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CHAPITRE IV.

Premiers mouvemens de l'armée de réserve

sous le général Alexandre Berthier. - Depart de Paris du Premier Consul.Passage du mont Saint-Bernard. -- Défense du fort de Bard. Prise d'Ivrée. Combat de la Chiusella et de Romano. Marche des Français en Lombardie.

Les Français allaient donc rentrer dans cette funeste Italie; ils allaient se précipiter encore une fois dans ce magnifique tombeau de tant de héros et de tant de gloire ! Etrange destinée des plus belles contrées du globe! placées entre des nations rivales que la nature en avait séparées par ses plus formidables barrières, il semble qu'elles n'existent que pour servir d'arène à ces terribles athlètes, que pour être le prix et la riche proie du-vainqueur; et cependant les peuples d'Italie, alternativement conquis et gouvernés comme

des colonies, selon la diversité des lois , des institutions et des intérêts des métropoles, n'en ont pas moins conservé les traits de leur caractère primitif; et c'est ce qui rend parmi eux toute domination incertaine et de jour en jour plus difficile. L'esprit d'indépendance ne s'y est jamais éteint : quand ils portent le joug étranger avec résignation, alors même que la plus sage administration cherche à le rendre plus léger, leur haine en est plus profonde; au-delà des Alpes, tout ce qui n'est pas italien est barbare.

On pourrait prédire en ce siècle éclairé que, si une puissance conquérante et modérée, phénomène encore inconnu dans les sociétés humaines, maîtresse par les armes des deux Italie, instruite par l'expérience de quinze siècles de vaines épreuves, laissait cette grande nation à elle-même, lui rendait sa liberté et n'employait sa force et son influence qu'à fonder la monarchie Italienne, cette même puissance acquerrait des avantages considérables, une alliance fructueuse,

et la prospérité la plus durable, parce que, dans la situation de l'Europe à l'époque où nous écrivons, il n'y a pas de moyen plus certain de rétablir l'équilibre, rompu par les. . révolutions du Midi et par les acquisitions de territoire et les progrès des arts de la guerre et de la paix dans les états du Nord.

Cette fois les Français, les barbares de l'Occident, étaient appelés et attendus en Lombardie comme des libérateurs; depuis la reprise des hostilités, la fermentation s'était accrue ; le vainqueur de Rivoli, le fondateur de la république cisalpine, était annoncé par une foule d'émigrés italiens que le système de rigueur des nouveaux conquérans avait forcé de chercher un asile en France. Bonaparte avait formé une légion de ces républicains déjà aguerris dans sa première expédition, et dont il devait bientôt faire de nouveaux sujets ou plutôt une nouvelle armée.

A l'époque du passage du Rhin l'armée de Moreau, le 25 avril, le plan des premières opérations de l'armée de réserve

par

n'était point encore arrêté. Le premier Consul pressait le général en chef Berthier de commencer son mouvement et de se porter sur Genève, qui devait être le centre de sa base d'opérations; il lui disait dans sa dépêche du 2 floréal ( 22 avril) : « J'ima» gine, d'après ce que l'on m'écrit de diffé» rens départemens, que vers le milieu de » floréal vos quatorze demi-brigades seront » recrutées et complétées, ce qui vous fera » une quarantaine de mille hommes, et s'il », est vrai que vous ayez 5,000 Italiens » 8,000 hommes des dépôts de l'armée d'O» rient, 5,000 de cavalerie et 2,000 d'artil» lerie, cela vous ferait 60,000 hommes : » qui est-ce qui vous empêcherait même, » dans le cas où le général Moreau ne pour» rait pas vous fournir de grands secours, » d'agir indépendamment ?

» Le général Thureau, qui est à Briançon, » pourrait aussi déboucher avec 3 ou 4,000 » hommes ».

Deux jours après, 24 avril, en communiquant au général Berthier les nouvelles

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des premiers combats de Masséna , et de sa séparation d'avec le corps de Suchet, il raisonnait dans les diverses suppositions de la manière suivante :

« Que fera donc Masséna ?.... S'il échoue » dans l'entreprise de rétablir les commu» nications, il restera à Gênes tant qu'il » aura des vivres (il en a pour 30 jours), » ou il se portera rapidement sur Acqui , » pour de là gagner les Alpes ; ou il ira » chercher du pain dans le Parmesan ou » tout autre point de PItalie.

» Dans cet état de choses, vous sentez » combien il est nécessaire que l'armée de » réserve domme à plein collier en Italie, » indépendamment des opérations de l'ar>> mée du Rhin.

» Pour cela faire, vous avez deux débou» chés, le Saint-Bernard et le Simplon; vous » pourrez dans ce cas vous renforcer des » troupes que Moreau a laissées dans le Va») lais.

» Par le Saint-Bernard vous vous trou» verez agir beaucoup plus près du lac de

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