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Scévole et Louis de Sainte-Marthe , freres jumeaux, fils du premier Scévole, enterrés tous deux à Paris dans le même tombeau à Saint - Séverin, furent illustres par leur savoir : ils composerent ensemble le Gallia christiana. Scévole mort en 1652; Louis mort en 1656. Denis de Sainte-Marthe, leur cousin, acheva cet ouvrage : mort à Paris en 1725. Pierre Scévole de Sainte-Marthe, frere aîné du dernier Scévole , fut historiographe de France : mort en 169o. SAINT-EvREMoND (Charles), né en Normandie en 1613.Une moralevoluptueuse, des lettres écrites à des gens de cour dans un temps où ce mot de cour était prononcé avec emphase partout le monde, des vers médiocres, qu'on appelle vers de société, faits dans des sociétés illustres, tout cela avec beaucoup d'esprit, contribua à la réputation de ses ouvrages. Un nommé Des-Maiseaux les a fait imprimer avec une vie de l'auteur, qui contient seule un gros volume, et dans ce grosvolume il n'ya pas quatre pages d'intéressantes ; il n'est grossi que des mêmes choses qu'on trouve dans les œuvres de Saint-Evremond : c'est un artifice de libraire, un abus du métier d'éditeur : c'est par de tels artifices qu'on a trouvé le secret de multiplier les livres à l'infini, sans multiplier les connaissances. On connaît son exil, sa philosophie , et ses ouvrages. Quand on lui demanda à sa mort s'il voulait se réconcilier, il répondit, « Je voudrais me réconcilier avec l'appétit». Il est enterré à Westminster avec les rois et les hommes illustres d'Angleterre. Mort en 17o3. SAINT-PAvIN (Denis Sanguin de). Il était au nombre des hommes de mérite que Despréaux confondit dans ses satires avec les mauvais écrivains : le peu qu'on a de lui passe pour être d'un goût dé

licat. On peut connaître son mérite personnel par cette épitaphe, que fit pour lui Fieubet, le maître des requêtes, l'un des esprits les plus polis de ce siecle :

Sous ce tombeau gît Saint-Pavin ;
Donne des larmes à sa fin.
Tu fus de ses amis peut être ?
Pleure ton sort, pleure le sien :
Tu n'en fus pas ? pleure le tien,
Passant, d'avoir manqué d'en être.

Mort en 167o. SAINT-PIERRE (Castel, abbé de), né en 1658, gentilhomme de Normandie ; n'ayant qu'une fortune médiocre, la partagea quelque temps avec les célebres Varignon et Fontenelle : il écrivit beaucoup sur la politique. La meilleure définition qu'on ait faite en général de ses ouvrages est ce qu'en disait le cardinal du Bois, que c'étaient les rêves d'un bon citoyen. Il avait la simplicité de rebattre dans ses livres les vérités les plus triviales de la morale; et, par une autre simplicité, il proposait presque toujours des choses impossibles comme praticables. Il ne cessa d'insister sur le projet d'une paix perpétuelle, et d'une espece de parlement de l'Europe, qu'il appelle la diete europainc. On avait imputé une partie de ce projet chimérique au roi Henri IV, et l'abbé de Saint-Pierre, pour appuyer ses idées, prétendait que cette diete europaine avait été approuvée et rédigée par le dauphin, duc de Bourgogne, et qu'on en avait trouvé le plan dans les papiers de ce prince : il se permettait cette fiction pour mieux faire goûter son projet. Il rapporte avec bonne foi la lettre par laquelle le cardinal de Fleuri répondit à ses propositions : « Vous avez oublié, « monsieur, pour article préliminaire, de commcn« cer par envoyer une troupe de missionnaires ponr « disposer le cœur et l'esprit des princes »- Cependant l'abbé de Saint-Pierre ne laissa pas enfin d'être très utile : il travailla beaucoup pour délivrer la France de la tyrannie de la taille arbitraire ; il écrivit et il agit en homme d'état sur cette seule matiere. Il fut unanimement exclus de l'académie française, pour avoir, sous la régence du duc d'Orléans, préféré un peu durement, dans sa Polisynodie, l'établissement des conseils à la maniere de gouverner de Louis XIV, protecteur de l'académie (1). Ce fut le cardinal de Polignac qui fit une brigue pour l'exclure, et qui en vint à bout : ce qu'il y a d'étrange c'est que dans ce temps-là même le cardinal de Polignac conspirait contre le régent , et que ce prince, qui donnait un logement au Palais-royal à Saint-Pierre, et qui avait toute sa famille à son service , souffrit cette exclusion. L'abbé de SaintPierre ne se plaignit point ; il continua de vivre en philosophe avec ceux mêmes qui l'avaient exclus. Boyer, ancien évêque de Mirepoix, son confrere, empêcha qu'à sa mort on prononcât son éloge à l'académie selon la coutume. Ces vaines fleurs qu'on jette sur le tombeau d'un académicien ñ'ajoutent rien ni à sa réputation ni à son mérite; mais le refus fut un outrage ; et les services que l'abbé de Saint-Pierre avait rendus, sa probité, et sa douceur, méritaient un autre traitement. Il mourut en 1743, âgé de quatre-vingt-six ans. Je lui

