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tive commençät à {n’avoir plus autant d’adeptes, puis—qu’on recourait au secours des traductions. Cassiodore a donc, quoiqu’il fût lui—même très—versé dans la con— naissance de la littérature hellénique, contribué à en faire déchoir I’usage. Une traduction met forcément le texte original dans l’oubli, quand la langue de ce texte

est diflicile et commence a perdre le caractère d’un idiome courant.

XVIII .

On peut en dire autant de Boèce, que Cramer appelle avec Cassiodore les derniers des Grecs (‘).

Boèce en efi'et est le dernier représentant de la philo— sophie païenne à Rome; il est le dernier représentant du véritable hellénisme en Occident. Il n’était pas simplement frotté de grec, comme on pourrait le dire de beaucoup de ceux dont nous avons rappelé les noms, il possédait à fond la littérature hellénique: il en avait abordé toutes les sources, et M. Judicis de la Mi— randole, dans sa préface à. la traduction de la Cansolation Philosophique de Boèce (1861), croit avoir prouvé que ce philosophe n’était pas chrétien. Il a aussi réfuté une autre erreur qui le faisait vivre dix—huit ans à Athènes dans l’intimité de Proclus (Vl).Cassiodore le félicite au contraire d’avoir fréquenté les écoles athéniennes sans s’être éloigné de son pays, et d’avoir ainsi rendu romaine la philosophie de la Grèce: u Sic enim Atheniensium scholas longe positas introisti ; sic palliatorum chorismiscuisti togam, ut Gree— corum dogmata doctrinam feceris esse romanam (')».

(1) De Græct’s Medii Ævu‘ studr‘a‘s pars I. p. 16.22. Slmdiœ, 1848. (l) Variar. epz‘sf. Lib. I. ep. 42.

Le même Cassiodore rend un éclatant témoignage à l’instruction grecque de Boèce. Il lui dit qu’il est rem— pli d’une ample érudition, et qu’il a puisé a la source même de la science les arts que le vulgaire pratique sans les connaître... . “ Au moyen de tes traductions, on peut lire en Italie Pythagore le musicien, Ptolémée l’astronome; l’arithmétique de Nicomaque, la géométrie d’Euclide sont entendues des Ausoniens, et le théolo— gien Platon, le logicien Aristote disputent dans la langue de Romulus. Que dis—je? Tu as rendu à la Sicile le mécanicien Archimède transformé en fils du Latium, et tous les arts et toutes les sciences que des hommes différents avaient donnés à la Grèce féconde, Rome les a reçus de toi seul, exposés dans sa langue nationale. — Translationibus enim tuis Pythagoras musicus, Pto— lomæus astronomus, leguntur Itali; N icomachus arithmeticus, geometricus Euclides audiuntur Ausoniis;

Plato theologus, Aristoteles logicus Quirinali voce dis

ceptant. Mechanicum etiam Archimedem Latialem Siculis reddidisti, et quascumque disciplinas vel artes fecunda Græcia per singulos viros edidit, te uno auc

tore, patrio sermone Roma suscepit (‘).»

Cette ample et solide connaissance du Grec honore beaucoup Boèce et l’Italie; elle paraît plus précieuse encore quand on se souvient que Boèce avécu a la courdu

4 roi des Goths Théodoric; que, de toutes parts, se levait

déjà la barbarie avec des noms comme ceux de Clovis, et que Cassiodore, en priant Boèce de choisir un joueur de harpe que Théodoric veut envoyer en présent au roi des Francs, dont il a épousé la sœur Audeflède, fait obser— ver qu’il doit être le meilleur de l’époque, car il aura a opérer le miracle d’0rphée lorsqu’il apprivoisait des hordes sauvages par la douceur de ses accords. « Citha

(‘) Cassiodore. Vnm‘ar. Episl. lib. l. 45.

rædum, quem a nobis diximus postulatum, sapientia vestra eligat præsenti tempore meliorem, facturus aliquid Orphei quam dulci sono gentilium fera corda domuerit (‘). »

Cave ('), J. Scaliger C),Vossius (‘), Pierre Bertius (5), Fabricius (°) répètent tous les éloges de Cassiodore. « Depuis Varron, dit Vossius, Home n’avait pas eu de plus grand érudit.»

' Dans le catalogue de la bibliothèque du monastère de Vivaria, dressé par Cassiodore lui—même, nous avons la liste des ouvrages que Boèce a traduits. L’abbé en recommandant à ses moines de les lire, nous en a transmis les titres; ce sont : l’Introduction de Porphyre, les Catégories, le Traité de l’Interprétation, le Com— mentaire sur le livre des syllogismes hypothétiques d’Aristote, les Analytiques, les Topiques du même au— tour; plusieurs Dialogues de Platon, la Mécanique d’Arc/zime‘de, la Géométrie d’Euclide (une partie seu— lement), l’Astronomie de Ptolémée, 1’Arithmétique de Nicomaque, le traité de Pythagore sur la musique... « Isagogen transtulit Patricius Boetius, commentaque ejus gemina derelinquens. Categorias idem transtulit Patricius Boetius, cujus commenta tribus libris ipse quoque formavit. Hapl 'Epgmveiaç supra memoratus pa— tricius Boetius transtulit in latinum, cujus commenta ipse duplicia minutissima disputatione tractavit.... Supra memoratus Fabricius Boetius de syllogismis hypotheticis lucidissime pertractavit, etc. (7). »

