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général et tous les freres jésuites solidairement à payer la banqueroute de la Valette.

Ce procès , qui indigna la France contre les jésuites, conduisit à examiner cet institut singulier, qui rendait ainsi un général italien maître absolu des personnes et des fortunes d'une société de Français. On fat surpris de voir que jamais l'ordre des jésuites n'avait été formellement reçu en France par la plupart des parlements da royanme: on déterra leurs constitutions; et tous les parleinents les trouverent incompatibles avec les lois. Ils rappelerent alors toutes les anciennes plaintes faites contre cet ordre, et plus de cinquante volumes de leurs décisions théologiques contre la sûreté de la vie des rois. Les jésuites ne se défendirent qu'en disant qne les jacobins et S. Thomas en avaient écrit autant. Ils ne prouvaient par cette réponse autre chose, sinon

que les jacobins étaient condamnables comme eux. A l'égard de Thomas d'Aquin, il est nonisé; mais il y a dans sa Somme ultramontaine des décisions que les parlements de France feraient brûler le jour de sa fête, si on voulait s'en servir pour troubler l'état. Comme il dit en divers endroits que l'église a le droit de déposer un prince infidele à l'église, il permet en ce cas le parricide. On peut, avec de telles maximes, gagner le paradis et la corde.

Le roi daigna se mêler de l'affaire des jésuites, et pacifier encore cette querelle comme les autres : il voulut, par un édit, réformer paternellement les jésuites en France; mais on prétend que le pape Clément XIII ayant dit qu'il fallait, on qu'ils res

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tassent comme ils étaient, ou qu'ils n'existassent pas, cette réponse du pape est ce qui les a perdus. On leur reprocbait encore des assemblées secretes. Le roi les abandonna alors aux parlements de son royaume, qui tous, l'un après l'autre, leur ont ôté leurs colleges et leurs biens.

Les parlements, ne les ont condamnés que sur quelques regles de leur institut, que le roi pouvait réformer;: sur des maximes horribles, il est vrai , mais méprisées, publiées pour la plupart par des jésuites étrangers, et désavouées formellement depuis pen par les jésuites français.

Il y a toujours dans les grandes affaires un prétexte qu'on met en avant, et une cause véritable qu'on dissimule. Le prétexte de la punition des jésuites était le danger prétendu de leurs mauvais livres, que personne ne lit; la cause était le crédit dont ils avaient long-temps abusé. Il leur est arrivé, dans un siecle de.lumiere et de modération, ce qui arriva aux templiers dans un siecle d'ignorance et de barbarie; l'orgueil perdit les uns et les autres : mais les jésuites ont été traités dans leur disgrace avec douceur, et les templiers le furent avec cruauté. Enfin le roi, par un édit solennel, en 1764 , abolit dans ses états cet ordre, qui avait toujours eu des personnages estimables, mais plus de brouillons, et qui fut pendant deux cents ans un sujet de discorde.

Ce n'est ni Sanchez, ni Lessius, ui Escobar, ni des absurdités de casaistes, qui ont perdu les jésuites; c'est le Tellier, c'est la bulle, qui les'a extermines dans presque toute la France. La charrue que le

jésuite le Tellier avait fait passer sur les ruines de Port-Royal a produit au bout de soixante ans les fruits qu'ils recueillent aujourd'hai; la persécution que cet homme violent et fourbe avait excitée contre des hommes entêtés a rendu les jésuites exécrables à la France : exemple mémorable, mais qui ne corrigera aucun cunfesseur des rois quand il sera ce que sont presque tous les hommes à la cour, ambitieux et intrigant, et qu'il dirigera un prince peu instruit, affaibli par la vieillessa.

L'ordre des jésuites fut ensuite chassé de tous les états du roi d'Espagne en Europe, en Asie, en Amérique, chassé des deux Siciles, chassé de Parme et de Malte : preuve évidente qu'ils n'étaient pas aussi grands politiques qu'on le croyait. Jamais les moines n'ont été puissants que par l'aveuglement des autres hommes ; et les yeux ont commencé à s'ouvrir dans ce siecle. Ce qu'il y eut d'assez étrange dans leur désastre presque universel, c'est qu'ils furent proscrits dans le Portugal pour avoir dégé néré de leur institut, et en France pour s'y être trop conformés : c'est qu'en Portugal on n'osait pas encore examiner un institut consacré par les papes, et on l'osait en France. Il en résulte qu'un ordre religieux, parvenu à se faire hair de tant de nations, est coupable de cette haine.

Cet ordre fut exterminé dans presque tous les pays qui avaient été les théâtres de sa puissance, en Espagne, aus Philippines, au Pérou, au Mexique, au Paraguai, en Portugal, au Brésil, en France, dans les deux Siciles, dans le duché de Parme, à Malte; mais il fat conservé, da moins pour quel

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que temps, en Hongrie, en Pologne, dans le tiers de l'Allemagne, en Flandre, et même à Venise, où il n'avait aucun crédit, et dont il avait été autrefois ehassé.

Il paraît raisonnable et juste que des souverains mécontents d'un ordre religieux s'en défassent, et que les puissances qui en sont satisfaites le conservent dans leurs états.

Enfin cette société a été abolie, après bien des négociations, par le pontife de Rome Ganganelli, saccesseur du pape Rezzonico. Tous les princes catholiques de l'Europe ont chassé les jésuites; et le roi de Prusse, prince protestant, les a conservés, au grand étonnement des nations. C'est que ce monarque ne voyait en eux que des hommes capables d'élever chez lui la jeunesse, et d'enseigner les belles-lettres, peu cultivées dans ses états, excepté par lui-même; il les croyait utiles, et ne les craignait pas : il regardait du même il les calvinistes, les luthériens, les papistes, ceux qu'on appelle les ministres de l'évangile, et ceux qu'on appelait les peres de la société de Jésus, les dédaignant tous également, établissant la tolérance universelle comme le premier des dogmes, plus occupé de son armée que de ses colleges, sachant très bien qu'avec des soldats il contiendrait tous les théologiens, et se souciant fort peu que ce fût un jésuite ou on prédicaut qui fit connaître Cicéron et Virgile à la jeunesse.

CHAPITRE XXXIX:

De la bulle du pape Rezzonico, Clément XII, et de ses

suites.s L'INFANT duc de Parme don Ferdinand de Bourbon, ayant suivi l'exemple de tous les princes de sa maison en chassant les jésuites, fit dans ses états plusieurs réglements utiles qui réprimaient les abus monastiques ; et son ministre, très estimé dans l'Europe (1), eut sur-tout la prudence de prévenir les prétentions de la cour de Rome , qui croyait être en droit de juger toutes les affaires contentieuses de Parme, Plaisance, et Guastalle, et de conférer tous les bénéfices. Ces prétentions étaient tirées premièrement de S. Pierre, qu'on prétend avoir été évêque de Rome ; secondement de la comtesse Mathilde, qui avait donné Parme et Plaisance au pape Grégoire VII, avec plusieurs autres beaux domaines : mais il n'a jamais été prouvé que S. Pierre ait été à Rome, et il est prouvé qu'il ne donna aucun bénéfice dans Parme, Plai, sance, et Guastalle, et qu'il n'y jugea aucun procès.

Quant à la comtesse Mathilde, sour de l'empereur Henri III, et tante de cet empereur Henri IV, que rendirent si malheureux, cette dona

les papes

(1). Ce ministre était un Français, nommé du Tilleau, et créé, par l'infant, marquis de Felino. C'est sous ce dernier nom qu'il est connu.

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