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malgré la diversité de certaines locutions, et l’on voit que ces dialectes se rattachent tous à une seule et même origine.

Pott, dans la Revue Germanique ,Philologus (‘), Gomparetti, dans ses Essais, se sont demandé d’où peuvent venir ces grecs de la Calabre et a quelle époque ils se sont établis dans la région qu’ils habitent encore aujourd’hui. Diverses opinions se sont produites sur cette question . On a cru avec Niebuhr, avec Biondelli (‘) que ce sont des restes des colonies antiques de la Grande Grèce; ou bien avec Zambelios (3) que ces grecs se sont réfugiés en Italie dans les temps modernes, depuis que la domination turque s'est établie dans leur pays. Cette opinion est partagée par Teza (‘), et Comparetti semblait y incliner (5). Une troisième supposition fait remonter ces grecs à l’époque de la domination byzantine, c’est celle de M. Morosi, a laquelle dit—il, se rattache désormais M. Comparetti.

M. Morosi établit par des observations philologiques tirées de l’état de la langue grecque, depuis la conquête d’Alexandre, par la comparaison des dialectes actuels rapprochés de cette langue, enfin par des considérations historiques, que les grecs de la Calabre n'ont aucun rapport avec ceux qui fondèrent jadis les cités brillantes de la Grande Grèce. Il fait remarquer qu’on ne trouve, durant la période de la domination romaine, aucune inscription grecque dans ces contrées (‘), qu’à l’exception de Calimera, pas une seule ville n’a un nom grec. Il ajoute à ses déductions les témoignages

0) Ch. x1. p. 245.

(*) Studi Iinguistici. Milano, 1856.

(a) ’I‘raÀ°elkqvtxà, ñrot xpn’tx‘r‘; Trpoqp.otrsia 1repl rd’w Ëv -roïç épxe’otç rñç Nm1ro’Àwç ÉÀ‘qWxGBV 7repyagmvdiv. Athénes 1865.

(‘) Nuova Antologia. Décembre, 1866.

(‘) Saggi. p. 19.
(‘5) Trinchera. Syllabus Græcm‘um membranamm. Napoli. 1865. p. (L

de Cicéron et de Strabon. Le premier afiirme que de son temps, la Grande Grèce était détruite, et Strabon se plaignait amèrement que toutes les cités de la Grande Grèce, à l’exception de Naples, de Regium et de Tarente, se fussent‘pliées aux usages et par conséquent à la langue de Rome

Dans les temps modernes, sous les règnes d’Al— phonse I", de Ferdinand Ier d’Aragon et de Charles V, à. la suite de Scanderberg,des grecs sont venus s’établir dans la Calabre, mais ils apportaient avec eux un lan— gage où se distinguaient sans peine les défectuosités que le commerce avec les Turcs, les Italiens et les Français, y avait introduites; tandis que la langue de ces colonies n’en offre aucune trace

Si l’on cherche à. quelle époque ces colonies sont venues fixer leur séjour en Italie, on est porté à con— clure qu’elles n’ont pu le faire par suite de la conquête de J ustinien. A cette époque, le droit romain, les ins— titutions, les traditions latines, régnaient encore à Constantinople, et, quoique déjà en voie le grec s’in— troduire dans la rédaction des N ovelles, l’empereur ne pouvait avoir la pensée d’helléniser I’Italie. La population de l’empire d’Orient n’était pas d’ailleurs telle— ment exubérante qu’elle pût envoyer en Italie de nombreuses colonies.

Que fit Bélisaire quand il voulut repeupler Naples où la férocité de son armée avait fait presque un dé— sert? Il ne demanda pas a la Grèce de nouveaux habi—

(1) Morosi, p. 190.

