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secondés de tout ce que la nature et l'art avaient fait pour les défendre. Le lendemain la place se rendit. Les Anglais ne pouvaient comprendre comment les soldats francais avaient escaladé ces fossés, dans lesquels il n'était guere possible à un homme de sang-froid de descendre. Cette action donna une grande gloire au général et à la nation ; mais ce fut le dernier de ses succès contre l'Angleterre.

On fut si indigné à Londres de n'avoir pu l'em

porter sur mer contre des Français, que l'amiral Bing, qui avait combattu le marquis de la Galissonniere, fut, d'après ses instructions qui lui ordonnaient de tout risquer pour faire entrer dans le port de Mahon un convoi qu'il escortait, condamné par une cour martiale à être arquebusé, en vertu d'une ancienne loi portée du temps de Charles II. En vain le maréchal de Richelieu envoya à l'auteur de cette histoire une déclaration qui justifiait l'amiral Bing, déclaration parvenue bientôt au roi d'Angleterre; en vain les juges même recommanderent fortement le condamné à la clémence du roi, qui a le droit de faire grace; cet amiral fut exécuté. Il était fils d'un autre amiral qui avait gagné la bataille de Messine, en 1618. Il mourut avec une grande fermeté; et avant d'êtr, frappé il envoya son mémoire justificatif à I'au teur, et ses remerciements au maréchal de Richelieu. -- 2 : . '

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Guerre en Allemagne. Un électeur de Brandebourg résiste à la maison d'Autriche, à l'empire allemand, à celui de Russie, à la France. Evènements mémorables.

O N avait admiré Louis XIV d'avoir seul résisté à l'Allemagne, à l'Angleterre, à l'Italie, à la Hollande, réunies contre lui. Nous avons vu un évènement plus extraordinaire; un électeur de Brandebourg tenir seul contre les forces de la maison d'Autriche, de la France, de la Russie, de la Suede, et de la moitié de l'empire. C'est un prodige qu'on ne peut attribuer qu'à la discipline de ses troupes et à la supériorité du capitaine.Le hasard peut faire gagner une bataille ; mais quand le faible résiste aux forts sept années dans un pays tout ouvert, et répare les plus grands · malheurs, ce ne peut être l'ouvrage de la fortune. C'est en quoi cette guerre differe de toutes celles qui ont jamais désolé le monde. On a déja vu que le second roi de Prusse était le seul prince de l'Europe qui eût un trésor, et le seul qui, ayant mis dans ses armées une vraie discipline, avait établi une puissance nouvelle en Alle- . magne. On a vu combien les préparatifs du pere avaient enhardi le fils à braver seul la puissance autrichienne, et à s'emparer de la Silésie. S. DE LoUIs xv. 5. 2

L'impératrice-reine attendait que les conjonctures lui fournissent les moyens de rentrer dans cette province. C'eût été autrefois un objet indifférent pour l'Europe qu'un petit pays annexé à la Bohême appartînt à une maison ou à une autre ; mais la politique s'étant raffinée plus que perfectionnée en Europe, ainsi que tous les autres objets de l'esprit humain, cette petite querelle a mis sous les armes plus de cinq cent mille hommes : il n'y eut jamais tant de combattants effectifs ni dans les croisades, ni dans les irruptions des conquérants de l'Asie.Voici oomment cette nouvelle scene s'ouvrit. Élisabeth, impératrice de Russie, était liée avec l'impératrice Marie-Thérese par d'anciens traités, par l'intérêt commun qui les unissait contre l'empire ottoman, et par une inclination réciproque. Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe, réconcilié avec l'impératrice-reine, et attaché à la Russie, à laquelle il devait le titre de roi de Pologne, était intimement uni avec ces deux souveraines. Ces trois puissances avaient chacune leurs griefs contre le roi Frédéric III de Prusse. MarieThérese voyait la Silésie arrachée à sa maison ; Auguste et son conseil souhaitaient un dédommagement pour la Saxe ruinée par le roi de Prusse dans la guerre de 1741 ; et il y avait entre Élisabeth et Frédéric des sujets de plainte personnels, qui souvent influent plus qu'on ne pense sur la destinée des états. Ces trois puissances, animées contre le roi de Prusse, avaient entre elles une étroite correspondance, dont ce prince craignait les effets. L'Autriche augmentait ses troupes; celles d'Élisabeth étaient prêtes; mais le roi de Pologne, électeur de Saxe, était hors d'état de rien entreprendre : les finances de son électorat étaient épuisées ; nulle place considérable ne pouvait empêcher les Prussiens de marcher à Dresde. Autant l'ordre et l'économie rendaient le Brandebourg formidable , autant la dissipation avait affaibli la Saxe. Le conseil saxon du roi de Pologne hésitait beaucoup d'entrer dans des mesures qui pouvaient lui être funestes. Le roi de Prusse n'bésita pas, et, dès l'année 1755, il prit seul, et sans consulter personne, la résolution de prévenir les puissances dont il avait de si grands ombrages. Il se ligua d'abord avec le roi d'Angleterre, électeur d'Hanovre, sur le refus que fit la France de s'unir à lui; s'assura du land- . grave de Hesse et de la maison de Brunswick , et renonça ainsi à l'alliance de la France. Ce fut alors que l'ancienne inimitié entre les maisons de France et d'Autriche, fomentée depuis Charles-Quint et François I, fit place à une amitié qui parut sincèrement établie, et qui étonna toutes les nations. Le roi de France, qui avait fait une · guerre si cruelle à Marie-Thérese, devint son allié; et le roi de Prusse, qui avait été allié de la France, devint son ennemi. La France et l'Autriehe s'unirent après trois cents ans d'une discorde toujours sanglante : ce que n'avaient pu tant de traités de paix, tant de mariages; un mécontentement reçu d'un électeur, et l'animosité de quelques personnes alors

toutes-puissantes, que le roi de Prusse avait blessées par des plaisanteries, le fit en un moment. Le parlement d'Angleterre appela cette union monstrueuse; mais étant nécessaire, elle était très naturelle. On pouvait même espérer que ces deux maisons puissantes réunies, secondées de la Russie, de la Suede , et de plusieurs états de l'empire, pourraient contenir le reste de l'Europe. Le traité fut signé à Versailles entre Louis XV et Marie-Thérese. L'abbé de Bernis, depuis cardinal, eut seul l'honneur de ce fameux traité, qui détruisait tout l'édifice du cardinal de Richelieu, et qui semblait en élever un autre plus haut et plus vaste.Il fut bientôt après ministre d'état, et presque aussitôt disgracié. On ne voit que des révolutions dans les affaires publiques et particulieres. Le roi de Prusse, menacé de tous côtés, n'en fut que plus prompt à se mettre en campagne. Il fait marcher ses troupes dans la Saxe, qui était presque sans défense, comptant se faire de cette province un rempart contre la puissance autrichienne, et un chemin pour aller jusqu'à elle. Il s'empare d'abord de Léipsick ; une partie de son armée se présente devant Dresde : le roi Auguste se retire, comme son pere devant Charles XII; il quitte sa capitale, et va occuper le camp de Pirna, près de Kœnigstein, sur le chemin de la Bohême et sur la rive de l'Elbe, où il se croit en sûreté. - Frédéric III (1) entre dans Dresde en maître,

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