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Eléments de géométrie du duc de Bourgogne sont les leçons qu'il donna à ce prince : il se fit une réputation par sa profonde littérature. Madame la duchesse du Maine fit sa fortune. Mort en 1727. MALLEBRANCHE (Nicolas), né à Paris en 1638, de l'oratoire, l'un des plus profonds méditatifs qui aient jamais écrit. Animé de cette imagination forte qui fait plus de disciples que la vérité, il en eut : de son temps il y avait des mallebranchistes. Il a montré admirablement les erreurs des sens et de l'imagination; et quand il a voulu sonder la nature de l'ame, il s'est perdu dans cet abyme comme les autres. Il est, ainsi que Descartes, un grand homme avec lequel on'apprend bien peu de chose, et il n'était pas un grand géometre comme Descartes. Mort en 1 715. MALLEvILLE (Claude de), l'un des premiers académiciens. Le seul sonnet de la belle Matineuse en fit un homme célebre : on ne parlerait pas aujourd'hui d'un tel ouvrage ; mais le bon en tout genre était alors aussi rare qu'il est devenu commun depuis. Mort en 1647. DE MARcA (Pierre), né en 1594. Étant veuf et ayant plusieurs enfants, il entra dans l'église, et fut nommé à l'archevêché de Paris : son livre de la Concorde de l'empire et du sacerdoce est estimé. Mort en 1662. DE MARoLLEs (Michel), né en Touraine en 16oo, fils du célebre Claude de Marolles, capitaine des cent Suisses, connu par son combat singulier à la tête de l'armée de Henri IV contre Marivaux. Michel, abbé de Villeloin , composa soixante-neuf ouvrages, dont plusieurs étaient des traductions très utiles dans leur temps. Mort en 1681. LA MARcHE (Nicolas), né à Paris en 1641, commissaire au Châtelet. Il a fait un ouvrage qui était de son ressort, l'histoire de la Police : il n'est bon que pour les Parisiens, et meilleur à consulter qu'à lire. Il eut pour récompense une part sur le produit de la comédie, dont il ne jouit jamais : il aurait autant valu assigner aux comédiens une pension sur les gages du guet. DU MARsAIs (César Chesneau), né à Marseille en 1676. Personne n'a connu mieux que lui la métaphysique de la grammaire ; personne n'a plus approfondi les principes des langues : son livre des Tropes est devenu insensiblement nécessaire, et tout ce qu'il a écrit sur la grammaire mérite d'être étudié. Il y a dans le grand dictionnaire encyclopédique beaucoup d'articles de lui qui sont d'une grande utilité. Il était du nombre de ces philosophes obscurs dont Paris est plein, qui jugent sainement de tout, qui vivent entre eux dans la paix et dans la communication de la raison, ignorés des grands, et très redoutés de ces charlatans en tout genre qui veulent dominer sur les esprits : la foule de ces hommes sages est une suite de l'esprit du siecle. Mort en 1756. MARsoLLIER (Jacques), né à Paris en 1647 ; chanoine régulier de Sainte - Genevieve, connu par · plusieurs histoires bien écrites : mort en 1724. MARTIGNAc (Étienne), né en 1628, le premier qui donna une traduction supportable en prose de Virgile, d'Horace, etc. Je doute qu'on les traduise jamais heureusement en vers : ce ne serait pas assez d'avoir leur génie; la différence des langues est un obstacle presque invincible. Mort en 1698. MAsCARoN (Jules), de Marseifle , né en 1634 ; évêque de TuIles, et puis d'Agen. Ses oraisons funebres balancerent d'abord celles de Bossuet; mais "jourd'hui elles ne servent qu'à faire voir com

bien Bossuet était un grand homme. Mort en 17o3. MAssILLoN , né en Provence en 1663, de l'oratoire, évêque de Clermont : le prédicateur qui a le mieux connu le monde ; plus fleuri que Bourdaloue, plus agréable , et dont l'éloquence sent l'homme de cour, l'académicien, et l'homme d'esprit; de plus philosophe modéré et tolérant : mort en 1 742. MAUcRoIx (François), né à Noyon en 1619 , historien, poëte, et littérateur. On a retenu quelques uns de ses vers, tels que ceux-ci, qu'il fit à l'âge de plus de quatre-vingts ans :

Chaque jour est un bien que du ciel je reçois :
Jouissons aujourd'hui de celui qu'il nous donne.
Il n'appartient pas plus aux jeunes gens qu'à moi ;
Et celui de demain n'appartient à personne.

Mort en 17o8.

