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« M. rle Moracin lui-même. M. de Lalli se plaint « de tout le monde, et tout le monde se plaint « de lui : il a dit à M. le comte de.... Je sens « qu'on me déteste, et qu'on voudrait me voir bien

loin; je vous engage ma parole d'honneur, et a je vous la donnerai par écrit, que si M. de Leyrit

veut me donner cinq cent mille francs, je me « démets de ma charge, et je passe en France sur « la frégate.

Le journal dit ensuite : « On est aujourd'hui à Pondichery dans le plus grand embarras; on n'y « a pas pu ramasser cent mille roupies : les soldats « menacent hautement de passer en corps chez l'en« nemi. »

Malgré cette horrible confusion il eut le courage d'aller assiéger Madrass, et s'empara d'abord de toute la ville noire: mais ce fut précisément ce qui l'emipecha de réussir devant la ville haute, qui est le fort Saint-George. Il écrivait de sori camp devant ce fort, le 11 février 1759: « Si nous man« quons Madrass, comme je le crois, la principale « raison à laquelle il faudra l'attribuer est le pillage « de quinze millions au moins, tant de dévasté quc de répandu dans le soldat, et, j'ai honte de le dire, dans l'officier, qui n'a pas

craint de se servir « de mon nom en s'emparant des cipayes chelingues

et autres, pour faire passer à Pondichery un butin, « que vous auriez dû faire arrêter, vu son énorme quantité. »

J'ai le journal d'un officier-général que j'ai deja cité ; l'auteur n'est pas l'ami du comte de 'Lalli, il s'en faut beaucoup; son témoignage n'en est que

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plas recevable quand il atteste les mêmes griefs qui faisaient le désespoir de Lalli. Voici notamment comme il s'exprime:

« Le pillage immense que les troupes avaient fait « dans la ville noire avait mis parmi elles l'abon

dance; de grands magasins de liqueurs fortes y a entretenaient l'ivrognerie et tous les maux dont « elle est le germe : c'est une situation qu'il faut avoir vue. Les travaux, les gardes de la tran« chée, étaient faits par des hommes ivres. Le régi« ment de Lorraine fut seul exempt de cette con

tagion; niais les autres corps s'y distinguerent: « le régiment de Lalli se surpassa. De là les scenes « les plus honteuses et les plus destructives de la « subordination et de la discipline: on a vu des « officiers se colleter avec des soldats , et mille « autres actions infâmes, dont le détail renfermé « dans les bornes de la vérité la plus exacte parai, « trait une exagération monstrueuse. »

Le comte de Lalli écrivait avec encore plus de désespoir cette lettre funeste : « L'enfer m'a vomi « dans ce pays d'iniquités, et j'attends, comme Jo« nas , la baleine qui me recevra dans son ventre.»

Dans un tel désordre rien ne pouvait réussir. On leva le siege après avoir perda une partie de l'armée. Les autres entreprises furent encore plus malheureuses sur terre et sur mer. Les troupes se révoltent, on les appaise à peine. Le général les mene dans la province d'Arcate ponr reprendre la forteresse de Vandavachi : les Anglais s'en étaient emparés après deux tentatives inutiles, dans l'une desquelles ils avaient été complètement battus par

Il y

le chevalier de Geogeghan. Lalli osa les attaquer avec des forces inférieures : il les eût vaincus s'il eût été seconde ; mais il ne remporta de cette expédition

que

l'houneur d'avoir donné une nouvelle preuve de ce courage opiniâtre qui faisait son caractere.

