Imágenes de página
PDF

cultivent soulèvent les haines populaires?.. aujour— d’hui, on supporte a peine ceux qui cherchent à acquérir quelque connaissance; le vulgaire ignorant a les yeux fixés sur eux comme s’ils étaient placés sur un pinacle; et si, par hasard, ils prêtent le flanc à la cri— tique, leurs fautes ne sont pas imputées à la faiblesse humaine mais à la nature de leurs études. Nunc oneri sunt qui aliquid discere affectant; et, velut in edito loco sitos, studiosos quosque imperiti vulgo aspectantes, si quid in eis culpæ deprehenderint, id, non humano vitio, sed qualitati disciplinarum assignant (‘).»

On a lieu de s’étonner que les études qui paraissaient du temps de Charlemagne si florissantes, aient pu, en

‘ un si petit nombre d’années, tomber dans un tel aban—

don. Cette détresse n’est—elle pas de nature à nous faire comprendre que les écoles, sous ce grand prince, avaient plus d’apparence que de solide réalité, et que ses panégyristes, d’ailleurs équitables envers sa mé— moire, ont exagéré les effets de son action? En définitive, il n’y avait là comme nous l’avons déjà dit avec Fénelon, qu’un rayon de politesse naissante. Les efforts qui vont suivre les protestations que nous avons enre— gistrées plus haut, ne réussiront pas davantage. Que peut—on attendre pour des études sérieuses du soin que prend un prélat comme Hincmar afin de relever Penseignement, lorsqu’il recommande aux doyens de son diocèse de s’inquiéter s’ils ont un clerc capable de tenir une école, de lire l’épître et de chanter

Cependant Charles le Chauve réussit pour un temps à retirer les études sacrées et profanes de la décadence où elles étaient tombées. Son palais s’ouvrit aux sa— vants, et le prince donna plus d’une marque de son

(1) Patrol. Migne, t. CXIX. epist. [. cité par L. Maître.
(’l L. Maître, p. 25.

estime et de son affection pour le savoir, aux personnes qui lui semblaient se distinguer par la. Il yeut donc une nouvelle floraison littéraire. Le grec qui avait dépéri avec le latin, reprit une nouvelle vigueur et un crédit plus considérable.

Les historiens de Charles—le—Chauve ne lui ont point ménagé les éloges. Le biographe d’Herfroi, évêque d’Auxerre, dit de l’empereur; a il philosophe bien, et gouverne les philosophes de son Empire. » Paschase Radbert lui dit en son langage versifié, qu’il est un soleil et que la science l’a mis au premier rang. Loup de Ferrières salue avec empressement la science qui refleurit à la Cour de l’empereur : « reviviscentem in his nostris regionibus sapientiam quosdam studiosissime colere pergratum habeo » Heiric d’Auxerre, déjà cité par nous, lui dit surtout : a La Grèce se meurt d’envie en voyant qu’on la délaisse pour courir à nos rivages, et l’Irlande nous amène sur ses vaisseaux ses innombrables sages. Peu s’en faut que tout l’univers ne se soulève contre vous, qui, en vous efforçant de vous instruire vous et les vôtres, détruisez, dispersez les écoles des autres nations (’).n

(‘) Epist. XXXV. L. Maître, p. 28.

(î) Launoi, De Scholis celebribus. p. 52, et de J. Secte Erigena auctore anonyme. p. 16, ex edit Floss; Cramer. p. 33. — e Luget hoc Græcia novis invidiæ aeuleislacessita, quam sui quoudam iucolæjamdudum cum Asianis opibus aspernantur. tua potius magnanimitate delectati, studiis allecti, liberalitate confisi. Dolet. inquam. se olim singulariter mirabilem ac mirabiliter singularem a suis destitui; dolet certe sua. illa privilegia. quod Dlll’l* quam hactenus verita est, ad climats nostra transfcrri. Quid Hibcrniam memorem pene totam cum grege philosophorum ad litoru nostra migrantem? Cunctarum fere gentium. C‘æsar invictissime, seholas et studia sustulisti, ita ut merito vocitetur schola palatium. )

XXIII.

J. Scot Erigène mérite à lui tout seul ces éloges, et il les justifie. Il est l’helléniste de ce temps; il tient école en grec, c’est lui qui a été le chef de ces hellénisants, Hélie, Heiric, Hubald et Remi. Une tradition qui n’est qu’une légende le fait voyager en Grèce et suppose qu’il s’est instruit dans Athèuès On en a dit autant de Boèce, et l’on sait pourtant que ce philosophe ne mit jamais le pied en Grèce. J. Scot s’est instruit dans I’Irlande, sa patrie, dans ces couvents hiberniens où des Grecs avaient déposé le germe des études qui n’ont cessé de se développer après eux, où des groupes distincts s’étaient formés, qui se consacraient à l’étude des Grecs et se désignaient de cette manière « Hellenici fratres. » Il fut entre eux l’un des plus brillants et des plus solidement instruits.

