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Comptez depuis quel temps votre hymen se prépare.

U a parlé, Madame, 8c Pyrrhus se déclare.

H E R m I O N E,

Tu crois que Pyrrhus craint? Et que craint-ilencor?
Des peuples qui, dix ans , ont fui devant Hector j
Qui, cent fois, effrayés de l'absence d'Achille ,
Dans leurs vaisseaux brûlants ont cherché leur asyle j
Et qu'on verroit encor, fans l'appui de son fils ,
Redemander Hélene aux Troyens impunis?
Non, Cléone, il n'est point ennemi de lui-même i
II veut tout ce qu'il fait; & s'il m'épouse, il m'aime.
Mais qu'Oreste , à son gré, m'impute ses douleurs ~9
N'avons-nous d'entretien que celui de ses pleurs?
Pyrrhus revient à nous ; hé bien, chere Cléone ,
Conçois-tu les transports de l'heureuse Hermione?
Sçais-tu quel est Pyrrhus? T'es-tu fait raconter i)
Le nombre des exploits ?... Mais qui les peut compter I

i) Tes-tu sait raconter

Le nombre des exploits?Mais qui les peut compter ! ]

Quoique cette réticence ne fasse pas un grand effet, elle n'est pas ici repréhensible; nous croyons cependant devoir remarquer qu'on hasarde trop cette figure dans nos tragédies modernes, où souvent elle n'est rien moins qu'une beauté. Elle doit être nécessaire , & non amenée par la contrainte du vers ou la gêne de la rime. Virgile en a usé modérément , & ces figures font toujours chez lui très-bien placées. On connoît le Quos ego.... Racine lui-même en a fait de-fort Intrépide, & par-tout suivi de la victoire, Charmant, fidele: enfin rien ne manque à sa gloire. Songe

C l É O N E.

Dissimulez. Votre rivale en pleurs Vient à vos pieds, sans doute, apporter ses douleurs.

Hermione.

Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon ame? Sortons. Que lui dirois-je?

S CENE IV.

ANDROMAQUE, HERMIONE, CLÉONE, CÉPHISE,

Andromaque.

O ù fuyez-vous,. Madame? N'est-ce pas à vos yeux un spectacle assez doux, Que la veuve d'Hector pleurant à vos genoux? Je ne viens point ici, par de jalouses larmes, Vous envier un cœur qui se rend à vos charmes.

belles , entr'autres celle où Monime dit à Mithridate, en parlant de Xipharès:

Nous nous aimions . .. Seigneur, vous change^ de visage. ,

Acte IV. scene v.

Par une main cruelle, hélas ! j'ai vu percer
Le seul où mes regards prétendoient s'adresser. i}
Ma flamme par Hector fut jadis allumée ;.
Avec lui dans la tombe elle s'est enfermée. 2.)
Mais il me reste un fils. Vous sçaurez quelque jour,
Madame, pour un fils jusqu'où va notre amour: 3)

1) Par une main cruelle, hilas ! j'ai vu percer Le seul mes regards prétendoient s'adreffer. ) Variante. J> Par les mains de son pere , hélas ! j'ai vu percer » Le seul où mes regards prétendoient s'adreíïèr ». Ces vers font très-beaux par le sentiment qui y regne, mais ils pechent par l'expreflion. Que signifie un cœur ou des regards prétendent s'adreffer?

2.) Ma flamme par Hetíor fut jadis allumée } Avec lui dans la tombe elle s'ejl enfermée. ] Ces vers sont imités de Virgile:

Ille meos, primus qui me sibi junxit, amores Abstulit, ille habeat sceum , scrvetque scpulchro. Le premier à qui mon fort fut uni a emporté mes amours dans le tombeau, quelles y restent enfermées avec lui, & qu'il les y conserve à jamais. Liv. IV. vers 28 , traduction de l'abbi Desfontaines. Mais l'imitation est élégante , facile , naturelle ; personne n'a eu, comme Racine , le talent de traduire, ou plutôt de s'approprier les idées d'autrui.

3) Mais il me reste un fils. Vous fçaure^ quelque jour,

Madame, pour un fils jusqu'où va notre amour. ] Ces vers font une efpece d'imitation des Trachiniennes de Sophocle; Déjanire répond aux jeunes Trachiniennes:

Maïs vous ne sçaurez pas, du moins je le souhaite,
En quel trouble mortel son intérêt nous jette,
Lorsque de tant de biens, qui pouvoient nous flatter,
C'est le seul qui nous reste, & qu'on veut nous l'ôter.
Hélas ! lorsque, lassés de dix ans de misere,
Les Troyens en courroux menaçoient votre mere,
J'ai sçu de mon Hector lui procurer l'appui;
Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j'ai pu sur lui.
Que craint-on d'un enfant qui survit à sa perte?
Laissez-moi le cacher en quelque ifle déserte.
Sur les soins de sa mere on peut s'en assurer.
Et mon fils, avec moi, n'apprendra qu'à pleurer,

Hermione.

Je conçois vos douleurs : mais un devoir austere ,
Quand mon pere a parlé , m'ordonne de me taire.
C'est lui qui de Pyrrhus fait agir le courroux.
S'il faut fléchir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous?
Vos yeux assez long-temps ont régné sur son ame.
Faites-le prononcer, j'y souscrirai, Madame.

Vous ignore^ les chagrins que traîne après soi l'hyménée. Votre âge ne vous permet pas encore de les connoître; mais vous sçaure^ un jour, par votre propre expérience , les allarmes qu'excitent dans le cœur d'une tendre épouse l'absence d'un mari quelle aime, á, la crainte de perdre des ensants chéris.

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SCENE V.
ANDROMAQUE, C É P H I S E.

Andromaque.
u E l mépris la cruelle attache à ses refus î

C É P H I S E.

Je croirois ses conseils, & je verrois Pyrrhus. Un regard confondroit Hermione & la Grece Mais lui-même il vous cherche.

SCENE VI.

PYRRHUS, ANDROMAQUE,
PHCENIX, CÉPHISE.

Pyrrhus, à Phœnix.

C3ù dope est la princesse? i) Ne m'avois-tu pas dit qu'elle étoit en ces lieux?

i) donc est la princesse?]

La princejse est Hermione. Pyrrhus feint de chercher la

fille d'Hélene, quoiqu'il voie Andromaque. Cette feinte

appartient à la comédie.

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