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venté par Newton, qu'il appela les infiniment petits; c'était alors un prodige. Mort en 17o4. DEs HouILIEREs (Antoinette de la Garde). De toutes les dames françaises qui ont cultivé la poésie c'est celle qui a le plus réussi, puisque c'est celle dont on a retenu le plus de vers. C'est dommage qu'elle soit l'auteur du mauvais sonnet contre l'admirable Phedre de Racine : ce sonnet ne fut bien reçu du public que parcequ'il était satirique. N'estce pas assez que les femmes soient jalouses en amour ; faut-il encore qu'elles le soient en belleslettres ? Une femme satirique ressemble à Méduse et à Scylla, deux beautés changées en monstres. Morte en 1694. HUET (Pierre Daniel), né à Caen en 163o, savant universel, et qui conserva la même ardeur pour l'étude jusqu'à l'âge de quatre-vingt-onze ans. Appelé auprès de la reine Christine à Stockholm, ii fut ensuite un des hommes illustres qui contribuerent à l'éducatiou du dauphin : jamais prince n'eut de pareils maîtres. Huet se fit prêtre à quarante ans; il eut l'évêché d'Avranches, qu'il abdiqua ensuite pour se livrer tout entier à l'étude dans la retraite. De tous ses livres le Commerce et la Navigation des anciens, et l'Origine des romans sont le plus d'usage. Son traité sur la Faiblesse de l'esprit humain a fait beaucoup de bruit, et a paru démentir sa Démonstration évangélique. Mort en 172 I. JACQUELoT (Isaac), né en Champagne en 1647, ealviniste, pasteur à la Haye, et ensuite à Berlin. Il a fait quelques ouvrages sur la religion. Mort en 17o8. JoLY (Guy), conseiller au châtelet, secrétaire du cardinal de Retz, à laissé des mémoires qui sont

à ceux du cardinal ce qu'est le domestique au maître; mais il y a des particularités curieuses. JoUvENc1 (Joseph), jésuite, né à Paris en 1643. C'est encore un homme qui a eu le mérite obscur d'écrire en latin aussi bien qu'on le puisse de nos jours : son livre De ratione discendi et docendi est un des meilleurs qu'on ait en ce genre, et des moins connus depuis Quintilien. Il publia en 171o, à Rome, une partie de l'histoire de son ordre : il l'écrivit en jésuite, et en homme qui étoit à Rome. Le parlement de Paris, qui pense tout différemment de Rome et des jésuites , condamna ce livre, dans lequel on justifiait le P. Guignard, condamné à être pendu par ce même parlement pour l'assassinat commis sur la personne de Henri IV par I'écolier Châtel. Il est vrai que Guignard n'était nullement complice, et qu'on le jugea à la rigueur ; mais il n'est pas moins vrai que cette rigueur était nécessaire dans ces temps malheureux où une partie de l'Europe, aveuglée par le plus horrible fanatisme, regardait comme un acte de religion de poignarder le meilleur des rois et le meilleur des hommes. Mort en 1719. LABBE (Philippe), né à Bourges en 16o7, jésuite. Il a rendu de grands services à l'histoire : on a de lui soixante et seize ouvrages. Mort en 1667. LE LABoUREUR (Jean), né à Montmorency en 1623, gentilhomme servant de Louis XIV, et ensuite son aumônier. Sa relation du voyage de Pologne, qu'il fit avec madame la maréchale de Guébriant, la seule femme qui ait jamais eu le titre et fait les fonctions d'ambassadrice plénipotentiaire, est assez curieuse : les commentaires historiques dont il a enrichi les mémoires de Castelnau ont répandu beaucoup de jour sur l'histoire de France.

Le mauvais poëme de Charlemagne n'est pas de lui, mais de son frere. Mort en 1675.

LAINÉ on LAINEz (Alexandre), né dans le Hainaut en 165o, poëte singulier, dont on a recueilli un petit nombre de vers heureux. Un homme qui s'est donné la peine de faire élever à grands frais un Parnasse en bronze, couvert de figures en relief de tous les poëtes et musiciens dont il s'est avisé, a mis ce Lainé au rang des plus illustres. Les seuls vers délicats qu'on ait de lui sont ceux qu'il fit pour madame Martel :

Le tendre Apelle un jour, dans ces jeux si vantés
Qu'Athenes sur ses bords consacrait à Neptune,
Vit au sortir de l'onde éclater cent beautés ;
Et, prenant un trait de chacune,
Il fit de sa Vénus le portrait immortel.
Hélas ! s'il avait vu l'adorable Martel,
Il n'en aurait employé qu'une.

