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ne fût entraîné dans la querelle de Philippe V. L'état languissant où il avait laissé la marine, lui inspirait, à l'égard de l'Angleterre , une pusillanimité qui ne s'était déjà que trop montrée au siége de Dantzick; cependant Robert Walpole ne se prévalait pas avec trop d'orgueil des ménagemens de Fleury. Jamais il n'y eut un plus long accord entre les ministres de deux nations rivales. L'un etl'autre aimaient la paix, et peut- être Walpole était-il encore celui qui avait fait les plus grands sacrifices au desir de la Médiation maintenir. Il ne refusa point la médiation du

ie la France;

convention cabinet de Versailles, et une convention lut conclue au Pardo le 14 janvier 1739. Le roi d Espagne s'engageait à payer aux Anglais 95,000 livres sterling pour indemnité des prises faites par les Espagnols. Cet accommodement était humiliant pour l'Espagne, et cependant le peuple Anglais s'en plaignit comme d'une lâche transaction sur les offenses qu'il avait reçues. On l'avait échauffé par les moyens qui agissent le plus sur l'imagination. Un patron de vaisseau, nommé Jenkins, que les Espagnols avaient arrêté, et auquel ils avaient fendu le nez et coupé les oreilles, fut conduit à la chambre des communes. Il y fit le récit de toutes les

circonstances de son malheur, et ajouta ces mots : Quand on m'eut ainsi mutilé, je recommandai mon dme à Dieu et ma vengeance à ma patrie. L'orage éclata contre Walpole. Il se vit abandonné de plusieurs de ses partisans salariés. L'accommodement Eiu «i

. T. rejeter du

qu'il avait conclu fut rejeté avec indigna- £ation. Telle était cependant sa dextérité dans les intrigues parlementaires , que, divisant avec art les chefs de l'opposition, il parvint à contenir son puissant rival, le lord Carteret, et resta encore dans le ministère pendant près de trois ans. Deux expéditions qu'il entreprit, l'une confiée à l'amiral Vernon, et qui avait pour objet de ravager ou; de conquérir les possessions espagnoles dans le nouveau monde; l'autre, confiée à l'amiral Anson, et qui lit la gloire de ce hardi navigateur, engagèrent une guerre maritime, dont les fléaux vinrent correspondre à ceux de la guerre continentale, qui bientôt après embrasa toute l'Europe. Walpole paraissait craindre l'intervention de la France autant que Fleury craignait la colère du gou- . vernement anglais. L'intelligence de ces deux ministres ne fut pas rompue; mais la chute du premier décela combien le second avait été imprévoyant en se reposant sur

les dispositions d'un homme , quand il avait une nation ambitieuse à observer. Guerre de Le cardinal de Fleury avait été plus heu

I Autriche et J t

dconVeTtie reux en terminant une lutte sanglante, qui, pendant trois ans, avait tout mis en feu depuis les bords du Danube et du Dnieper jusqu'à ceux de l'iudus; qui avait humilié et appauvri l'Autriche; éteudu, non les frontières, mais la gloire et l'influence de la Russie; rendu aux armes ottomanes un éclat momentané; élevé la Perse et désolé l'Inde. Voici quelle en avait été l'origine.

Affaires ae A près un demi-siècle de guerres civiles

Perse, Tha- ., , < . .,.

mas-Kouii- et de guerres étrangères, qui avaient rempli

,-3g la Perse de meurtres, de trahisons et de

ruines, le terrible Thamas-Rouli-Kan (a)

(a) Thamas-Kouli-Kan fut connu d'abord sous le nom de Nadir ; il était de l'une des familles puissantes qui, depuis un demi-siècle, agitaient la Perse par des révoltes et des dissensions continuelles. Un de ses oncles avait usurpé sur lui dans sa jeunesse un gouvernement auquel Nadirprétendait avoir un droit héréditaire; il s'enfuit et médita pendant près de vingt ans sa vengeance; il alla demander du service à différens gouverneurs des provinces de la Perse. Chacun de ceux-ci travaillait à se rendre indépendant de l'autorité du sophi, et le plus souvent y réussisait. Cet empire était dans la situation où la France avait été sous les derniers descendans de avait usurpé le trône d'un princefaibledontil s'était long-tems montré l'unique défenseur.

Charlemagne. Les tribus de Tartares les plus voisines, profitaient de ces divisions. Nadir, devenu chef d'un corps de cavalerie , se distingua en repoussant leurs incursions; mais il n'obtint pas de ses victoires le salaire auquel il pouvait prétendre. Comme il ne cessait de le réclamer avec hauteur, on lui fit donner la bastonnade. Nadir, furieux , se mit à la tête d'un parti de brigands et vint dévaster sa patrie. Il entra dans le Korasan , province dans laquelle il avait vu le jour et qui était soumise au gouvernement de son oncle. Ne se croyant pas en état de l'opprimer par la force, il eut recours à la perfidie : il feignit de se réconcilier avec son oncle, convint avec lui d'une entrevue, se rendit maître de la place où elle devait avoir lieu, et le tua de sa propre main. Thamas, qui régnait alors, loin d'être irrité de l'attentat de Nadir , le remercia de l'avoir délivré de l'un de ses ennemis les plus dangereux. Deux ou trois provinces restaient à peine à Thamas, lorsqu'il mit Nadir à la tête de ses armées. Celui-ci vainquit successivement les Aghuans, les Tartares Usbecks et les Turcs qui avaient envahi la Perse sur tous les points. Thamas ne mit point de bornes à sa reconnaissance , il voulut que Nadir fût appelé Thamas Rouli ( l'esclave de Thamas ) et qu'on y ajoutât le mot Kan, qui signifie seigneur; mais il eut bientôt à se repentir d'avoir confié ses armées, son palais et sa personne à un chef de brigands. Kouli-Kan excita une révolte contre son maître, La Perse avait repris sous lui cette vigueur surabondante , qui est souvent le fruit des plus cruelles dissensions. Formidable à tous ses voisins, c'était surtout la Turquie qu'il paraissait vouloir renverser. Ses succès avaient prouvé que cet empire était aussi vulnérable en Asie qu'en Europe même. Les Russes s'en étaient réjouis. Thamas les invitait à fondre sur un Etat dont le prochain contre 1. démembrement était préditpar tous les poli

Porte-Otto- . . t f , *■

tiques. La czarine Anne, excitée par le comte de Munnich et par plusieurs autres étrangers dont les talents illustraient son règne , résolut de réparer, par une guerre contre les Turcs , les seules disgrâces militaires qu'eût éprouvées Pierre-le-Grand, et dont

mane.

l'arrêta et le déposa ; bientôt après il le fît mourir et plaça sur le trône son fils au berceau. Les victoires qu'il remporta pendant la minorité du jeune prince , et surtout celle d'Erivan , où les Turcs perdirent, dit-on , plus de 5o,ooo hommes, accrurent son audace. Il se fit déférer la couronne par ses troupes , et les conduisit à une nouvelle entreprise; ce fut celle de PIndostan, dont on résume dans cette histoire les principaux événemens. Thamas Kouli— Kan fut massacré en 1747 dans son palais, à la «uite d'une conspiration conduite par un neveu de Thamas , qui remonta sur le- trône de ses ancêtres. ,.

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