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résolu; mais, avant de partir, on voulut compenser la témérité de cette démarche par un acte d'obéissance. La lettre close fut enfin ouverte. Leroi y défendait toute délibération sur les matières ecclésiastiques, sous peine d'encourir son indignation. Nouveau grief, nouvelles clameurs. On arrive à Marly. L'élonnement de la cour fut au comble

la cour. , ,

en voyant ces magistrats se presenter, sans avoir été mandés, dans un lieu consacré aux plaisirs et aux fêtes. Ils furent reçus au milieu des railleries des jeunes courtisans qui s'attendaient à voir réprimer leur audace. Pendant que le premier président négociait pour obtenir une audience du roi, on laissait errer les conseillers pêle-mêle dans de longs corridors. Le duc de Noailles montra seul quelque considération pour un corps dont l'appui n'était jamais à négliger. Ils reçurent enfin la triste réponse que le roi refusait de les voir , leur ordonnait de repartir sur-lechamp , et leur défendait toute réplique. Le cardinal de Fleury, qui venait d'arriver en toute- hâte à Marly sur le bruit de cette étrange démarche, se présenta aux magistrats humiliés, et, sans respect pour leur gravité , il les traita comme des étourdis. Il gronda particulièrement l'abbé Pucelle ,

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mais avec ce Ion d'affection qui fait évanouir la colère. En les congédiant, il ne cessait de répéter : S3n voyage du parlement à Marlj! 6 ciel! lienir trouver le roi à Marlj!

Voilà quel fut le résultat d'une résolution où il n'était entré ni dignité ni sagesse. Il n'y avait plus qu'un moyen de faire cesser le mauvais effet et le ridicule même de ce désagréable voyage , c'était de redoubler de fierté. Après avoir soutenu encore différens NonvtiiM chocs, le parlement menaça la cour de ces- TM»°1 ser ses fonctions. Le cardinal avait bien de la peine à dissimuler la frayeur que lui causait cette menace. Il craignait le désespoir de la capitale lorsqu'elle se verrait privée d'un corps aussi nécessaire à sa splendeur. La multitude était alors fortement agitée. Le genre de frénésie qu'elle manifestait, était bien plus à craindre que les fureurs passagères qu'avait excitées la banqueroute de Law. Les jansénistes avaient mis en œuvre auprès d'elle le ressort le plus puissant, celui de ki superstition. De quoi n'étaient pas capables des hommes assez fanatiques pour voir chaque jour les prétendus miracles qui s'opéraient sur le tombeau du diacre Paris? Une troupe de convulsionnaires pouvait devenir une armée de séditieux. Voilà ce qui

prescrivait au cardinal de Fleury des ménaD.A.ae,. gemcns. Il chargea le chancelier d'Agues

u «« seau de négocier avec les conseillers de la grand'chambre, et de s'assurer qu'ils n'abandonneraient point leurs fonctions.La plupart

— d'entre eux écoutèrent la voix d'un homme

qui les avait si long-temps dirigés. Mais d'Aguesseau était-il donc ouvertement infidèle aux principes qu'il avait professés? Quels étaient ses molifs en accordant au cardinal de Fleury un consentement qu'il avait refusé à Louis XIV? Voici ceux qu'on peut lui supposer : Il était impatient de terminer des troubles qui compromettaienten même temps la religion et le pouvoir du monarque. Les jansénistes devenaient une secte dangereuse dès qu'ils s'aidaient de la crédulité et des transports insensés de la multitude. Le parlement, en prolongeant sa résistance contre la cour, pouvait Ou limiter l'autorité royale de manière à l'enchaîner et à l'avilir, ou forcer le gouvernement à dissoudre ces grands corps de magistrature; et alors l'autorité royale, délivrée de celte puissante et unique

u altait barrière, deviendrait despotique. D'Aguesseau fut faible en voulant êlre conciliateur; il passait à la cour pour être voué au parlement, et la plupart de ses anciens collègues

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le regardaient comme l'homme de la cour. La grand'chambre seule lui restait fidèle.

Les enquêtes crurent qu'il était temps d'accomplir leur menace et de suspendre le cours de la justice ; elles interrompirent leurs audiences; la grand'chambre continua les siennes. Le roi manda le parlement en corps 1732. pour lui réitérer la défense de délibérer sur les affaires ecclésiastiques (a). Chacun des conseillers avait été prévenu que toute réplique serait punie comme un crime d'Etat. Quand le roi eut parlé comme un maître qui veut bien pardonner, mais qui attend une soumission profonde, le premier président parut vouloir commencer un discours. « Taisezvous, lui dit le roi. » L'abbé Pucelle se jette alors aux pieds du monarque , et y pose en silence l'arrêté du parlement. Les courtisans

(a) Un mandement de l'archevêque de Paris (Yintimille) venait d'être condamné par le parlement, comme renfermant des principes trop ultramontains. Le ministère s'était prononcé pour ce prélat, qui se vit en butte à mille plaisanteriestruelles. Les jansénistes qui n'avaient plus le talent de terrasser leurs ennemis par des Lettres provinciales , composaient, répétaient et faisaient circuler des chansons et de sanglantes épigrammes dont le ton était plus licencieux qu'on ne devait l'attendre d'un parti qui se présentait comme le défenseur de la religion. murmurent; le comte de Maurepas , alors l'ennemi des parlemens dont il devint l'appui long-temps après, prend l'arrêté et le déchire en mille morceaux. On se retire. Dans la même nuit, l'abbé Pucelle est enEnUvrmen. levé par deux gardes qui le conduisent à nsaguirtu. son abbaye deCorbigny. Le conseiller Titon, qui s'était exprimé avec violence dans les chambres contre le ministre cardinal, est aussi exilé. Le parlement les réclame , el quatre de leurs collègues subissent la même peine. La cour sévit également contre des avocats, des curés, des docteurs de Sorbonne. Elle met à l'épreuve leur courage , et se contente des plus faibles désaveux. Qui voulait devenir un personnage important, n'avait qu'à se montrer janséniste; qui voulait être comblé des faveurs de la cour, n'avait qu'à renoncer à ce parti. Les avocats, qui se formaient insensiblement en corporation républicaine , se liguent pour laisser désertes les audiences de la grand'chambre. Le peuple couvre de huées les conseillers qui viennent encore siéger; tous les autres s'exaltent , et envoient leur démission. Mais le temps s'écoule , la patience des opposans s'épuise; le peuple se refroidit, les avocats commencent à plier , on entre en négo

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