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cessaires pour son expédition; mais il considérait cette grande armée du Rhin comme une masse qui devait seulement paralyser les principales forces de l'Autriche, après que ses premiers mouvemens auraient rompu tout concert entre l'armée impériale d'Allemagne et celle d'Italie; il suffisait donc au premier consul que la Suisse fût bien gardée, et la chaîne des Alpes rendue impénétrable ; Moreau devait rester en observation, et détacher toute son aile droite pour renforcer l'armée de réserve dans les plaines de la Lombardie, afin que lui seul pôt frapper les grands coups sur le théâtre où il lui convenait de remporter d'éclatantes victoires.

Il fit adresser au général Moreau, par le ministre de la guerre, une instruction trèsremarquable, qui, sans annoncer son véritable projet, renfermait en peu de mots tout le plan de campagne, et prescrivait la force et la composition du corps qui devait être détaché de l'armée du Rhin sous les ordres du général Lecourbe. Nous avons conservé

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et rapporté, dans les notes à la suite de ce chapitre, cette pièce intéressante, pour ne point interrompre ici notre narration.

Le général Moreau résista d'abord aux insinuations et ensuite aux ordres du Gouvernement. Ce dissentiment sur la coopéra : tion des deux armées fut, entre ces rivaux célèbres, le germe des querelles qui les divisèrent; la haine implacable qu'ils se vouerent dans la suite après une rupture éclatante, fut peut-être aussi l'une des causes les plus actives, et de leur mutuelle destruction, et des grands revers de la France : cette vérité, à peine sentie par leurs contemporains, sera reconnue par ceux qui, dans l'avenir, ne pourront mêler à ces souvenirs historiques ceux de leur propre histoire.

Lorsque les crises d'une grande révolution doivent nécessairement se résoudre par les armes, et que le gouvernement militaire, de quelque forme qu'il soit revêtu, devient la seule voie de salut, l'ordre ne peut se rétablir que par l'unité de commandement et d'in

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fluence sur l'armée ; mais aussi, dans un vaste état rapidement précipité dans le gouffre de l'anarchie, quand tous les droits ont été méconnus, quand les vrais principes de la monarchie, au lieu de se vivifier par de nouvelles institutions, ont malheureusement péri dans l'inévitable naufrage des anciennes, dans une telle confusion d'idées, d'intérêts et d'intrigues, il est bien rare, il est présque impossible qu'un seul chef obtienne un tel ascendant; il faudrait qu'il eût sur les divers théâtres de la guerre, et partout à la fois, éclipse ses émules, non-seulement par sa fortune, ses talens, ses services, mais encore par les vertus qui imposent, par les qualités qui attirent, et qui ne sont pas un moyen de dominer les esprits, moindre que Péclat de la renommée.

Ces dernières qualités manquaient au général Bonaparte , et lorsqu'en s'ensparant du gouvernement, il détouộna le torrent de la révolution, il était loin de s'être concilie tous les voeux de l'armée. Sa brillante campagne, ses savantes manoeuvres en Italie, le

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traité de Campo-Formio, qui fit luire l'espoir de la paix, et le merveilleux de son expédition en Egypte, l'avaient rétabli et grandi dans l'opinion, avaient fait arracher par la muse de l'histoire la page sanglante dų 13 vendémiaire ; mais le nom de Moreau était plus populaire, et la nation l'eût préféré ; si la dictature l'avait séduit, ou si la noble et secrète ambition de se faire le Monck des Français, l'avait excité, il aurait pu, bien avant cette époque , faire intervenir l'armée et devancer son rival; il avait plus que lui l'affection du soldat; on le cont naissait davantage. Il avait eu partout de grands succès, en Flandre, en Allemagne, et en Italie, où sa retraite devant Suwarow ne l'illustra pas moins que celle qu'il avait faite devant M. l'Archiduc. Moreau n'avait pas la résolution d'esprit nécessaire pour de telles entreprises ; il crut, en secondant l'élévation du premier consul, sé réserver le rôle de généralissime qui lui convenait mieux; mais ce partage parut trop inégal à ce brillant et farouche amant de la gloire qui se

montra toujours si jaloux de ses moindres faveurs, et n'en connut jamais le véritable prix.

Comme le prompt succès des premières opérations de l'armée du Rhin pouvait seul assurer celles de l'arniée de réserve, et lui ouvrir les passages en Italie, en éloignant l'ennemi des débouchés par lesquels il aurait pu couper ses communications avec la France , il fallut céder et låisser au général Moreau tout l'honneur de la conception de son plan de campagne, et tous les moyens de l'exécuter. Il se fit à Bâle une sorte de transaction dans laquelle le général en chef Berthier, qui s'y rendit avec son chef d'étatmajor, le général Dupont, stipula sur la force de la réserve qui serait laissée en Suisse, et celle du corps qui serait-détaché pour passer en Italie. Le point sur lequel le premier Consul insistait, et que le général Berthier souhaitait le plus ardemment, était d'avoir à sa disposition le lieutenant-général Lecourbe, qu'une grande énergie et son taJent pour la guerre de montagne, si bien

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