Ce n’est plus un hellénisant à la manière d’Alcuin, ou d’Heiric, ou de Remi, ou de tous ceux que nous avons vus jusque—là, à l’exception de Cassiodore et de Boèce. Scot sait le grec pleinement, non pas de ma— nière à faire parade de quelques mots jetés dans un texte latin ; mais il est capable de le comprendre, de le traduire et même de l’écrire d’une manière courante et facile. Il a lu Platon, du moins le Timée, et semble avoir longtemps médité les doctrines de ce maître. Il connaît la doctrine d’Aristote et la méprise, pour lui préférer celle de Proclus. Grégoire de Nazianze, Gré— goire de Nysse, Saint Jean Chrysostome, Saint Basile,

(1) Roger Bacon lui prête ces paroles : «t Nec reliqui locum nec templum. in quibus philosophi consueverunt componere et reponere sua. opera secrets quod non visitavi, nec aliquem peritissimum, quem credidi haberc aliquam notitiam de scriptis philosophicis quem non exquisivi. (Staudem maier. p. 145 et 146, Cramer. p. 30.)

Origène lui sont également familiers. Il a appris l'as— tronomie dans Pythagore, la géographie dans Strabon, il les interprète avec soin dans son livre sur la Divi— sion de la nature, et l’on y trouve de fréquents emprunts faits à la langue grecque Il y a plus, le titre de ce livre rapporté au XIII° siècle par Vincent de Beauvais, dans son Miroir Izz‘storz‘al, est grec «perz‘ fisz‘on merismu. » Ce qui rend acceptable la supposition de M. Cramer, que cet ouvrage aurait bien pu avoir été écrit primitive—ment en grec. Si l’auteur avait eu recours à cette langue, c’était dans la prévision des embarras que la hardiesse de sa philosophie devait lui susciter plus tard.

Quoiqu’il en soit de cette supposition, Scot était capable d’écrire en grec Il en adonné des preuves qui subsistent encore dans les poésies qui nous restent de lui. Déjà. Usher dans son recueil avait cité une pièce adressée à Charles—le—Chauve, où se trouvaient quelques expressions grecques, témoin ce début (3) :

Banc libam sacro græcorum nectare fartam,
Advena Joannes Spondo (‘) mec Carole.

L'auteur ne nous permet pas d’ignorer son dessein. Pour donner à son hommage plus de saveur et plus de prix, il veut mêler à sa composition le nectar des Grecs.

(1) Edit. Floss. p. 49-1022. Quinque de divisione naturæ libris. et expositionibus super hierarchiam sæpe singula græca verbe sunt immixta. Cramer, p. 31.

(2) Scotus non solum vertit Dionysii Areopagitæ hierarchiam, et quidem. ut Guilielmi Malmesburiensis utar verbis. de verbo verbum transtulit. quo fit, ut vix intelligatur Latina. quæ voluhilitate magie græca quam positione construitur nostra. verum etiam adeo Grœcus t‘actus esse videtur. ut in rixis tune inter Latinam et Græcam ecclesiam exortis. a Photii partibus staret. græcosque longe pluris quam Latinos haberet. Versioni enim Operum S. Dionysii hosce subjunxit versus:

Nobilibus quondam fueras constructa patronis,
Subdita nunc servis. heu! mule, R.oma1 ruis.
Deseruere tui tanto te tempore reges,
Cessit et ad Græcos nomen honosque tuus.

Cramer. ibid. p. 30.

(3) Usher. p. 40.

(l) Pour tntév8œ.

C’est la même méthode qu’on retrouve dans les pièces recueillies et publiées par le cardinal Angelo Mai au tome V, p. 426, de ses Auctores classici. Ce savant éditeur a donné douze poèmes de Jean Scot; à chaque vers à peu près, il y a un mot grec, quelquefois plusieurs vers se suivent écrits dans cette langue. C’est un jeu perpétuel. Quel que soit le sujet, Jean Scot trouve le moyen d’y introduire l’ornement qu’il sup— pose agréable à ses lecteurs. S’agit—il de Jésus crucifié? Scot débute ainsi :

Hellenas Troasque suos cantarat Homerus,
Romuleam prolem finxerat ipse Maro,

At nos cœligenum regis pia facto. canamus
Continue cursu, quem canit orbis ovans.
Illis illiacas flammas subitasque minas,
Trojarum que y.ctxatç dicere Indus erat.

Le vers trente—huitième du même morceau offre un mot grec :

ô‘nÀimç fortis reseravit claustra profundi.

Le second poème a pour titre de Cruce et on y voit au vers douzième cette allusion à un lieu célèbre dans Athènes par l’éloquence de ses orateurs:

Te mbE nostra dehinc justo modulamine laudat.

Et sur ce vers Angelo Maï écrit cette note : « Rursus noster utitur in Græcis versibus hoc v'ocabulo. »

"lôe {3aôou (sic) Oowä:roo 1fiv rob’ ‘racpôs'vroç ‘e'yepcw
Kal Câ'w‘rr. Xpurriäi 7rvi.Æ y.sÀo’8ny.a Béa.

Au vers trente—deuxième:

Si quis augz€oltxiæ discit amare notas,

« AnteriorContinuar »