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Que la gloire à la fin ramene sous ses loix,
Qui triomphe de Troye une seconde fois.

Pyrrhus.

Dis plutôt qu'aujourd'hui commence ma victoire.
D'aujourd'hui seulement je jouis de ma gloire;
Et mon cœur, aussi fier que ru l'as vu soumis,
Croit avoir en l'amour vaincu mille ennemis, i)
Considere, Phœnix , les troubles que j'évite,
Quelle foide de maux l'amour traîne à fa suite,
Que d'amis , de devoirs j'allois facrifier,

Quels périls! Un regard m'eût tout fait oublier.

Tous les Grecs conjurés fondoient sur un rebelle. Je trouvois du plaisir à me perdre pour elle.

Phœnix.

Oui, je bénis , Seigneur, l'heureuse cruauté
Qui vous rend

Pyrrhus.
Tu l'as vu : comme elle m'a traité!
Je pensois, en voyant fa tendresse allarmée ,
Que son fils me la dût renvoyer défarmée.

i) Et mon cœur , aujsi fier que tu Vas vu fournis, Croit avoir en Vamour vaincu mille ennemis. ]

Un cœur aujjì fier qu'on l'a vu soumis, qui croit avoir vaincu mille ennemis clans Vamour, offre plutôt en cet endroit une subtilité qu'un sentiment.

J'allois voir le succès de ses embrassements;
Je n'ai trouvé que pleurs mêlés d'emportements.
Sa misere l'aigrit;. & , toujours plus farouche ,
Cent fois le nom d'Hector est sorti de sa bouche.
Vainement à son fils j'assùrois mon secours:
C'est Hector , disoit-elle, en l'embrassant toujours;
Voilà ses yeux, sa bouche , & déjà son audace i i)
C'est lui-même, c'est toi, cher époux, que j'embrasse.
Et quelle est sa pensée? Attend-elle en ce jour,
Que je lui laisse un fils pour nourrir son amour?

P H ΠN I X.

Sans doute, c'est le prix que vous gardoit l'ingrate, Mais laissez la, Seigneur.

Pyrrhus.

Je vois ce qui la flatte. Sa beauté la rassure; &, malgré mon .courroux, L'orgueilleuse m'attend encore à ses genoux.

i) C'est HeSlor, disoit-elle, en l ' embrassant toujours; Voilà ses yeux , su bouche , & déjà son audace, &c. ] Vers imités de Virgile:

O mihi sola mei super yífiyanailis imago!
Sic oculos , fie ille manus, fie ora ferebat.

On trouve la même imitation dans Pradon; mais pour faire juger de la façon dont elle est rendue, nous ne citerons que ce vers:

Je voyois . ..

Mon Hector tout entier éclater sur son front.

Je la verrois aux miens, Phœnix, d'un œil tranquille. Elle est veuve d'Hector, & je suis fils d'Achille. Trop de haine sépare Andromaque &c Pyrrhus.

Phœnix. Commencez donc, Seigneur, à ne m'en parler plus. Allez voir Hermione; &, content de lui plaire , Oubliez , à ses pieds , jusqu'à votre colere. Vous-même à cet hymen venez la disposer. Est-ce sur un rival qu'il s'en faut reposer? II ne l'aime que trop, i)

Pyrrhus.

Crois-tu, si je l'épouse , Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse?

Phœnix. Quoi ! toujours Andromaque occupe votre esprit? Que vous importe, ô Dieux ! sa joie ou son dépit? Quel charme , malgré vous, vers elle vous attire?

Pyrrhus. Non, je n'ai pas bien dit tout ce qu'il faut lui dire.

i) II ne l'aime que trop. ]

Voilà, selon nous, un trait de génie. Pyrrhus, rebuté par les rigueurs d'Andromaque, se détermine à épouser Hermione. Son confident soupçonne qu'Oreste en est aimé. Pyrrhus ne l'écoute point, il ne voit qu'Andromnque , il •n'est occupé que de l'impreslion que peut faire fur elle son mariage avec Hermione,

Ma colere, à ses yeux, n'a paru qu'à demi.
Elle ignore à quel point je suis son ennemi.
Retournons-y. Je veux la braver à sa vue ,
Et donner à ma haine une libre étendue.
Viens voir tous ses attraits, Phœnix, humiliés.
Allons.

Phœnix.

Allez , Seigneur, vous jetter à ses pieds. Allez, en lui jurant que votre ame l'adore , A de nouveaux mépris l'encourager encore.

Pyrrhus.

Je le vois bien, tu crois que , prêt à l'excuser , Mon cœur court après elle, & cherche à s'appaiser.

Phœnix. Vous aimez, c'est assez.

Pyrrhus.

Moi l'aimer? Une ingrate Qui me hait d'autant plus que mon amour la flatte. Sans parents, sans amis , sans espoir que sur moi;

Je puis perdre son fils, peut-être je le dois

Étrangere ... que dis-je? esclave dans l'Épire,
Je lui donne son fils , mon ame , mon empire;
Et je ne puis gagner, dans son perfide cœur,
D'autre rang que celui de son persécuteur?
Non, non, je l'ai juré; ma vengeance est certaine.
II faut bien une fois justifier sa haine.

Pabandonne son fils. Que de pleurs vont couler! De quel nom fa douleur me va-t-elle appeller? Quel spectacle pour elle aujourd'hui se dispose!.... Elle en mourra, Phœnix , & j'en serai la cause; C'est lui mettre moi-même un poignard dans le sein.

Phœnix.

Et pourquoi donc en faire éclater le dessein?
Que ne consultiez-vous tantôt votre foiblesse?

Pyrrhus.

Je t'entends. Mais excuse un reste de tendresse. Crains-tu pour ma colere un fi foible combat? i) D'un amour qui s'éteint c'est le dernier éclat.

i) Crains-tu pour ma colere un fi foible combat ? &c. ] Nous remarquerons que cette scene est le pendant de la premiere de cet acte. Hermione montre à fa confidente les mêmes sentiments que Pyrrhus fait voir à Phœnix. Nous allons les rapprocher.

Hermione a dit:
» Si je le hais, Cléone ! il y va de ma gloire.

& P Y R R H u s dit:
» Moi, l'aimer? Une ingrate ,

» Qui me hait d'autant plus que mon amour la flatte.

Hermione. » Ah ! laisse à ma fureur le temps de croître encore. » Contre mon ennemi laisse-moi m'assurer.

Pyrrhus. » Non , je n'ai pas bien dit tout ce qu'il faut lui dire.

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