MÉNAGE (Gilles), d'Angers, né en 1613. Il a prouvé qu'il est plus aisé de faire des vers en itaBien qu'en français : ses vers italiens sont estimés même en Italie ; et notre langue doit beaucoup à ses recherches. Il était savant en plus d'un genre : sa requête des dictionnaires l'empêcha d'entrer à I'académie : il adressa au cardinal Mazarin, sur son retour en France, une piece latine oùjl'on trouve oe Ver5 :

Et puto tam viles despicis inde togas.

Le parlement qui, après avoir mis à prix la tête du cardinal, l'avait complimenté, se crut désigné par ce vers, et voulait sévir contre l'auteur; mais Ménage prouva au parlement que toga signifiait un habit de cour. Mort en 1692. La Monnoye a augmenté et rectifié le Ménagiana.

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, MÉNÉrRIER (Claude François), né en 1631 ; a beaucoup servi à la science du blason, des emblêmes, et des devises. Mort en 17o5. MERY (Jean), né en Berri en 1645, l'un de ceux qui ont le plus illustré la chirurgie : il a laissé des observations utiles. Mort en 1722. MÉzERAI (François), né à Argentan en Normandie en 161o. Son Histoire de France est três connue; ses autres écrits le sont moins. Il perdit ses pensions pour avoir dit ce qu'il croyait la vérité : d'ailleurs plus hardi qu'exact, et inégal dans son style. Son nom de famille était Eudes; il était frere du P. Eudes, fondateur de la congrégation très répandue et très peu connue des eudistes. Mort en 1683. MIMEUREs (le marquis de), menin de Monseigneur, fils de Louis XIV. On a de lui quelques morceaux de poésies qui ne sont pas inférieures à celles de Racan et de Mainard ; mais comme ils parurent dans un temps où le bon était très rare, et le marquis de Mimeures dans un temps où l'art était perfectionné , ils eurent beaucoup de réputation, et à peine fut-il connu. Son ode à Vénus, imitée d'Horace, n'est pas indigne de l'original. LE MoINE (Pierre), jésuite, né en 16o2. Sa votion aisée le rendit ridicule; mais il eût pu se faire un grand nom par sa Louisiade. Il avait une prodigieuse imagination : pourquoi donc ne réussitil pas ? c'est qu'il n'avait ni goût, ni connaissance du génie de sa langue, ni des amis séveres. Mort en 1671. MoLIERE (Jean-Baptiste), né à Paris en 162o; le meilleur des poëtes comiques de toutes les nations. Cet article a engagé à relire les poëtes comiques de l'antiquité. Il faut avouer que si l'on compare l'art et la régularité de notre théâtre avec ces scenes dé

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cousues des anciens, ces intrigues faibles, cet usage grossier de faire annoncer par des acteurs, dans des monologues froids et sans vraisemblance, ce qu'ils ont fait et ce qu'ils veulent faire ; il faut avouer, dis-je, que Moliere a tiré la comédie du chaos, ainsi que Corneille en a tiré la tragédie, et que les Français ont été supérieurs en ce point à tous les peuples de la terre. Moliere avait d'ailleurs une autre sorte de mérite que ni Corneille, ni Racine, ni Boileau, ni La Fontaine n'avaient pas ; il était philosophe, et il l'était dans la théorie et dans la pratique. C'est à ce philosophe que l'archevêque de Paris, Harlai, si décrié pour ses mœurs, refusa les vains honneurs de la sépulture; il fallut que le roi engageât ce prélat à souffrir que Moliere fût enterré secrètement dans le cimetiere de la petite chapelle de Saint-Joseph, faubourg Montmartre. Mort en 1673. On s'est piqué à l'envi dans quelques dictionnaires nouveaux de décrier les vers de Moliere en faveur de sa prose, sur la parole de l'archevêque de Cambrai, Fénélon, qui semble en effet donner la préférence à la prose de ce grand comique, et qui avait ses raisons pour n'aimer que la prose poétique ; mais Boileau ne pensait pas ainsi. Il faut convenir qu'à quelques négligences près, négligences que la comédie tolere, Mohiere est plein de vers admirables, qui s'impriment facilement dans la mémoire. Le Misanthrope, les Femmes savantes, le Tartuffe, sont écrits comme les satires de Boileau ; l'Amphitrion est un recueil d'épigrammes et de madrigaux faits avec un art qu'on n'a point imité depuis. La bonne poésie est à la bonne prose ce que la danse est à une simple démarche noble , ce que la musique est au récit ordinaire, ce que les cou· leurs d'un tableau sont à des dessins au crayon.

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