Imágenes de página
PDF
ePub

enfin, on voyait en lui le surveillant, le rival secret et le juge du premier ministre.

Le duc de Bourbon n'avait, pour éblouir soustrait. le public, que son nom et sa magnificence; mais la pompe qu'il étalait rappelait trop ses liaisons intéressées avec Law, et les souvenirs de la rue Quincanipoix ternissaient l'éclat de Chantilly. On était revenu, après une douloureuse expérience , de l'opinion que ceux-là tussent les plus propres à enrichir l'Etat, qui avaient eu le secret de s'enrichir eux-mêmes. M. le duc ne s'était pas montré moins âpre dans sa haine contre ses parens, que dans sa cupidité; et en cela U faisait regretter le facile régent qui n'avait jamais haï personne. Il possédait plusieurs qualités extérieures; on vantait son adressé dans différens exercices. Il avait de l'aisance et de la noblesse dans la taille; sa figure était belle, quoiqu'il eût eu le malheur d'avoir un œil crevé par l'impru-^ dence du duc de Berry, dans une partie de chasse. Quelque chose de hautain et de dur perçait à travers sa.politesse recherchée. Dans un entretien un peu suivi, il était obligé d'affecter de la légèreté ou de montrer de l'orgueil, pour cacher la stérilité de son .esprit. U avait été Un mauvais mari pour sa

[ocr errors]

première femme (a), morte quelques années lamar^ui.. avant son ministère. La marquise de Prie exercait sur lui un empire absolu; elle fut pour lui ce que le cardinal Dubois avait été pour le régent.

Elle était femme d'un ambassadeur Irancais à Turin; elle joignait à une beauté régulière, cette grâce piquante qui est le charme particulier des dames françaises. Sa taille avait ces contours agréables , cette légèreté, que l'imagination prête aux nymphes de la fable. Habituée à tous les artifices dont une femme perverse fait son étude, elle savait jouer l'étourderie et même l'ingénuité. Comme elle croyait, par sa présence d'esprit, pouvoir se tirer des situations les plus périlleuses, elle se piquait de prendre très-peu de précautions dans les nombreuses infidélités qu'elle faisait à son amant. Elle le rendait ridicule par sa crédulité, ou abject par sa complaisance. Née d'une famille de traitans , où la probité n'était point héréditaire , elle y avait puisé un instinct de cupidité qui fut sa passion dominante. Le cabinet de Londres jugea cette femme digne de sucfa) Marie-Anne de Bourbon-Conti. Elle mourut sans cnfans en 1730.

céder à la pension qu'il payait au cardinal Dubois. Le premier acte du nouveau gouvernement Eiiiamm fut absurde et odieux. Ce fut un edit contre '«"»• les protestans, plus cruel encore que la ré- \12Jj vocation. de ledit de Nantes. On y défendait jusqu'à l'exercice le plus secret de la religion réformée. On arrachait les enfans aux pères pour les faire élever dans la religion catholique. La peine de mort était prononcée contre les pasteurs rebelles, la confiscation des biens contre les relaps. On flétrissait la mémoire de ceux qui mouraient sans avoir reçu les sacremens. On renouvelait enfin tous les genres d'oppression que les ministres de Louis XIV avaient conçus, et que l'horreur publique commençait à faire tomber en désuétude. La marquise de Prie, dont l'impiété égalait celle du cardinal Dubois (a) y sut persuader à son amant qu'elle suivait les grands principes des hommes d'Etat, en commençant une persécution nouvelle. Chacun fut révolté des efforts que le

(a) Lorsqu'en 1725 , année où les pluies perdirent la récolte, on porta en procession la châsse de sainte Geneviève, la marquise de Prie disait : Le. peuple est fou, c'est moi qui fais la pluie et te beau, temps.

vice faisait pour se donner l'apparence du zèle. Cette barbare ineptie fit regretter la tolérance du régent.

«îte'rîÎM«î Le duc d'Orléans avait témoigné plusieurs. <Tér.iiorX" fois à son conseil l'intention de modifier tes

régsnt. - t .

lois de Louis XIV contre les protestans; mais. ft fut contrarié dans ses vues par les protes* tans eux-mêmes , qui, peu de temps après Iîv. mort de Louis XIV (a), eurent l'imprudence' de se faire craindre quand on voulait adoucir leur sort. Leur conduite fut telle alors, qu'ils semblaient dirigés et trompés par leurs propres ennemis. Ils avaient fait des rassemble-* mens armés dans les provinces de la Guyenne et du Languedoc, et s'étaient refusés à l'im-'. pot du dixième. Le régent employa la plus grande modération pour pacifier ces troubles. Il fut secondé par deux hommes pieux et tolérans, d'Aguesseau et te cardinal de' Noailles. La charité qui les inspirait se trouvait d'accord avec ce que la politique indiquait de plus sage: mais on ne put accorder à des rebelles rien au-delà d'un pardon. Depuis, on vit avec étonnement des seigneurs protestans entrer dans les intrigues de la duchesse du Maine. Le régent n'en fut pas plus

(a) En juin 1716.

irrité contre la secte à laquelle ils appartenaient. Au milieu de l'agitation du système, quand tout parlait de banque et de commerce , il pensa plus sérieusement à porter un remède, déjà trop tardif, à la plaie que 1 edit de Louis XIV avait faite à l'industrie francaise. Mais ses conseillers lui firent beaucoup d'objections. Ce qui, sur-tout, empêcha la rentrée des meilleurs manufacturiers et des négocians les plus probes de l'Europe au sein de la France, ce fut l'ambition qu'avait Dubois de parvenir aux dignités de l'Eglise. Mais du moins les protestans vécurent à l'abri de recherches sévères, et le gouvernement le plus indulgent pour le scandale le fut aussi pour les erreurs de la conscience. La rigueur inattendue et tyrannique du duc de Bourbon ne fut louée que dans des harangues mercenaires. Les parlemens enregistrèrent un pareil édit sans faire de remontrances. Le gouvernement anglais ne voulut point troubler, par des réclamations, un acte dont se glorifiait la favorite qui lui vendait les intérêts de la France. La Hollande Uh<>ii«4. eut plus de générosité; cette républi que pour eux, intercéda pour les religionnaires avec tant de force, que le duc de Bourbon fut obligé de donner à son édit des modifications qui

« AnteriorContinuar »