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d'un édit pour abolir cette coutume qui déshonore l'humanité ; mais les magistrats qui possédaient des terres avec cette prérogative éluderent des lois qui n'étaient faites que pour l'utilité publique ; et l'église, qui a des serfs, s'opposa encore plus que la magistrature à ces lois sages. Les états-généraux de 1615 prierent vainement Louis XIII de renouveler les édits éludés de ses prédécesseurs, et de les faire exécuter. Le président de Lamoignon dressa un projet pour détruire cet usage et pour dédommager les seigneurs; ce projet fut négligé.

De nos jours le roi de Sardaigne a détruit cette servitude en Savoie : elle reste établie en France, parceque les maux des provinces ne sont pas sentis dans la capitale; tout ce qui est loin de nos yeux ne nous touche jamais assez..

Quand on veut poser les limites entre l'autorité civile et les usages ecclésiastiques, quelles disputes interminables ! où sont ces limites ? qui conciliera les éternelles contradictions du fisc et de la jurisprudence? Enfin pourquoi dans les causes criminelles les arrêts ne sont-ils jamais motivés? y a-t-il quelque honte à rendre raison de son jugement ? Pourquoi ceux qui jugent au nom du souverain ne présentent-ils pas au souverain leurs arrêts de mort avant qu'on les exécute ?

De quelque côté qu'on jette les yeux on trouve la contrariété, la dureté, l'incertitude, l'arbitraire. Enfin la vénalité de la magistrature est un opprobre dont la France seule dans l'univers entier est couverte, et dont elle a toujours souhaité d'être lavée.

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On a toujours regretté depuis François I les temps où le simple jurisconsulte blanchi par l'étude des lois parvenait par son seul mérite à rendre la justice qu'il avait défendue par ses veilles, par sa voix, et par son crédit. Cicéron, Hortensius, et le premier Marc-Antoine, n'acheterent point une charge de sénateur. En vain l'abbé de Bourzeys, dans son livre d'erreurs, intitulé, Testament politique du cardinal de Richelieu, a-t-il prétendu justifier la vente des diguités de la robe; en vain d'autres auteurs, plus courtisans que citoyens, et plus inspirés par l'intérêt personnel que par l'amour de la patrie, ont-ils suivi les traces de l'abbé de Bourzeys : une preuve que cette vente est un abus, c'est † ne fut produite que par un autre abus, par la issipation des finances de l'état. C'est une simonie beaucoup plus funeste que la vente des bénéfices de l'église : car si un ecclésiastique isolé achete un bénéfice simple, il n'en résulte ni bien ni mal pour la patrie, dans laquelle il n'a nulle juridiction; il n'est comptable à personne : mais la magistrature a l'honneur, la fortune et la vie des hommes entre ses , mains. Nous cherchons dans ce siecle à tout perfectionner, cherchons donc à perfectionner les lois. .

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Des progrès de l'esprit humain dans le siecle de Louis XV.

Us ordre entier aboli par la puissance séculiere, la discipline de quelques autres ordres réformée par cette puissance, les divisions même entre toute la magistrature et l'autorité épiscopale, ont fait voir combien de préjugés se sont dissipés, combien la science du gouvernement s'est étendue, et à quel point les esprits se sont éclairés. Les semences de cette science utile furent jetées dans le dernier siecle; elles ont germé de tous côtés dans celui-ci jusqu'au fond des provinces, avec la véritable éloquence, qu'on ne connaissait guere qu'à Paris, et qui tout d'un coup a fleuri dans plusieurs villes : témoin les discours sortis ou du parquet ou de l'assemblée des chambres de quelques parlements, discours qui sont des chefs-d'œuvre de l'art de penser et de s'exprimer, du moins à beaucoup d'égards. Du temps des d'Aguesseau les seuls modeles étaient dans la capitale, et encore très rares. Une raison supérieure s'est fait entendre dans nos dermiers jours du pied des Pyrénées au nord de la Franee : la philosophie, en rendant l'esprit plus juste, et en bannissant le ridicule d'une parure recherchée, a rendu plus d'une province l'émule de la capitale. En général le barreau a quelquefois mieux connu cette jurisprudence universelle puisée dans la nature , qui s'éleve au-dessus de toutes les lois de convention ou de simple autorité, lois souvent dictées par les caprices ou par des besoins d'argent; ressources dangereuses plus que lois utiles, qui se combattent sans cesse, et qui forment plutôt un chaos qu'un corps de législation , ainsi que nous l'avons dit. Les académies ont rendu service en accoutumant les jeunes gens à la lecture, et en excitant par des prix leur génie avec leur émulation. La saine physique a éclairé les arts nécessaires; et ces arts ont commencé déja à fermer les plaies de l'état, causées par deux guerres funestes. Les étoffes se sont manufacturées à moins de frais par les soins d'un des plus célebres mécaniciens (1). Un académicien encore plus utile(2) par les objets qu'il embrasse, a perfectionné beauooup l'agriculture; et un ministre éclairé a rendu enfin les bleds exportables, commerce nécessaire, défendu trop long-temps, et qui doit être contenu peut-être autant qu'encourage. Un autre académicien (3) a donné le moyen le plus avantageux de fournir à toutes les maisons de Paris l'eau qui leur manque; projet qui ne peut être rejeté que par la pauvreté, ou par la négligence, ou par l'avarice. Un médecin (4) a trouvé enfin le secret longtemps cherché de rendre l'eau de la mer potable :

(1) M. Vaucanson. (3) M. de Parcieux. (2) M. Duhamel. (4) M. Poissonnier.

iI ne s'agit plus que de rendre cette expérience assez facile pour qu'on en puisse profiter en tout temps sans trop de frais. Si quelque invention peut suppléer à la connaissance qui nous est refusée des longitudes sur la mer, c'est celle du plus habile horloger de France (1), qui dispute cette invention à l'Angleterre. Mais il faut attendre que le temps mette son sceau à toutes ces découvertes. Il n'en est pas d'une invention qui peut avoir son utilité et ses incon vénients, d'une découverte qui peut être contes tée, d'une opinion qui peut être combattue, comme de ces grands monuments des beaux arts en poésie , en éloquence , en musique, en architecture, en sculpture, en peinture, qui forcent tout d'un coup le suffrage de toutes les nations, et qui s'assurent ceux de la postérité par un éclat que rien ne peut obscurcir. - - - - Nous avons déja parlé du célebre dépôt des connaissances humaines, qui a paru sous le titre de Dictionnaire Encyclopédique. C'est une gloire éternelle pour la nation que des officiers de guerre sur terre et sur mer, d'anciens magistrats, des médeeins qui connaissent la nature , de vrais doctes quoique docteurs, des hommes de lettres dont le goût a épuré les connaissances, des géometres, des physiciens, aient tous concouru à ce travail aussi utile que pénible, sans aucune vue d'intérêt, sans même rechercher la gloire, puisque plusieurs cachaient leurs noms, enfin sans être ensemble d'in

(1) M. le Roi.

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