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la prose

on distinguait un concours pour la prose grecque et pour

latine ('). Mais ce fut surtout avec les Antonins, avec Marc-Aurèle, que triompha l'hellénisme. On peut dire à sa louange que l'Empire lui dut ses meilleurs princes, comme il lui dut les seuls hommes de talent, historiens, poëtes et philosophes qui, dans leur faiblesse même, relèvent la décadence des moeurs et des esprits.

III.

Même avant l'invasion des barbares, l'étude du grec avait subi un grave déchet. Le christianisme en avait diminué l'importance. A mesure que la doctrine nouvelle augnientait ses progrès, l'esprit prenant une autre direction, c'était autre part que se portait la curiosité. Les chrétiens, qui sortaient des rangs les plus infimes de la société romaine, n'avaient nul goût des lettres grecques; ils ignoraient absolument le monde hellénique. Ceux qui venaient au christianisme en partant des régions supérieures faisaient vite le sacrifice d'études qui leur semblaient trop frivoles et même dangereuses. Les fondateurs de la religion nouvelle se donnaient

pour des pêcheurs, pour des ignorants : ils ne comptaient ni sur l'éloquence nisur la rhétorique pour se faire écouter, ils méprisaientces moyens humains, non in persuasibilibus humanis, comme dit Saint Paul.

Cet apôtre lui-même et quelques-uns des premiers docteurs du christianisme n'étaient pourtant pas étrangers

à la culture des Grecs (?). Saint Paul, en prêchant (1) Voir Suétone. Vie de Domitien. Egger. Mémoires de Philologie étude du Grec et du latin par les Grecs. p. 270.

(3) Voici ce qu'en dit Saint Jérôme, dans une de ses lettres du liv. II, qui commence ainsi : «Sebesium nostrum suis monitis profecisse... (D. Hieronymi Stridoniensis Epist. Selectæ, et in libros tres distributo opera D. Petri Casinii Theologi, Parisiis, 1588.) Sed et Paulus Apostolus Epimenidis poetx abusus versiculo est, scribens ad Titum (Tit. I) : Kpñtes del YEūOTAI,

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Jésus crucifié, objet de scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs (), se montrait instruit de quelques notions de littérature. Il empruntait à une pièce de Ménandre, qu'on croit avoir porté le titre de Thaïs, cette citation : « Ne vous y trompez pas, les mauvaises conversations corrompent les bonnes mours : My πλανάσθε φθείρουσιν ήθη χρηστά ομιλίαι κακαί. » Il disait, d'après Epimenide, que les Crétois sont menteurs (*): Κρήτες αεί Ψεύσται, κακά θηρία, γαστέρες αργαί.

Dans les actes des Apôtres (), il empruntait à Aratus ou à l'hymne de Cléanthe à Jupiter, ces mots-ci: « του γάρ και γένος εσμέν.» On le voit encore faire allusion aux luttes de Penthée contre Bacchus ; et, dans sa défense devant Festus, il met une telle éloquence, il déploie une rhétorique si vive, que l'officier romain s'écrie : « Tu es fou, Paul, tes nombreuses connaissances littéraires te font extravaguer (1).

Quoiqu'on puisse soutenir avec quelque vraisemblance que S. Jean, élevé à Tarse, ait connu Platon et les écrits de Philon; quoiqu'on relève dans l'Epitre de S. Jacques (5) sept mots grecs qui formentun vers dactylique hexamètre πάσα δόσις αγαθή και πάν δώρημα τέλειον... il faut reconnaître que dans le monde latin et chrétien la connaissance du grec s'affaiblit de jour en jour; à mesure que le christianisme grandit, c'est l'esprit sémixaxă Ompla, yaotépes áprać. Id est : Cretenses semper mendaces, malæ bestiæ, ventres pigri. Cujus heroici hemistichium postea Callimachus usurpavit. Nec mirum si apud Latinos metrum non servet ad verbum expressa translatio, cum Homerus, eadem lingua versus in prosam, vix cohæreat. In alia quoque Epistola Menandri ponit senarium (1. Cor. 15, act, 15.): poelpousev yon xpnotà Suedial xaxal. Id est : corrumpunt mores bonos colloquia mala. Et apud Athenienses in Martis Curia disputans, Aratum testem vocat: Ipsius enim et genus sumus, quod Græce dicitur tol yảp xal yévos touév. Et est clausula versus heroici. » (1) Ep. 1 aux Cor. (2) Ep. à Tite, 12 et 13. (3) ΙΗ' ch. 28. ως και τινες των καθ' υμάς ποιητών είρήκασιν. (4) Πραξ. Κς" 24. μαίνη, Παύλε τα πολλά σε γράμματα εισ μανίαν περιτρέπει. (5) A” 17.

tique qui prend le dessus, et toute l'autorité passe aux traditions judaïques. S. Justin, Eusèbe, S. Clément d'Alexandrie, Origène deviennent bientôt des étrangers pour les chrétiens d'Italie.