(1) L'exclusion fut unanime, à une voix près, celle de Fontenelle. Il raconta depuis qu'il avait entendu plus d'une fois un homme de la cour, membre de l'académie, s'attribuer, devant l'abbé de Saint-Pierre ct devant laimème, le mérite de cette action de justice.

• demandai quelques jours avant sa mort comment il , regardait ce passage ; il me répondit, « Comme un « voyage à la campagne. » Le traité le plus singulier qu'on trouve dans ses ouvrages est l'Anéantissement futur du mahométisme. Il assure qu'un temps viendra où la raisou l'emportera chez les hommes sur la superstition : les hommes comprendront, dit-il, qu'il suffit de la patiencc, de la politesse, et de la bienfaisance pour plaire à Dieu. Il est impossible, dit-il encore, qu'un livre où l'on trouve des propositions fausses données comme vraies, des choses absurdes opposées au sens commun, des louanges données à des actions injustes, ait été révélé par un être parfait : | ii prétend que dans cinq cents ans tous les esprits, jusqu'aux plus grossiers , seront éclairés sur ce livre ; que ie grand muphti et les cadis verront qu'il est de leur intérêt de détromper la multitude, et de se rendre plus nécessaires et plus respectés en rendant la religion plus simple. Ce traité est curieux. Dans ses Annales de Louis XI/^ il dit que I'état devrait bâtir des loges aux Petites-maisons pour les théologiens intolérants, et qu'il serait àpropos de jouer ces especes de fous sur le théâtre.

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C'est ici l'occasion d'observer que l'auteur du

Siecle de Louis XIV n'a donné cette liste dcs écrivains et des artistes qui ont fleuri sous Louis XIV qu'après avoir lu leurs ouvrages et souvent connu leurs personnes, recherchant tous les moyens de s'instruire sur ce siecle célebre depuis qu'il fut nommé historiographe de France. Il ne pouvait dans cette liste parler des Annales politiques de l'abbé de Saint-Pierre sur Louis XIV , puisque le Siecle fut imprimé en 1752 pour la premiere fois, et que les Annales de l'abbé de Saint-Pierre ne parurent qu'en 1758, ayant été impriinées en 1757.

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Ces Annales, il le faut avouer, sont rine satire !

eontinuelle du gouvernement de ce monarque, qui méritait plus d'estime ; et cette satire n'est pas assez bien écrite pour faire pardonner son injustice : la famille de l'abbé, sentant quel dangereux effet cet ouvrage pouvait produire, engagea son auteur à le dérober au public ; il ne fut imprimé qu'après sa mort. Comment donc l'abbé Sabatier, natif de Castres, qui a donné depuis la liste des écrivains de trois siecles, a-t-il pu dire « que l'auteur du « Siecle de Louis XIV en a puisé l'idée mal rem« plie dans ces Annales politiques, qui offrent « un tableau frappant des progrès de l'esprit chez « notre nation ? » Premièrement il est impossible que l'auteur du Siecle ait pu rien prendre des Annales de l'abbé de Saint-Pierre, qu'il ne pouvait connaître, et desquelles il a vengé la mémoire de Louis XIV dès qu'il les a connues ; secondement il est très faux que l'abbé de Saint-Pierre se soit étendu dans son livre sur les progrès de l'esprit humain chez notre mation; à peine en dit-il quelques mots; et quand il parle des beaux arts c'est pour les avilir. Voici comme il s'explique, page 155 : « La peind ture, la sculpture, la musique, la poésie, la co« médie , l'architecture, prouvent le nombre des « fainéants, leur goût pour la fainéantise, qui suffit « à nourrir et à entretenir d'autres especes de fai« néants , gens qui se piquent d'esprit agréable, « mais non pas d'esprit utile, etc. » Il est rare sans doute d'entendre un académicien dire que des arts qui exigent le travaille plus assidu sont des occupations de fainéants. Quant à la personne de Louis XIV, il veut l'avilir aussi-bien que les arts dont ce roi fut le protecteur : on ne peut rapporter qu'avec indignation be qu'il en dit page 265 : « Louis se gouvernait à

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