Après bien d'autres pertes il fallut enfin se retirer dans Pondichery. Une escadre de seize vaisseaux anglais obligea l'escadre française envoyée au secours de la colonie de quitter la rade de Pondichery, après une bataille indécise, pour se radouber dans l'isle de Bourbon.

avait dans la ville soixante mille habitants noirs, et cinq à six cents familles d'Europe, avec très peu de vivres. Le général proposa d'abord de faire sortir les noirs, qui affamaient Pondichery: mais comment chasser soixante mille hommes ? le conseil n'osa l'entreprendre. Le général ayant résola de soutenir le siege jusqu'à l'extrémité, et ayant publié un ban par lequel il était défenda sous peine de mort de parler de se rendre , fut forcé d'ordonner une recherche rigoureuse des provisions dans toutes les maisons de la ville : elle fut faite sans ménagement jusque chez l'intendant, chez tout le conseil, et les principaux officiers. Cette démarche acheva d'irriter tous les esprits déja trop aliénés. On ne savait que trop avec quel mépris et quelle dureté il avait traité tout le conseil ; il avait dit publiquement dans une de ses expéditions : « Je ne veux pas attendre plus

long - temps l'arrivée des munitions qu'on m'a a promises; jy attellerai , s'il le faut,

le gouver

« neur Leyrit et tous les conseillers ». Ce gouverneur Leyrit montrait aux officiers une lettre adressée depuis loug-temps à lui-même, dans laquelle étaient ces propres paroles : «J'irais plutôt comman« der les Cafres que de rester dans cette Sodome, e qu'il n'est pas possible que le feu des Anglais « ne détruise tôt ou tard au défaut de celui du « ciel. »

Ainsi, par ses plaintes et ses emportements, Lalli s'était fait autant d'ennemis qu'il y avait d'officiers et d'habitants dans Pondichery; on lui rendait outrage pour outrage; on affichait à sa porte des placards plus insultants encore que ses lettres et ses discours. Il en fut tellement ému que sa tête en parut quelque temps dérangée: la colere et l'inquiétude produisent souvent ce triste effet. Un fils du nabab Cbandasaeb était alors réfugié dans Pondichery auprès de sa mere: un officier débarqué depuis peu avec la flotte française qui s'en était retournée, homme aussi impartial que véridique, rapporte que cet Indien ayant vu souvent sur son lit le général français absolument nu, chantant la messe et les psaumes,

demanda sérieusement à un officier fort connu si c'était l'usage en France que le roi choisit un fou pour son grandvisir. L'officier étonné lui dit: Pourquoi me faitesvous une question aussi étrange ? C'est, répliqua l'Indien, parceque votre grand-visir nous a envoyé un fou pour rétablir les affaires de l'Inde.

Déja les Anglais bloquaient Pondichery par terre et par mer. Le général n'avait plus d'autre ressource que de traiter avec les Marattes , qui l'avaient

batta. Ils lui promirent un secours de dix-huit mille hommes ; mais sentant qu'on n'avait point d'argent à lenr donner, aucun Maratte ne parut: on fut obligé de se rendre. Le conseil de Pondichery somma le comte de Lalli de capituler. Il assembla un conseil de guerre : les officiers de ce conseil conclurent à se rendre prisonniers de guerre suivant les cartels établis ; mais le général Coote voulut avoir la ville à discrétion. Les Français avaient démoli Saint-David : les Anglais étaient en droit de faire un désert de Pondichery. Le comte de Lalli eut beau réclamer le cartel de vive voix et par écrit; on périssait de faim dans la ville : elle fut livrée aux vainqueurs, qui bientôt après raserent les fortifications, les murailles, les magasins, tous les principaux logements.

Dans le temps niême que les Anglais entraient dans la ville les vaincus s'accablaient réciproquement de reproches et d'injures, Les habitants voulurent tuer leur général: le commandant anglais fut obligé de lui donner une garde ; on le transporta malade sur un palanquin. Il avait deux pistolets dans les mains, et il en menaçoit les séditieux: ces furieux, respectant la garde anglaise, coururent à un commissaire-des-guerres, intendant de l'armée, ancien officier, chevalier de Saint-Louis (1). Il met l'épée à la main; un des plus échauffés s'avance à lui, en est blessé, et le tue.

Tel fut le sort déplorable de Pondichery, dont les habitants se firent plus de mal qu'ils n'en reçu

1

(1) Il s'appelait du Bois.

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