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grande cité. On essaya de l’y retenir, on voulut l’obliger à s’y arrêter en employant pour cela l’autorité de l’empereur; mais il ne voulut point et se bêta de retour— ner à Constantinople. Nous remarquerons qu’il résista de même aux sollicitations qu’on lui fit pour le retenir à Antioche et dans la Galatie.

Mais au moins fait—il l’éloge des Galates. Il prétend que dans ce pays, les esprits étaient vifs, ôEaïç ml o’qxivoi, subtils et pénétrants, plus propres aux sciences que ceux des Grecs mêmes, et qu’ils les aimaient avec une ex— trême ardeur. Ces dispositions d’un peuple issu de la souche celtique justifient les observations que nous avons faites plus haut sur le génie des Gaulois et nous expliquent les progrès de l’hellénisme, tant en Irlande que dans le midi de la Gaule.

Rufus Festus Avienus interrompt cette série de Grecs devenus Latins, et nous ramène à nos études. On le voit en effet, au cinquième siècle,traduire en latin, après les tentatives de Cicéron et de Germanicus, les Phénomènes d’ A ratus. Travailleur infatigable, il donna la traduction, en vers également, de la description du monde par Denys ; grâce à lui, quarante—quatre fables d’Esope passèrent du grec en latin, nous croyons qu’il venait à propos pour soulager l’ignorance romaine

Il aurait été diflicile que les études se maintinssentà Rome, surtout les études grecques, au milieu des alarmes, des troubles et des attaques répétées des bar— bares. Les soins que Théodose prenait à Constantinople pour maintenir les sciences ne pouvaient s’étendre jusqu’à Rome. Nous voyons en effet dans les lois de cet empereur que Constantinople devait avoir dix profes— seurs latins pour les humanités et autant de grecs. Une autre loi accorde la dignité de comte du premier ordre

(‘)Servius dit qu’il avait _mis Tite-Live en vers iambiques. 'l‘illeflmont. V. p. 410.

à Hellade et Syrien, professeurs grecs en humanités, à. Théophile, qui les enseignait en latin, aux sophistes Martin et Maxime et à Léonce, jurisconsulte. Elle ac— corde encore le même honneur à ceux qui auront pro— fessé vingt ans en l’auditoire du Capitole (à Constantinople). Nous chercherions vainement pour les études grecques, à Rome, rien de semblable à ce que Théodose faisait pour les études latines sur le Bosphore Que pouvaient du reste faire les malheureux habitants d’une ville si souvent pillée, et enfin violemment séparée de Constantinople? Tout s’abaisse, J ustin, fait empereur à 68 ans, était ignorant jusqu’à ne savoir pas lire.

Nous touchons pour l’Occident à l’époque où les études en général et surtout les études grecques s’af— faiblissent beaucoup. On ne peut pas dire que ces der— nières disparurent tout—à—fait, mais elles subirent une telle éclipse qu’on a pu croire qu’elles s’étaient tout—à— fait éteintes. On en est réduit à transcrire en latin les actes du concile tenu à Constantinople en 553 contre Eutychès, parce que le pape Virgile n’entendait pas le grec et n’avait personne autour de lui qui pût le com— prendre Il devient de plus en plus rare qu’on cite dans l’église latine quelques hommes instruits dans la langue grecque, comme Fulgence, né dans Carthage et formé par les moines de l’Egypte

(l) Tillemont. Les Emp. t. Vl. p. 55.

(2) Abrégé de Z’Hist. ecclés.. 576. — On cite encore. à la même époque. un écrivain nommé Planciades Fulgentius, auteur de trois livres de mythologies. mythologiarum. d’un écrit De continentia Virgilii et de cocibus antiquis. Barthe. dans son commentaire sur Stace, t. III, p. 449. en dit ceci : Hæc Fulgentius. Quem scriptorem legeudo miseratione temporum adficimur. Tante. enim ruditas a Græca litteratura erat, ut sibi adrogantiæ summæ homo omnia scribere licere crederet. mode vel auctores Græcos. vel voces ejusdem linguæ par caput pedesque attrahere posset in medium, et inde suum negotium curare.

(a) m'a. 594.

XVII.

En Gaule pourtant il restait plus que des vestiges de l’ancienne civilisation grecquequi avait si longtemps brillé dans cette colonie de la Grèce. Au commencement duVl° siècle, une partie du peuple parlait encorele grec. On le voit par une circonstance de la vie de Saint Cé— saire. Sorti du monastère de Lérins, appelé à occuper le siège épiscopal d’Arles, il institua pour les laïques l’usage de chanter, comme les clercs des psaumes et des hymnes. Or les uns chantaient en grec et les autres en latin. Cet évêque illustre exhortait ses fidèles ‘a ne pas se contenter d'entendre lire l’écriture dans l’église, mais à la lire encore dans leurs maisons (‘). Il établit aussi un couvent de religieuses. Pour le gouverner il fit venir de Marseille Césarie; sa sœur. Parmi les règles imposées à ces femmes, on remarque l’obligation de transcrire en beaux caractères les livres saints. Elles apprenaient toutesà lire et faisaient tous les jours deux heures de lecture, depuis six heures du matin jusqu’à huit. Il n’est pas probable que Césaire ait interdit les lectures grecques à celles des religieuses qui par—laient cette langue avant d’entrer dans le cloître. Il n’est pas surprenant que des femmes aient dans les monastères poussé loin leurs études ; rien n’empêche de croire qu’il n’y eût alors dans Arles quelqu’une de ces religieuses instruites , comme Radegonde la Thuringienne, à qui Fortunat adresse ses compliments

