse qui peut leur apprendre le latin. le grec et l’hebreu; il se plaignait que l'étude du grec fût négligée. Il souhaitait que ces filles pussent réparer cette science que les hommes ont laissé perdre. Louis Elliee du Pin, Histoire des controverses et matières ecclésiastiques, etc, XII‘ siècle. Analyse des lettres de Saint Bernard.

(3) « Philogophari nos provocant hmrefici, disait Tertullieu (de Resurrcctionc). )»

Les maîtres du XIII° siècle en faisaient autant à l’égard d’Aristote. Aussitôt que l’étude de sa métaphysique leur fut possible, elle devint autorisée, jusqu’à ce que les hardiesses des disputeurs ouvrirent les yeux aux gardiens de l’orthodoxie sur les dangers de ces lec— tures. Nous avons sur ce point le témoignage précis d’un historien, Guillaume le Breton. Il n’hésite pas sur la provenance de ces livres tant étudiés dans 1’Université parisienne. Il nous dit qu’ils avaient été depuis peu rapportés de Constantinople et traduits du grec en latin : « In diebus illis (anno 1209) legebantur Parisiis libelli quidam ab Aristotele, ut dicebantur, compositi, qui docebant metaphysicam, delati de novo à Constantinopoli, et a græco in latinum translati n Le concile de Paris proscrivit la lecture de ces livres : u Nec libri Aristotelis de naturali philosophia nec commente legantur Parisiis publice vel secreto (’). ” Robert de Courçon (en 1215) renouvela cette interdiction, en per— mettant toutefois la lecture des livres de dialectique. “ Et quod legant libros Aristotelis de dialectica tam veteri quam nova... Non legantur libri Aristotelis de metaphysica et naturali philosophia. . . »En 1231,1e pape Grégoire IX maintint la même défense : « Et libris illis naturalibus, qui in concilio provinciali ex certa causa prohibiti fuere, Parisiis non utantur...

On peut voir dans J ourdain (5) les discussions et les doutes qu’ont soulevés les lignes de Guillaume leBreton que nous avons rapportées plus haut. Les ouvrages d’Aristote désignés par ces expressions vagues : « Libri de naturali philosophia, libelli de metaphysica, libri naturales, » sont—ils bien d’Aristote,étaient—ils traduits du grec ou de l’arabe; les livres proscrits par le concile de Paris sont-ils les mêmes que les livres désignés dans le mandement du légat et dans la bulle du pape? On a pensé qu’au XIII° siècle on ne connaissait pas encore de traductions latines dérivées du grec. Mansi (‘) a pré— tendu que le mot commenta désignait les commentaires d’Averroës et que, par conséquent, il s’agissait de ver— sions arabes—latines. Cette opinion pourrait bien être vraie. Elle a pour elle le témoignage de Roger Bacon, qui précise les termes du concile de Paris. Il nous apprend qu’on s’opposa longtemps, à Paris, à la philosophie naturelie et à la métaphysique d’Aristote empose’es parAvi— cenne et Averroék Du reste les erreurs d’Amaury et de David de Dinant sont loin d’être exclusivement péripatéticiennes Elles se rattachaient a la doctrine des émanations de Proclus, qui commençait à se répandre dans les écoles de France du temps d'Alain de Lille. Le de causis qui n’est qu’un extrait de l’Etevatz‘o 77æologz‘ca de ce philosophe, et le Fons Vitae d’Avicebron, semblent avoir surtout inspiré ces deux hérétiques, et l’on peut croire que ce sont ces traités et les livres d’Avicenne que le concile de Paris a frappés d’anathème (3). Le savant auteur des recherches sur les traductions d’Aristote, croit même pouvoir afiirmer que cette condamnation des commentaires d’Aristote par des traducteurs arabes servit beaucoup à la propagation des vraies doctrines

(‘) Recueil des Hist. des Gaules et de la France, 1:. XVII. p. 84.

(2) D. Martène. Novus Thcsaurus Anecdotorum. t. IV. p. 166.

(3) Du Boulay. Hist. Univers. Paris. LUI, p.82. Launoy,de Varia Aristotelis in Academia Parisiens!’ Fortuna, Parisiis, 1662. c. 6.

(‘) Du Boulay. ibid, p. 142. CI”. Launoy, ibid. 0. 6. - Voir A. Jourdsin, p. 187. 189 et seq.

(à) Ap. Annales Eccles. Auct. Raynaldo, Lucæ, 1757, in-t‘ol. t. I. p. 289. — Jonrdain 193.

(‘) Opus majus. p. 13 et 14. A. Jourdain, p. 194.