Le triomphe définitif de la religion chrétienne, la translation de l'Empirea Constantinople firent une autre révolution bien plus décisive dans les rapports du monde hellénique avec le monde latin. Il semblerait au premier abord que Constantinople dût prendre une grande autorité sur lui. Elle s'élevait au moment même où l'Italie tombait. Rome semblait entrer dans sa décadence. Quoiqu'elle gardât la suprématie religieuse, il est bien vrai que de ce moment commençait sa chute politique. Des malheurs sans nombre vinrent fondre sur elle; prise et reprise par les barbares, elle finit par demeurer en leurs mains, elle échappa à l'influence grecque; et il ne resta plus en Italie après le triomphe d'Odoacre qu'une vaine ombre du pouvoir impérial à Ravenne. Cette séparation violente faite par les armes rendait plus sensible une séparation morale que la différence des esprits et la divergence des opinions religieuses avaient préparée depuis longtemps.

Entre le Christianisme de Rome et celui de Constantinople, il y eut bientôt une distance marquée. En Italie, les esprits plus graves, plus sérieux, moins instruits, conservaient les traditions et la foi, sinon exemptes d'erreurs, au moins d'erreurs profondes. Le vieil esprit romain, si constant dans les principes qu'il avait une fois adoptés, était moins accessible

que l'esprit des Grecs aux nouveautés périlleuses. Il se mêla toujours chez ceux-ci une grande légèreté à beaucoup de subtilité philosophique. Les chrétiens de Constantinople ont toujours eu beaucoup d'indulgence pour les philosophes, que leur langue avait produits avec tant d'éclat. Ils ne redoutaient pas la libre discussion,

ils s'y abandonnaient au contraire avec un plaisir bien décevant: celui d'exercer nos facultés rationnelles. On a pu dire de Saint Justin, par exemple, qu'instruit dans les écoles des Stoïciens, des Péripatéticiens, des Pythagoriciens et des Platoniciens, il conserve encore, même dans le christianisme, le manteau et l'extérieur des philosophes. Bunsen lui donne cet éloge d'avoir été l'un des philosophes les plus distingués du christianisme, un philosophe speculatif, excellent helléniste (').

Clément d'Alexandrie est loin de mépriser la philosophie des païens ; tout en la soumettant au dogme nouveau, il conserve pour elle une estime qu'il ne déguise point. Avant Jésus-Christ, elle était nécessaire aux Grecs pour leur enseigner la justice. Depuis que le Sauveur a paru, elle est utile encore; c'est une préparation à la foi. Son but était d'en faire le premier degré pour conduire au christianisme. Il ne s'attachait plus à telle secte plutôt qu'à telle autre; il les embrassait toutes en s'élevant au-dessus d'elles, il leur demandait ce qu'elles pouvaient donner : une démonstration naturelle et logique des premiers principes de la justice et de la sagesse, qui s'achevaient dans la perfection et la sainteté de la nouvelle doctrine. Il y

avait dans ce christianisme primitif comme un souffle de libre philosophie qui le faisait accepter facilement dans les pays grecs, une aisance d'allure qui s'accommodait à merveille à l'agile disposition des esprits helléniques (?). Il ne répugnait pas à ces imaginations éprises de toute beauté et de toute fleur de faire venir Jésus après Platon, de voir en Socrate un précurseur du Christ.

Un bon juge, M Renan, a peint en quelques pages fort élégantes (R), la nature de l'esprit grec.

Il (1) Donaldson. trad. p. M. Valettas. t. II, p. 335. (?) Donaldson. t. II, p. 338. () Saint Paul, 203 et seq.

a montré ce qu'il y a dans cette nation d'esprit, de mouvement, de subtilité, sans rien de rêveur, de mélancolique. Il trouve qu'il y a une profonde différence entre la piété de Saint Bernard, de Saint François-d'Assise et celle des Saints de l'Eglise grecque. « Ces belles écoles de Cappadoce, dit-il, de Syrie, d'Egypte, des Pères du Désert, sont presque des écoles philosophiques. L'hagiographie des Grecs est plus mythologique que celle des Latins. La plupart des saints qui figurent dans l'iconostase d'une maison grecque et devant lesquels brûle une lampe, ne sont

pas

de grands fondateurs, de grands hommes, comme les saints de l'Occident; ce sont souvent des êtres fantastiques, d'anciens Dieux transfigurés, ou du moins des combinaisons de personnages historiques et de mythologie, comme Saint Georges. Et cette admirable église de Sainte Sophie ! C'est un temple Arien ; le genre humain tout entier pourrait y faire sa prière.

Si, après tant de siècles de christianisme, l'observateur reconnaît encore cette légèreté native, s'il peut dire

que le plus superstitieux des peuples est en même temps le plus voisin du rationalisme; qu'on juge de ces premiers siècles de l'Eglise. Quel singulier état d'esprit! Le christianisme mal affermi disputait les imaginations au paganisme. Les antiques usages, les fables accréditées, les coutumes prises, les systè mes des philosophes livraient de leur côté un rude assaut à la religion nouvelle. Plus d'un était en proie à de vives et longues angoisses. Nous en avons un exemple dans cet aveu de Saint Jérôme. Il a quitté Rome et ses plaisirs, il s'est enfui dans la solitude; dans sa cellule vide et nue, au milieu des châtiments de la pénitence, il n'a pu se détacher tout-à-fait du monde. Il y tient encore, et par quoi ? par une petite cassette de livres, qu'il a emportée avec lui pour char

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