(2) Ne dope inflne che nel greco s’insinuarono voci francesi duranti le crocciaœ et l’impero latine, e voci italiane e specialmente venete; ne, a pin forte ragione, dopo che vi s‘insinuarono voci slave, albanesi e turche. Giacchè in questi dialetti greci non si odono altre parole straniere, che le latine introdotte in Grecia dalla conquista romana. et le italiane che, insieme altresi con qualche forma grammaticale, loro prestarono i dialetti italiani che li serrano in mezzo. P. 19]. col. 1. .

tants, mais à l’Italie elle—même. La :chute de la domi— nation des Ostrogoths n’entraîna pas leur disparition du pays où ils s’étaient installés. Bien peu repassèrent les Alpes pour retrouver dans la Gaule et dans PESpagne la liberté dont jouissaient leurs frères. Les autres s’accordèrent avec Bélisaire et Narsès et de— meurèrent dans leur établissement. Il n’y avait donc alors aucune raison pour quel’élément grec s’introduisît dans la terre d’Otrante et dans la Calabre. Parmi les soldats de l’empereur, il n’y avait de grecs que dans une très-faible proportion. Les Ibères, les Avares, les Sar— mates, les Gépides ou les Lombards y étaient en plus grand nombre. Excepté à Ravenne ou à Rome, on ne trouve ailleurs nulle trace d’écoles grecques, et, de plus, au milieu du VI‘’ siècle, la langue grecque n’avait pas encore le caractère qu’elle affecte dans les dialectes dont nous nous occupons

Il est encore moins probable que ces peuples aient passé en Italie après la conquête des Lombards. Ce pays toujours troublé ne pouvait offrir nul attrait à des colons venus de la Grèce; il n’y avait pour eux ni sécurité, ni profit. Si les empereurs les y avaient transportés de force, ils les auraient fixés de préférence autour de Ravenne ou de Rome dans la Pentapole, c’était la que se portait tout l’efi‘ort des Lombards.

C’està partir du second quart du VIII" siècle que devient plus probable l’arrivée des colonies grecques dans le midi de l’Italie. La persécution des Iconoclastes poussa hors de la Grèce une quantité considérable de moines. Ils n’ont pas dû s’en aller seuls d’un pays où l’on heurtait si violemment leur foi. Des populations laïques ont dû les suivre. Il y eut une révolte contre le décret impérial qui prescrivait le culte des images. et

(‘l Morosi. p. 205. col.

les rigueurs du gouvernement militaire de Léon étaient de nature à pousser en Italie la foule mécontente des chrétiens orthodoxes. De I’Italie centrale vinrent aussi d’autres habitants grecs, quand l’exar— chat de Ravenne fut détruit, et que les Lombards cé— dèrent leur conquête aux Francs. Un siècle plus tard, l’invasion des Sarrasins en Sicile dut augmenter en— core cette population d’Hellènes. On peut donc avec quelque probabilité assurer que l’arrivée des colonies grecques se place entre les deux puissantes restau— rations de la souveraineté byzantine opérées par les règnes de Basile I‘r et de Basile II. Voici la conclusion de M. Morosi u Epperciô io credo non andar lontano dal vero afi’ermando che queste colonie ci vennero durante il regno di Basilio I“ o di Leone VI°, nel tempo in oui la signoria bizantina raggiunse il colmo della potenza e dello splendore in Italia »

M. Morosi appuie son opinion sur les noms de lieux en Calabre qui sont tout-à—fait grecs, sur les noms de famille qui se retrouvent encore aujourd’hui dans l’Italie et dans la Grèce, sur les mots byzantins restés dans les dialectes italiens de ce pays, enfin sur les par— chemins italo—grecs, où se retrouvent dans des inven— taires et des actes privés. les formes grammaticales, la syntaxe et le lexique qui vivent encore dans le langage du peuple illettré de la Grèce: ce qui prouve, ajoute—t—il. qu’ils ne se rapportent pas seulement a des monastères ou à des églises grecques, mais àdes colonies d’Hellènes entièrement laïques

