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du pont du Var, informé du mouvement de l'armée de réserve sur Genève, il s'était borné à détacher un petit corps de 5,000 hommes par le Col de Tende vers le Piemont; sa position était donc bien connue, ses mouvemens pouvaient être calculés ses marches comptées : il était évident qu'il n'avait pas soupçonné le but d'opération de l'armée de réserve et moins encore ses moyens de l'atteindre. Pour ne pas anticiper sur les événemens, il nous faudrait rétrograder déjà vers les rivages de la Méditerranée; il nous faudrait montrer comment le général Mélas, retenu d'un côté

par

l'obstination de Masséna et la vaine attente de la chute de Génes, et de l'autre, par la défense du pont du Var, après de rudes et de fréquens combats, fut déçu, arrêté par cette double diversion, et songea trop tard à rallier ses troupes dispersées. Mais achevons d'abord d'exposer les progrès des colonnes françaises jusqu'aux plaines d'Italie.

Les rapports satisfaisans du général Berthier sur la prise d'Aoste et le combat de

Châtillon, décidèrent Bonaparte à ne pas différer davantage, et par sa présence au-delà des monts, à découvrir ses projets. Plein de joie et d'espérance, il passa le Saint-Bernard le 20 mai, porta le même jour son quartier général à Etroubles, et le lendemain à Aoste.

Depuis deux jours le général en chef Berthier avait rejoint l'avant-garde arrêtée de vant le château de Bard, obstacle que, d'après les rapports et même à la première vue, on n'avait pas dû croire si considérable.

Un rocher de forme pyramidale, détaché et isolé sur la rive gauche de la Dora, qui s'ouvre un lit profond et un cours plus rapide entre ses débris, ferme ici la vallée et présente une formidable barrière; c'est sur ce rocher qu'on a construit le fort dont le tracé est irrégulier comme la coupe du terrein : il a un bon revêtement et presque partout une double enceinte ; les points les plus favorables pour la direction des feux ont été bien saisis; plus ou moins élevés,

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plus ou moins plongeans, ils sont distribués de manière à ne laisser, ni dans la petite ville construite au-dessous et à l'extrémité du plateau au bord de la rivière, ni sur aucun des endroits qui paraissent accessibles, un seul point qui ne soit vu et ne puisse être atteint par l'artillerie. Il y avait vingt-deux pièces en batterie. Comme le fort est dominé, à la portée du fusil, par les pointes et les infractuosités les plus avancées de la montagne d'Albaredo, d'où la masse des rochers a été détachée, la garnison (environ 400 hommes) était logée et parfaitement à couvert dans des casernes formant le terre-plein, et prenant jour par les créneaux dont le revêtement était percé. Ces casernes étaient blindées, chargées et recouvertes avec de larges pierres.

Après avoir fait une exacte reconnaissance du fort de Bard, le commandant du génie Marescot déclara qu'il ne pouvait être enlevé de vive force, si le commandant youlait se défendre.

Dès que le général Lannes eut fait replier

les avant-postes qui occupaient les hauteurs, le général Berthier, déterminé à forcer le passage, fit attaquer la ville; les ponts-levis furent baissés, les portes enfoncées par

les sapeurs et les grenadiers; les Autrichiens furent chassés de la ville, poursuivis et forcés de rentrer dans le fort qui, dès ce moment, fut étroitement bloqué. Trois compagnies de grenadiers se logèrent dans les maisons les plus à portée du fort, d'où ils tiraient sur les embrasures et les créneaux. On vit alors de plus près la force de l'obstacle et la nécessité de l'enlever:laposition de l'armée française devenait très-critique; elle ne vivait

que

des approvisionnemens si difficilement amassés au-delà du Saint-Bernard, plus difficilement encore transportés en-deçà ; tout pressait, mais tous les moyens étaient de préférence accordés à l'artillerie. L'inquiétude et l'impatience de Bonaparte étaient extrêmes ; on peut en juger par sa correspondance, par ses ordres pressans, et par la multiplicité de moyens et de précautions que d'heure en heure il indiquait à Berthier. Celui-ci, ne pouvant

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plus se flatter de se rendre maître du fort, parvint à ouvrir un passage à l'armée , si l'on peut appeler ainsi l'escalier taillé dans le rocher d'Albaredo, qu'on rendit, à force de travail, praticable pour les hommes et les chevaux, mais qui ne pouvait jamais l'être pour l'artillerie. Les

troupes de l'avantgarde, et successivement celles des divisions, défilèrent par ce sentier périlleux avec bien plus de difficultés qu'on n'en avait rencontré au passage du Grand Saint-Bernard. Cependant les généraux Marescot et Marmont étudiaient le terrain, cherchaient dans cette impénétrable barrière les points d'où l'on pourrait battre le fort at en éteindre les feux. On parvint à établir quelques pièces qui dominaient le rocher, mais qui produisaient peu d'effet. Le commandant autrichien, sommé et menacé d'être einporté d'assaut, répondit avec fermeté, en homme qui connaissait et ses moyens de le soutenir et l'importance de son poste. i

Bonaparte, arrivé à Verres le 23 mai, alla reconnaître lui-même ce terrible écueil.

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