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seiller d'honneur, célebre pour sou patriotisme et pour son éloquence, fonda une messe à perpétuité pour remercier Dieu d'avoir conservé la vie du roi qui l'exilait.

On confina aussi plusieurs officiers du parlement de Besauçon dans différentes villes, pour avoir refusé l'enregistrement d'un second vingtieme, et pour avoir donné un décret contre l'intendant de la province.

Le roi, malgré l'attentat commis sur sa personne, malgré une guerre ruineuse, s'occupait toujours du soin d'étouffer les querelles des parlements et du clergé, essayant de contenir chaque état dans ses bornes; exilant encore l'archevêque de Paris pour avoir contrevenu à ses lois dans la simple élection de la supérieure d'un couvent; rappelant ensuite ce prélat, et rendant toujours par la modération la fermeté plus respectable. Enfin les affaires même du parlement de Paris s'accommoderent ; les membres de ce corps qui avaient donné leur démission reprirent leurs charges et leurs fonctions.Tout a paru tranquille au-dedans jusqu'à ce que le faux zele et l'esprit de parti fassent naître de nouveaux troubles.

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Assassinat du roi de Portugal. Jésuites chassés du Portugal, et ensuite de France.

U« ordre religieux ne devrait pas faire partie de l'histoire ; aucun historien de l'antiquité n'est entré dans le détail des établissements des prêtres de Cybele ou de Junon. C'est un des malheurs de notre police européane que les moines, destinés par leur institut à être ignorés, aient fait autant de bruit que les princes, soit par leurs immenses richesses, soit par les troubles qu'ils ont excités depuis leur fondation. Les jésuites étaient, comme on sait, les souverains véritables du Paraguai, en reconnaissant le roi d'Espagne. La cour d'Espagne avait cédé par un traité d'échange quelques districts de ces contrées au roi de Portugal Joseph II, de la maison de Bragance. On accusa les jésuites de s'y être opposés, et d'avoir fait révolter les peuplades qui devaient passer sous la domination portugaise.Ce grief, joint à beaucoup d'autres, fit chasser les jésuites de la cour de Lisbonne. Quelque temps après, la famille Tavora, et surtout le duc d'Aveiro, oncle de la jeune comtesse Ataïde d'Atouguia; le vieux marquis et la marquise de Tavora, pere et mere de la jeune comtesse ; enfin le comte Ataide, son époux, et un des | freres de cette comtesse infortunée, croyant avoir reçu du roi un outrage irréparable, ils résolurent de s'en venger : la vengeance s'accorde très bien avec la superstition. Ceux qui méditent un grand attentat cherchent parmi nous des casuistes et des confesseurs qui les encouragent. La famille qui pensait être outragée s'adressa à trois jésuites, Malagrida, Alexandre, et Mathos : ces casuistes déciderent que ce n'était pas seulement un péché qu'ils appellent véniel de tuer le roi.

Il est bon de savoir, pour l'intelligence de cette décision, que les casuistes distinguent entre les péchés qui menent en enfer, et les péchés qui conduisent en purgatoire pour quelque temps; entre les péchés que l'absolution d'un prêtre remet, moyennant quelques prieres ou quelques aumônes, et les péchés qui sont remis sans aucune satisfaction : les premiers sont mortels; les seconds sont véniels. La confession auriculaire causa un parricide en Portugal, ainsi qu'elle en avait produit dans d'autres pays. Ce qui a été introduit pour expier les crimes eu a fait commettre ! Telle est, comme on l'a déja vu souvent dans cette histoire, la déplorable condition humaine. Les conjurés, munis de leurs pardons pour l'autre monde, attendirent le roi qui revenait à Lisbonne d'une petite maison de campagne, seul , sans domestiques, et la nuit; ils tirerent sur son carrosse , et blesserent dangereusement le monarque. Tous les complices , excepté un domestique, furent arrêtés : les uns périrent par la roue, les autres furent décapités. La jeune comtesse Ataide, dont le mari fut exécuté, alla par ordre du roi pleurer dans un couvent tant d'horribles malheurs, dont elle passait pour être la cause. Les seuls jésuites qui avaient conseillé et autorisé l'assassinat du roi par le moyen de la confession, moyen aussi dangereux que sacré, échapperent alors au supplice. Le Portugal n'ayant pas encore reçu dans ce temps-là les lumieres qui éclairent tant d'états co Europe, était plus soumis au pape qu'un autre : il n'était pas permis au roi de faire condamner à la mort par ses juges un moine parricide ; il fallait avoir le consentement de Rome. Les autres peuples étaient dans le dix-huitieme siecle; mais les Portugais semblaient être dans le douzieme. La postérité aura peine à croire que le roi de Portugal fit solliciter à Rome pendant plus d'un an la permission de faire juger chez lui des jésuites ses sujets, et ne put l'obtenir. La cour de Lisbonne et celle de Rome furent long-temps dans une querelle ouverte ; on alla même jusqu'à se flatter que le Portugal secouerait un joug que l'Angleterre, son alliée et sa protectrice, avait foulé aux pieds depuis si long-temps; mais le ministere portugais avait trop d'ennemis pour oser entreprendre ce que Londres avait exécuté : il montra à la fois une grande fermeté et une extrême condescendance. Les jésuites les plus coupables étaient en prison à Lisbonne : le roi les y laissa, et prit le parti d'envoyer à Rome tous les jésuites de ses états. On les déelara bannis pour jamais du royaume; mais on n'osait livrer à la mort trois jésuites accusés et convaincus de parricide. Le roi fut réduit à l'expédient de livrer du moins Malagrida à l'inquisition, comme suspect d'avoir autrefois avancé quelques propositions téméraires qui sentaient l'hérésie. Les dominicains, qui étaient juges du saint-office et assistants du grand - inquisiteur , n'ont, jamais aimé les jésuites : ils servirent le roi mieux que n'avait fait Rome. Ces moines déterrerent un petit livre de la Vie héroïque de sainte Anne, mere de Marie, dictée au révérend P. Malagrida par sainte Anne elle-méme. Elle lui avait déclaré que l'immaculée conception lui appartenait oomme à sa fille, qu'elle avait parlé et pleuré dans le ventre de sa mere, et qu'elle avait fait pleurer les chérubins. Tous les écrits de Malagrida étaient aussi sages : de plus, il avait fait des prédictions et des miracles; et celui d'éprouver, à l'âge de soixante et quinze ans, des pollutions dans sa prison n'était pas un des moindres. Tout cela lui fut reproché dans son procès; et voilà pourquoi il fut condamné au feu, sans qu'on l'interrogeât seulement sur l'assassinat du roi, parceque ce n'est qu'une faute contre un séculier, et que le reste est un crime contre Dieu. Ainsi l'excès du ridicule et de l'absurdité fut joint à l'excès d'horreur : le coupable ne fut mis en jugement que comme un prophete, et ne fut brûlé que pour avoir été fou, et non pas pour avoir été parricide. Tandis qu'on chassait les jésuites du Portugal, cette aventure réveillait la haine qu'on leur portait en France, où ils ont toujours été puissants et détestés. Il arriva qu'un profès de leur : ordre, nommé la Valette, qui était chef des missions à la Martinique, et le plus fort commerçant des isles, fit une banqueroute de plus de trois millions. Les intéressés se pourvurent au parlement de Paris. On crut découvrir alors que le général jésuite, résidant à Rome, gouvernait despotiquement les biens de la société. Le parlement de Paris condamna ce

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