On ne sait pas que ces vers sont une traduction un peu longue de ce beau morceau de l'Arioste :

Non avea da torre altra, che costei
Che tutte le bellezze erano in lei.

Mort en 1 7 1o. LAINET ou LÉNET (Pierre), conseiller d'état, natif de Dijon, attaché au grand Condé, a laissé des mémoires sur la guerre civile. Tous les mémoires de ce temps sont éclaircis et justifiés les uns par les autres ; ils mettent la vérité de l'histoire dans le plus grand jour : ceux de Lainet ont une anecdote très remarquable. Une dame de qualité, de Franche-Comté, se trouvant à Paris, grosse de huit mois, en 1664 ; son mari, absent depuis un an , arrive; elle craint qu'il ne la tue : elle s'adresse à Lainet sans le connaître; celui-ci consulte l'ambassadeur d'Espagne; tous deux imaginent de faire enfermer le mari par lettre de cachet à la Bastille jusqu'à ce que la femme soit relevée de couche : ils s'adressent à la reine. Le roi, en riant, fait et signe la lettre de cachet lui-même ; il sauve la vie de la femme et de l'enfant ; ensuite il demande pardon au mari, et lui fait un présent. LAMBERT (Anne Thérese de Marguenat de Courcelles, marquise de), née en 1647, dame de beaucoup d'esprit, a laissé quelques écrits d'une morale utile et d'un style agréable : son traité de l'Amitié fait voir qu'elle méritait d'avoir des amis. Le ncmbre des dames qui ont illustré ce beau siecle est une des grandes preuves des progrès de l'esprit humain :

Le donne son venute in eccellenza
Di ciascun'arte ove hanno posto cura. AR1osT.

Morte à Paris en 1733. LAMI (Bernard), né au Mans en 1645, de l'oratoire, savant dans plus d'un genre. Il composa ses Eléments de mathématiques dans un voyage qu'il fit à pied de Grenoble à Paris. Mort en 1715. LANCELoT (Claude), né à Paris en 1616. Il eut | part à des ouvrages très utiles que sirent les solitaires de Port-Royal pour l'éducation de la jeunesse. Mort en 1695. DE LARREY (Isaac), né en Normandie en 1638. | son Histoire d'Angleterre fut estimée avant celle de Rapin de Thoiras, et son Histoire de Louis XIV ne le fut jamais. Mort à Berlin en 1719. LAUNAY ( François de), né à Angers en 1612 , jurisconsulte et homme de lettres. Il fut le premier qui enseigna le droit français à Paris. Mort en 1693. LAUNox (Jean de ), né en Normandie en 16o3, /

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docteur en théologie, savant laborieux, et critique intrépide. Il détrompa de plusieurs erreurs, et surtout de l'existence de plusieurs saints. On sait qu'un curé de Saint-Eustache disait : « Je lui fais « toujours de profondes révérences, de peur qu'il « ne m'ôte mon saint Eustache ». Mort en 1678. LAURIERE (Eusebe), né à Paris en 1659, avocat. Personne n'a plus approfondi la jurisprudence et l'origine des lois. C'est lui qui dressa le plan du · recueil des ordonnances ; ouvrage immense qui signale le regne de Louis XIV : c'est un monument de l'inconstance des choses humaines : un recueil d'ordonnances n'est que l'histoire des variations. Mort en 1728. LE CLERC (Jean), né à Geneve en 1657, mais originaire de Beauvais. Il n'était pas le seul savant de sa famille, mais il était le plus savant. Sa Bibliotheque universelle, dans laquelle il imita la République des lettres de Bayle, est son meilleur ouvrage : son plus grand mérite est d'avoir alors approché de Bayle, qu'il a combattu souvent. Il a beaucoup plus écrit que ce grand homme, mais il n'a pas connu comme lui l'art de plaire et d'instruire, qui est si au-dessus de la science. Mort à Amsterdam en 1736. LEMERY (Nicolas), né à Rouen en 1645, sut le promier chymiste raisonnable, et le premier qui ait donné une Pharmacopée universelle. Mort en 1715. LENFANT (Jacques), né en Beauce en 1661 , pasteur calviniste à Berlin. Il contribua plus que personne à répandre les graces et la force de la langue française aux extrémités de l'Allemagne. Son Histoire du concile de Constance, bien faite et bien écrite, sera jusqu'à la derniere postérité un témoignage du bien et du mal qui peuvent résulter de

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