Nous ne parlons pas de ses travaux originaux qui se sentent tous de son érudition hellénique, nous ne nous arrêtons pas sur ses commentaires de Porphyre, d’A— ristote; nous avons surabondamment prouvé que, depuis Cicéron, il ne s’était pas rencontré un homme si com— plétement versé dans la connaissance des livres grecs, si capable de les traduire et de les entendre. Ses livres n’ont pas été la moins précieuse de toutes les écoles pour le moyen âge. A partir du XI‘’ siècle, la Scolas— tique n’aura pas d’autre autorité. Si l’on peut croire que le Boèce cité dans Saint Thomas et dans Aventinus n’est pas le même que le Boèce patricien romain et contemporain de Cassiodore (‘), il n’en est pas moins vrai que celui dont nous parlons ici a été le maître dia— lecticien grâce auquel le moyen âge a connu d’abord Aris— tote dans ses traités de logique. L’Arz‘stoteles logicus, qui a fait délirer toute l’école, n’est arrivé à nos doc— teurs que par lui, ainsi que le perihermem‘as dont la signification et l’origine grecques échappaient certai— nement à nos écoliers du parvis Notre—Dame et de la montagne Sainte—Geneviève.

0) Ibid. lib. Il. ep. 40.

(I) Hist. litt. p. l. Sœc. Vl. p. 321.

(') Hypercrz‘h‘que. 1. V1. p. 825.

(') De Poet. lat. c. 5.

(5) Pnær~ in libr. de consolats‘one philosophiæ. (°)Biblioth. lat. lib. III. e. 15. p. 643.

(7) Cassiodore.De Dialectz’ca. in fine.

Le moyen âge, il faut le reconnaître, n’a pas été ingrat à l’égard de Boèce. Il s’est fait dans ces temps—là, un concert de louanges sur son nom. Bien longtemps avant que Jean de Meung, à la requête de Philippe—leBel, eut donné une version française du traité de la Consolation, un auteur inconnu avait fait une longue paraphrase rimée du livre de Boèce. Ce poème en langue provençale, dont l’abbé Lebœuf a retrouvé deux cent cinquante—sept vers dans un manuscrit du X“ siècle, provenant de l’antique abbaye de Fleury, conserve dans le passage suivant un souvenir de la langue grecque.

(1) Recherches sur les traductions d’Ara‘stote par Amable Jourdain. nouvelle édition. 1843.

On y décrit le costume de la philosophie (c'estla traduction de Boèce lui-même).

El vestement, en l’or qui es repres,

Desoz avia escript un pei Il grezesc;

Zo signifiga la vite. qui inter'es. .

Sobre la schapla escript avia un tei @ grezesc :
Z0 signifiga de ce] la dreita lei.

Antr' ellas doas depent sun l’eschalo;

D'aur' no sun ges, mas nuallor no sun.....

Mas cil qui poden montar al 8 al cor (‘)...

Aimon vante la science de Boèce dans les lettres profanes, et, pour lui donner le mérite d’avoir été catho— lique, il lui attribue des traités de théologie qu’il n’a point composés

Sigisbert, de Gembloux, le compare et même le pré— fère a tous les philosophes séculiers et ecclésiastiques. Les profanes peuvent le louer de ses traductions et de ses commentaires, les ecclésiastiques lui doivent leurs éloges pour les traités de théologie : Boethius , vir consularis, conterendus vel præferendus philosophis et secularibus et ecclesiasticis, quia nos ambiguos esse fecit, an inter seculares, an inter ecclesiasticos scrip— tores fuerit illustrior

(‘) L. judicis LXVI. Le vêtement dans le bord qui est replié dessous avait écrit un U grec; — cela s1gni6e1a vie qui entière est. — Sur la chape écrit avait un 9 grec; —- cela signifie du ciel la droite loi. -— Entre elles deux dépeints sont les échelons: cl’or ne sont point, mais moins valant ne sont. — . . . . . Mais ceux qui peuvent monter au 9. au cœur.....

(‘)Qui videlicet Boethius quam disertus fuerit in litteris seeularibus,quamque fuerit catholicus ex ejus comprobatur codicibus. Testatur hoc Arithmetica. nec non dialectica, ipsa etiam omnium animis gratissima musica ah eo translate, et Latinorum jamdudum desiderantium auribus delectahiliter infusa. Porro ejusdem de Sanctæ Trinitatis consubstantialitate Liber liquido ostendit quam eximius suc, si licuisset, tempore Sanctæ Ecclesiæ colonus exstitisset. De scriptoribus ecclesiasticr’s ap. Bibl. ecclesiast. J. Alb. Fabrieii. Hamburgi. 1719. liv. IV, e. 37. Voir Jourdain, Recherches sur les traductions d’An‘stote, p. 55 et 56.

(3) Recueil des Historiens des Gaules et de la France, par D. Bouquet. t. tu. p. 45.

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