U) Abrégé de “fiat. eccle's. t. Il. p. 661.

les plus gracieux et qu’il félicite de lire les pères grecs et latins dans son monastère de Poitiers

Césaire n’était point un savant, il s’était même, par zèle religieux, interdit les lettres humaines. Un songe l’en avait éloigné pour toujours. Ayant en effet posé sous son épaule le livre que son maître lui avait donné à lire, il vit dans son sommeil un dragon lui ronger l’épaule etle bras qui touchaient le livre Nous voyons cependant qu’il n’interdisait pas la lecture a ses moines; il faut même reconnaître en lui une liberté d’esprit qui n’était pas ordinaire dans l’église latine: trouvant dans Arles l’emploi de la langue grecque établi dans une partie de la population, il toléra que chacun se servit de sa langue naturelle et il laissa les laïques chanter à l’instar des clercs, soit en grec, soit en latin, des proses et des antiennes, en alternant à la manière de l’église grecque. Fut-il lui même étranger à la connaissance du grec? Il serait téméraire de l’afiirmer , puisqu’on remarque des passages entiers d’Origène dans ses homélies. Il se complaît dans les interprétations mys— tiques de l’écriture sainte. Il a pour modèles et pour guides Saint Ambroise sans doute et Saint Augustin, mais il est curieux de lui entendre dire que Gédéon est une image anticipée du Christ, parce que Gédéon prend

(1) Voici le passage:

Cujus sunt epulæ, quidquid pin regula pangit,
Quidquid Gregorius. Basiliusque docent: '

Acer Athanasius, quod lenis Hilarius edunt,
Quod tonat Ambrosius Hieronymusque coruscat,
Sive Augustinus fonte fluente rigat:

Sedulius dulci, quod Orosius edit acutus.

Regula Cæsarii linea nata sibi est.

Les rédacteurs de l'Histoire littéraire de la France disent à ce propos: ( L'on doit inférer de la qu il faut qu’on y (dans les monastères) cultivàt la langue grecque, pour y lire ainsi les pères grecs, puis qu’il ne parait pas que ceux que nous venons de nommer eussent encore tous été traduits en latin; aussi a—t—on vu sur le siècle précédent que, dans le monastère où fut élevé le savantMamert Claudien, on cultivait efl‘ectivementle grec. t. 111p. 31.

(1) Ampère. t. 11. p. 220, . '

avec lui trois cents hommes pour combattre, et que le nombre trois cents est exprimé en grec par une lettre qui a la forme de la croix

Un de ces rois barbares qui semblaient devoir dé— truire à jamais les lettres, Théodoric, au début du VI" siècle, leur rendit en Italie un moment de vie et de splendeur. Ce prince, dont le sauvage caractère ne manquait pas de grandeur, voulut, à peine établi dans Ravenne, régler sa Cour sur le modèle de celle des em— pereurs. Il eut un préfet du prétoire, un préfet de Rome, un questeur, un maître des offices, une hiérarchie de fonctionnaires payés par le trésor et dont les titres rappelaient ceux des grands dignitaires de Dioclétien ou de Théodose. Il écrivait à l’empereur Anastase : u Vous êtes l’honneur de tous les royaumes... notre gouverne— ment est une imitation du vôtre... autant nous mar— chons après vous dans cette voie, autant nous y précé— dons les autres nations de l’univers. —— Vos estis regno— rum omnium pulcherrimum decus... regnum vestrum imitatio nostra... Qui quantum vos sequimur. tantum gentes alias anteimus ”

Egalement soucieux du lustre que donne la culture des lettres, il s’appliqua à relever les écoles et à. les maintenir. Cassiodore, fils d’un ancien m1nistre d’Odoa— cre, devint l’agent actif de ses desseins. Il le chargea d’imprimer une direction aux esprits, et l’on vit Ama— lasonte (3), la fille du roi, recevoir par ses soins, une éducation toute romaine. Autour de lui, de beaux esprits rivalisaient de flatteries et de faconde, c’étaient l’évêque Ennodius, le philosophe Boèce, avec Symmaque, son

(‘) Ampère. t. II. p. ü9.

(‘) Cassiodore. Variarum Epa’stolarum. I.

(a) Amalaauntha Ostrogotorum regina. Theodoricî fllia, græce et latine eruditissima fuit. — Martin Crusius, Germanogræcia. — Le même, Annale: Suem‘ci. p. 81: Amalasuntha Domina corporis et animi donis ornatinsima; græcæ et latines ac plurimarum linguarum doctissima.

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