(9) c La doctrine de David de Dinant sur la matière première dénuée de forme, servant de commun substratum à. toutes choses, est bien celle du péripatétisme arabe. mais il se rattache surtout aux textes des cathares. au Joachimisme et à Scot Erigène. ) E. Renan, Averroës et l'Averro‘z‘sme. p. 223. Voir un Mémoire de M. Charles Jourdain sur ce sujet. Il rattache ces erreurs aux doctrines péripatéticiennes d’Alexandre d’Aphrodisie. (11' siècle après J .-C.)

(3) Jourdain, 197.

du philosophe grec. On se défia désormais d’une doc— trine dégénérée, abâtardie, et l’on prit toute sorte de précautions pour n’avoir plus recours qu'aux ouvrages authentiques d’Aristote. On vit alors , en effet, Alexandre de Hales , Albert , Robert de Lincoln expliquer, com— menter les écrits du philosophe grec, au sein même de l’Université qui les condamnait. a Si Roger Bacon, dit le même écrivain, impute à l’ignorance la sentence dont ils furent frappés, ne dit—il pas aussi que la lecture en fut permise lorsqu’on les eut mieux connus? Quand Robert de Courçon donna son mandement et Gré— goire IX sa bulle, il est à présumer que de nouvelles traductions d’Aristote avaient paru (‘). ”

Il faut donc conclure que, si Guillaume le Breton s’est mépris sur les livres condamnés par le concile de 1209, il ne s’était pas trompé quand il indiquait, au moment où il écrivait, vers 1220, que le texte grec de’la méta— physique avait été apporté en Europe et commençait à être traduit.

Quoique les Croisés fussent en général plus avides de reliques que de manuscrits, on ne peut se refuser à croire qu’ils aient introduit en Europe quelques livres arrachés à l’Orient. Ils en détruisirent beaucoup dans l’incendie de Constantinople, ils en conservèrent quel— ques—uns. C’est par la que nous est venue la métaphy— sique d’Aristote, et il semble bien établi que la première traduction de cet ouvrage a été faite d’après le texte grec.

Les deux ordres religieux dont l’institution marque les premières années du XIII’ siècle, les Franciscains et les Dominicains, ne furent pas inutiles à la propagation du grec en Europe. Nous avons vu les frères de Saint François se porter en grand nombre dans la Grèce,

U) A. Jourdain, p. 198.

y fonder de riches abbayes et couvrir, en peu de temps, de leurs monastères les îles de l’Archipel et le continent de la Morée. L’amour des sciences ne leur était point prescrit par leur règle, au contraire. On sait la légende qui condamnait un des religieux trop amoureux des lettres. Cependant ils se sont distingués de bonne heure par une ardente poursuite des beaux livres. Mathieu Paris les accuse d’en faire partout, et surtout en Angleterre, une chasse passionnée. Il n’est pas pro— bable que dans l’Occident ils eussent tant de zèle pour les manuscrits, etqu’ils en manquassent tout—à—fait dans des pays où la moisson était abondante et précieuse.

Les Dominicains ont fait davantage pour la con-naissance et la propagation du grec en Europe. Un ar— ticle de leur règle leur enjoignait d’apprendre la langue de tous les pays où ils allaient prêcher; ils apprirent donc le grec et le parlèrent dans leurs missions de l’Orient. Quelques-uns d’entre eux y firent de rapides progrès. Guillaume Bernardi de Gaillac, qui était allé prêcher à Constantinople, avait mis en grec plusieurs traités de Saint Thomas (‘).

Dans leur maison de Saint-Jacques, fondée à Paris en 1221, et admise bientôt dans le sein de l’Université, ils avaient formé une pépinière d’hommes instruits. Les chefs de l’ordre s’attachaient à les rendre non—seule— ment habiles en théologie et en philosophie, ils leur prescrivaient aussi l’étude des langues étrangères, de l'arabe, de l'hébreu, du grec, ce! alfa lingua barbara. Leur gé— néral, Humbert de Romans, en 1255, offre d’accueillir avec faveur ceux des frères qui voudraient étudier le grec, l’arabe, l’hébreu. Dans son traité de Erudz‘tz‘one Prædz‘catorum (’) il censure amèrement les personnes qui n’approuvent point ou empêchent ces études, et il

0) Scriptor. 0rd. præd. t. 1, p. 460. HL”. lin. de la Fr. t. XXIV, p. 102. (9) Lib. Il, t. 1, c. 55 — Bibl. Max. Sanct. Patrum, t. XXV. p. 488.

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