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latines est d'elle. Ses traductions de Térence et d' Homere lui font un honneur immorteI. On ne pouvait lui reprocher que trop d'admiration pour tout ce qu'elle avait traduit. La Motte ne l'attaqua qu'avec de l'esprit, et elle ne combattit qu'avec de l'érudition. Morte en 172o au louvre. FLÉcHIER ( Esprit), du Comtat d'Avignon , né en 1632 ; évêque de Lavaur et puis de Nîmes ; poëte français et latin, historien , prédicateur, mais connu sur-tout par ses belles oraisons funebres. Son Histoire de Théodose a été faite pour l'éducation de Monseigneur. Le duc de Montausier avait engagé les meilleurs esprits de France à travailler par de bons ouvrages à cette éducation. Mort en 1 71 o. - FLEURI ( Claude ), né en 164o , sous-précepteur du duc de Bourgogne, et confesseur de Louis XV son fils, vécut à la cour dans la solitude et dans le travail. Son Histoire de l'Eglise est la meilleure qu'on ait jamais faite, et les discours préliminaires sont fort au-dessus de l'histoire : ils sont presque d'un philosophe , mais l'histoire n'en est pas. Mort en 1723. LA FoNTAINE (Jean), né à château-Thierri en 1621. Le plus simple des hommes, mais admirable dans son genre, quoique négligé et inégal. II fut le seul des grands hommes de son temps qui n'eut point de part aux bienfaits de Louis XIV : il y avait droit par son mérite et par sa pauvreté. Dans la plupart de ses fables il est infininient audessus de tous ceux qui ont écrit avant et après lui, en quelque langue que ce puisse être. Dans les contes, qu'il a imités de l'Arioste, il n'a pas son " élégance et sa pureté ; il n'est pas, à beaucoup près, si grand peintre ; et c'est ce que Boileau n'a pas apperçu dans sa dissertation sur Joconde, par

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Et le renard qui a cent tours dans son sac : et le

ce que Despréaux ne savait presque pas l'italien;

mais dans les contes puisés chez Bocace, La Fontaine
lui est bien supérieur, parcequ'il a beaucoup plus
d'esprit, de graces, de finesse. Bocace n'a d'autre
mérite que la naïveté, la clarté et l'exactitude
dans le langage.Il a fixé sa langue ; et La Fontaine a
souvent corrompu la sienne. Mort en 1695.
Il faut que les jeunes gens, et sur-tout ceux qui
dirigent leurs lectures, prennent bien garde à ne
pas confondre avec son beau naturel le familier,
le bas, le négligé, le trivial ; défauts dans lesquels
il tombe trop souvent. Il commence par dire au
dauphin dans son prologue :
Et si de t'agréer je n'emporte le prix,
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris. .
On sent assez qu'il n'y aurait nul honneur à ne pas
emporter le prix d'agréer. La pensée est aussi fausse
que l'expression est mauvaise, .
Vous chantiez! j'en suis bien aise ;
• Eh bien ! dansez inaintenant.
Comment une fourmi peut-elle dire ce proverbe
du peuple à une cigale ? -
· Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire ;
- Tout cela c'est la mer à boire.
Il faut avouer que Phedre écrit avec une pureté
qui n'a rien de cette bassesse.

Le gibier du lien ce ne sont point moineaux,
Mais beaux et bonssangliers, daims et cerfs bons et beaux.

· Un jour sur ses-hauts pieds allait, je ne sais où,

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chat qui n'en a qu'iin dans son tissac.

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Distinguons bien ces négligences, ces puérilités, qui sont en très grand nombre, des traits admirables de ce charmant auteur, qui sont en plus grand nombre encore. Quel est donc le pouvoir naturel des vers naturels, puisque par ce seul charme La Fontaine , avec de grandes négligences, a une réputation si universelle et si méritée, sans avoir jamais rien inventé ! mais aussi quel mérite dans les anciens Asiatiques, inventeurs de ces fables connues dans toute la terre habitable ! FoNTENELLE ( Bernard le Bouvier de ), né à Rouen le 11 février 1657. On peut le regarder comme l'esprit le plus universel que le siecle de Louis XIV ait produit. Il a ressemblé à ces terres heureusement situées qui portent toutes les especes de fruits. Il n'avait pas vingt ans lorsqu'il fit une grande partie de la tragédie-opéra de Bellérophon ; et depuis il donna l'opéra de Thétis et Pélée, dans lequel il imita beaucoup Quinault, et qui eut un grand succès. Celui d'Enée et Lauinie en eut moins. Il essaya ses forces au théâtre tragique ; il aida mademoiselle Bernard dans quelques pieces. Il en composa deux, dont une fut jouée en 168o , et jamais imprimée. Elle lui attira trop long-temps de très injustes reproches : car il avait eu le mérite de reconnaître que, bien que son esprit s'étendît à tout, il n'avait pas le talent de Pierre Corneille, son oncle, pour la tragédie. En 1686, il fit l'allégorie de Mero et d'Enegu : c'est Rome et Geneve. Cette plaisanterie si connue, jointe à l'histoire des oracles, excita depuis contre lui une persécution. Il en essuya une moins dangereuse et qui n'était que littéraire, pour avoir soutenu qu'à plusieurs égards les modernes valaient bien les anciens. Racine et Boileau, qui

