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P H (E N I X.

Je le croyois.

Andromaque, à Cèphìfi

Tu vois le pouvoir de mes yeux, i) Pyrrhus. Que dit-elle, Phœnix?

Andromaque.

Hélas ! tout m'abandonne! Phœnix. Allons, Seigneur, marchons sur les pas d'Hermione.

C É P H I S E. Qu'attendez-vous? Rompez ce silence obstiné, i)

Andromaque. II a promis mon fils.

C É P H I S E.

II ne l'a pas donné.

i) Tu vois le pouvoir de mes yeux. ]

Ce vers ne peut échapper à Andromaque que par un mouvement de coquetterie, indigne également de son caractere & de la tragédie.

i) Qu'attende^-vous? Rompes ce silence obstiné. ]

Variante. « Qu'attendez-vous ? Forcez ce silence obstiné ». Andromaque.

Non, non, j'ai beau pleurer; sa mort est résolue.

Pyrrhus.

Daigne-t-elie sur nous tourner au moins la vue? Quel orgueil!

Andromaque.

Je ne fais que l'irriter encor.

Sortons.

Pyrrhus.

Allons aux Grecs livrer le fils d'Hector, i)

ANDROMAQUE,yè jettant aux pieds de Pyrrhus.

Ah , Seigneur, arrêtez ! Que prétendez-vous faire? Si vous livrez le fils, livrez-leur donc la mere. Vos serments m'ont tantôt juré tant d'amitié; Dieux ! ne pourrai-je aumoins toucher votre pitié ?i)

i) Allons aux Grecs livrer le fils d'Heilor. ]

Ce vers n'est qu'une feinte de la part de Pyrrhus, mais elle est à la fois petite & cruelle; elle dégrade le caractere de Pyrrhus, qui ne doit pas , de sang-froid, insulter au malheur d'Andromaque.

2) Vos serments m'ont tantôt juré tant d'amitié;
Dieux ! ne pourrai-je au moins toucher votre pitié ? ]

On lisoit d'abord:

«Vos serments m'ont tantôt juré tant d'amitié;
» Dieu ! n'en reste-t-il pas du moins quelque pitié »?

Sans Sans espoir de pardon, m'avez-vous condamnée? i)

Pyrrhus. Phœnix vous le dira; ma parole est donnée. 2)

Andromaque. Vous qui braviez, pour moi, tant de périls divers?

Pyrrhus. J'étois aveugle alors, mes yeux se sont ouverts. Sa grace à vos deíìrs pouvoit être accordée; Mais vous ne Pavez pas seulement demandée. C'en est fait.

Andromaque.

Ah, Seigneur! vous entendiez assez Des soupirs qui craignoient de se voir repoussés. Pardonnez, à l'éclat d'une illustre fortune, 3)

i) Sans espoir de pardon , mave^-vous condamnée ? ]

M. labbé d'Olivet trouve que cette phrase est louche,

en difant que cet espoir de pardon regarde Andromaque; &

que vous m'ave{ condamnée regarde Pyrrhus. Nous pensons

que c'est par ce mélange heureux de tours hardis que Racine

a pu rendre notre langue poétique, a)Pkotnix vous le dira; ma parole est donnée.'] Le premier hémistiche est un peu trop familier, il tient

trop de la converfation. Racine, à force d'être naturel,

tombe quelquefois dans ce défaut..

3) Pardonne^, à l'éclat d'une illustre fortune, &c. ] Quels vers enchanteurs ! quelle harmonie I & en même

temps quelle noblesse!

Tome II, G

Ce reste de fierté qui craint d'être importune. Vous ne l'ignorez pas : Andromaque , sans vous, N'auroit jamais d'un maître embrassé les genoux, i)

Pyrrhus.

Non, vous me haïssez; & dans le fond del'ame,
Vous craignez de devoir quelque chose à ma flamme.
Ce fils même, ce fils , l'objet de tant de soins,
Si je l'avois sauvé, vous l'en aimeriez moins.
La haine, le mépris, contre moi tout s'assemble;
Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble.
Jouissez à loisir d'un si noble courroux.
Allons, Phcenix.

Andromaque.

Allons rejoindre mon époux.

C á P H i s E.

Madame ......

l) * Andromaque , sans vous,

N'auroit jamais d'un maître embrajfé les genoux. ]

Situation touchante, imaginée par Euripide, & copiée depuis par Séneque:

Je tombe à vos pieds, dit Andromaque à Ulysse , je les . presse avec mes mains, ce que je n'ai jamais sait pour personne.

Troade , aSle 111. scene I.

Racine est ici supérieur à ces deux poètes, en ce qu'U relevé cette situation par la maniére noble & naturelle dont elle est rendue.

Andromaque, à Cèphìfi

Et que veux-tu que je lui dise encore? Auteur de tous mes maux, crois-tu qu'il les ignore?

(<z Pyrrhus.} Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez. J'ai vu mon pere mort, & nos murs embrasés : i) J'ai vu trancher les jours de ma famille entiere , Et mon époux sanglant, traîné sur la poussiere;

Son fils , seul avec moi, réservé pour les fers.

Mais que ne peut un fils ! Je respire, je sers.

J'aî fait plus : je me suis quelquefois consolée

Qu'ici, plutôt qu'ailleurs, le sort m'eût exilée; i)

i) Tai vu mon pere mort, & nos murs embrasés : &c. ] Tableau dont on trouve encore l'esquisse dans Séneque

qui lui-même l'avoit emprunté d'Euripide ou de Virgile:

J'ai vu , dit Mégare , des fils qui devoient un jour venger la mon de leur pere , périr sous le glaive meurtrier d'un barbare, & le dernier rejetton du sang de Cadmus entrer avec eux dans la nuit du tombeau. Hercule furieux, aSe II. scene i.

Andromaque semble faire entendre que son pere a été tué par Pyrrhus ; c'est une adresse du poëte , pour rendre moins praticable l'hymen de cette princesse avec son vainqueur.

2) Je me suis quelquesois consolée
Qu'ici, plutôt qu'ailleurs , le sort m'eût exilée. ]

Avec quel art, & pourtant avec quelle noblesse Andromaque s'efforce d'attendrir son maître ! Elle a trouvé le secret de flatter Pyrrhus fans bassesse, & fans trahir son époux, II n'y eut que Racine qui fût capable de ces finesses.

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