(I) P. 206. col. 1. , ( (2) Noms de lieux Riàce(Puixl) Rizàci (PUCXI) Monastaràci (Movae'mpixz) Velanidi (Bûæzvt8c) Neocàstro et Policàstro (Nzéxao'rpw et HoÀéxacnpov). Noms de famille. Barda. Carnôpulo, Coriôti, Platocèl’alo. Cacùri, Maori. Maraflôti. Ba'.pSuç, XupvômuÀoç, KOPUÔTQÇ, Hlatroxécpazkoç, Kamoépnç, Max ‘îjç. M19u0uïrm<- * Mots byzantins. Limba (Mil-5&6) Catino. Côccalo (xo'xx ov)

Les discussions religieuses de l’Orient n’allaient jamais sans proscriptions. Le parti vainqueur appuyé des forces de l’empereur proscrivait ses ennemis sans pitié. C’est à une persécution de ce genre suscitée par l’hérésie du monothélisme que l’Italie dut une pre— mière colonie de moines grecs. Ainsi, sous le pontificat du pape Martin I"r (649-654), furent bâtis à Rome les premiers monastères grecs. C’est l’opinion du P. Hardouin dans sa Collection des Conciles Les abbés de l’Orient, fugitifs, s’adressent ainsi au souve— rain pontife : u Generalitas habitantium in bac antiqua alma urbe Roma Græcorum abbatum et mona

chorum servorum vestræ sanctitatis, docemus ut subter.... n (’)

Les émigrations furent plus fréquentes et plus nombreuses, quand les empereurs Léon l’Isaurien (3) et son

cranio. pitta pizza ("‘îî’1‘ra Rivet) to rta, prôvola (Hçxi‘ruh) Cacio ancora giovane; Càccavo... Càccamo (XŒJOWËOC) Celôna (X5M3Vn) Cuccnvàja. Cuccnvascia (x0mæ5aÏi, Aristoph.) Vastaso (BacmiCm~ Morosi, p. 206.

(1) T. 111, p. 719.

(2) Zambelios. Butmivaz usÀe’nm~ Athènes 1858, note 108.1c’

(3) Lamii.Deliciæ emditorum.Florentiæ.1737. t. VIL—Rochus Pyrrhns. in suse Siciliæ sacræ libro IV, triginta Basilianornm Cœnobia in Sicilia existentia recenset. atque describit, quorum plurima sub Constantino Copronymo excitata l‘uisse videntur, quum scilicet ille impius imperator edicto promulgato (718-741) vetuerat esse monachos in Oriente. Tune enim ingens monaehorum Orientalium multitudo sese in nrbem et Italiam infudit, quorum quum Græca lingua esset peculiaris. eosdem in monasteriis collocatos voluit Paulus papa se e9. præstare quod consuevissent in monasteriis Orientis. et psalmorum cantus. aliaqne ofllcia ecclesiastica sua ipsorum lingua absolvere ut scribit Baronius, annalium Parens eminentissimus. Quod quidem, succedentibus temporibus. usque ad suam ætatem, hoc est nsque ad annum 1640. et quod excurrit, servatum esse testatnr Rochus Pyrrhus, Netini Cœnobii Basiliani abbas... Cum quo nescio quomodo conciliare præstantissimnm Montemi‘alconium. qui cap. XV Diarii Italici scribit, in Calabria, et aliis Neapolitaui regni regionibus. atque in Sicilia. linguæ Græcæ in ecciesiasticis officiis usum fuisse, douce Sixtus 1V vetnit ne quis nisi latine divins oflicia persolveret. Nisi dicamus Sixti IV edictnm ad monachos etiam Basilianos extensnm non fuisse; sed tantos clericos sæculares, aliosque aliorum ordinum monachos respexisse. Et quidem Mabillonius itinere Italico tradit monachos Cœnobii Cryptæ-I‘erratæ duodecimo ab urbe lapide distantis missam Græce celebrare. sed Romano ritui prorsus accommodatam. — Ibid. Quis ignorat laudatum Baronium tradere sub Leone quoque Armenio, imperatore. sacrarum imaginum hoste, orthodoxes monachos Constantinopoli, et ex aliis Orientis partibus exactos et extorres in lta1iam et Romam confugisse!

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