avaient pourtant intérêt que Fontenelle eût raison, affecterent de le mépriser, et lui fermerent longtemps les portes de l'académie : ils firent contre lui des épigrammes ; il en fit contre eux, et ils furent toujours ses ennemis. Il fit beaucoup d'ouvrages légers, dans lesquels on remarquait déja cette finesse et cette profondeur-qui décelent un homme supérieur à ses ouvrages mêmes. On remarqua dans ses vers et dans ses dialogues des morts l'esprit de Voiture, mais plus étendu et plus philosophique. Sa pluralité des mondes fut un ouvrage unique en son genre. Il sut faire des oracles de Van-Dale un livre agréable. Les matieres délicates auxquelles on touche dans ce livre lui attirerent des ennemis violents, auxquels il eut le bonheur d'échapper. Il vit combien il est dangereux d'avoir raison dans des choses où des hommes accrédités ont tort. Il se tourna vers la géométrie et vers la physique avec autant de facilité qu'il avait cultivé les arts d'agrément. Nommé secrétaire perpétuel de l'académie des sciences, il exerça cet emploi pendant plus de quarante ans avec un applaudissement universel. Son histoire de l'académie jette très souvent une clarté lumineuse sur les mémoires les plus obscurs. Il fut le premier qui porta cette élégance dans les sciences. Si quelquefois il y répandit trop d'ornement, c'était de ces moissons abondantes dans lesquelles les fleurs croissent naturellement avec les épis. Cette histoire de l'académie des sciences serait aussi utile qu'elle est bien faite, s'il n'avait eu à rendre compte que de vérités découvertes ; mais il fallait souvent qu'il expliquât des opinions combattues les unes par les autres, et dont la plupart « sont détruites. . - - Les éloges qu'il prononça des aeadémiciens

morts ont le mérite singulier de rendre les sciences respectables, et ont rendu tel leur auteur. En vain l'abbé Desfontaines et d'autres gens de cette espece ont voulu obscurcir sa réputation ; c'est le propre des grands hommes d'avoir de méprisables ennemis. S'il fit imprimer depuis des comédies froides, peu théâtrales, et une apologie des tourbillons de Descartes, on a pardonné ces comédies en faveur de sa vieillesse, et son cartésianisme en faveur des anciennes opinions qui dans sa jeunesse avaient été celles de l'Europe. Enfin on l'a regardé comme le premier des hommes dans l'art nouveau de répandre de la lumiere et des graces sur les sciences abstraites, et il a eu du mérite dans tous les autres genres qu'il a traités. Tant de talents ont été soutenus par la connaissance des langues et de l'histoire ; et il a été sans contredit au-dessus de tous les savants qui n'ont pas eu le don de l'invention. Son histoire des oracles, qui n'est qu'un abrégé très sage et très modéré de la grande histoire de Van-Dale, lui fit une querelle assez violente avec quelques jésuites compilateurs de la vie des saints, · qui avaient précisément l'esprit des compilateurs. Ils écrivirent à leur maniere contre le sentiment raisonnable de Van-Dale et de Fontenelle. Le philosophe de Paris ne répondit point ; mais son ami, le savant Basnage, philosophe de Hollande, répondit, et le livre des compilateurs ne fut pas lu. Plusieurs années après, le jésuite le Tellier, confesseur de Louis XIV, ce malheureux auteur de toutes les querelles qui ont produit tant de mal et tant de ridicule en France, déféra Fontenelle à Louis XIV 'eomme un athée, et rappela l'allégorie de Mero et d'Enegu. Marc-René de Paulmi, marquis d'Argenson , alors licutenant de policc et depuis garde des

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