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préférence sur Hermionc , dont les hauteurs l'avoient rebuté. Ce prince étoit allé à Delphes pour fléchir Apollon qu'il avoit offensé, en lui demandant raison du meurtre de son pere. Hermione profita de cette absence pour chercher à perdre sa rivale. Andromaque, pour éviter la fureur de cette princefle , se re^ fugie dans le temple de Thétis. C'est là qu'elle gémit fur ses malheurs pafles & fur ceux qu'elle craint.. Hermione, pleine d'orgueil, d'emportement ôc de jalousie , vient lui annoncer une mort prochaine ; elle l'infulte fur son mariage avec Pyrrhus; elle lui reproche d'avoir osé entrer dans le lit du meurtrier de son époux Hector Sc de son fils Astyanax; elle l'accufe d'avoir employé des philtres pour enchaîner Pyrrhus. Dans ce même moment Ménélas, qui a découvert Molossus.%i le vient présenter à fa mere &c la menace de l'égorger en fa présence , si elle ne fort de cet asyle. Andromaque ayant fait inutilement tous ses efforts pour le fléchir, se résout à sacrifier sa vie pour sauver celle de son fils. Pour trouver l'action de Ménélas

moins odieuse qu'elle ne le paroît, il faut íè transporter dans le siecle & chez les peuples pour lesquels Euripide écrivoit. Athenes étoit en guerre avec Lacédémone , c'étoit le trait d'une politique aíïez fine' d'indisposer contre Sparte ceux des peuples de la Grèce qui avoient pour souverains les descendants de ce même MoloíTùs , persécuté si cruellement par ce même Ménélas. Pendant que ce roi fait traîner au supplice & la m ere ëc Pensant, Pélée , ayeul de Pyrrhus, arrive & s'oppose à cette barbarie. II s'éleve entre lui Ôc Ménélas une dispute aíTez vive, qui dégénere bientôt en injures groffieres. Ménélas , qui n'a aucune autorité dans l'Epire, est: obligé de céder à Pélée , qui délivre Andromaque. Le roi de Sparte se retire, mais en menaçant de venir bientôt, à la tête d'une puissante armée, demander raison à Pyrrhus des affronts faits à fa fille. Hermione désespérée du départ de son pere, & craignant le retour de Pyrrhus , prend le parti de se donner la mort ; mais elle voit tout à coup arriver Oreste, à qui elle avoit été promise avant

d'épouser le fils d'Achille. Elle implore son secours. Oreste , qui Taime toujours, & qui ne vient en Epire que pour l'enlever, profite de cette circonstance pour la reprendre. Pelée apprend prefqu'en même temps & l'enlevcment d'Hermione & la mort de Pyrrhus, tué dans une sédition qu'Oreste avoit fomentée à Delphes. Son corps est apporté fur le théâtre. Pélée fe livre à l'affliction la plus vive ; mais Thétis vient le consoler, en lui promettant l'im mortalité, 8c en lui prédisant que le jeune Molostus, reste du sang des Eacides, régnera dans laTheflalie, & aura une longue fuite de descendants. Telle est la piece d'Euripide. Ce poëte, plus voifin que nous des événements qu'il repréfentoit, n'étoit pas le maître , comme Racine, de rien changer à des incidents connus.

A MADAME*.

Madame,

Ce nesl pas fans sujet que je mets votre illustre nom a la tête de cet ouvrage. Et de quel autre nom pour-' rois-je éblouir les yeux de mes lecteurs , que de celui dont mes spectateurs ont été fi heureusement éblouis? On sçavoit que VOTRE AlTESSE ROYAlE avoit daigné prendre soin de la conduite de ma tragédie; on sçavoit que vous m'avic^ prêté quelques-unes de vos lumieres , pour y ajouter de nouveaux ornements; on

* C'étoit Henriette-Anne d'Angleterre , premiere femme de Monsieur, frere unique de Louis XIV, morte à Saint-Cloud le 30 juin 16yo presque subitement, 6* en disant qu'elle e'toit empoisonnée. Mémoires pour servir à Fhist. nouv. de l'Europe depuis i600, par le pere d'Avrigni, jésuite, tom. III.

sçavoit enfin que vous l'avie^ honorée de quelques larmes dès la premiere lecture que je vous en fis. Pardonnezmoi , M A DA ME,fi f ose me vanter de cet heureux commencement de fia. defiinée. II me console bien glorieusement de la dureté de ceux qui ne voudroient pas s'en laisser toucher. Je leur permets de condamner f Andromaque tant qu'ils voudront , pourvu qu'il me soit permis d'appeller de toufes les subtilités de leur esprit au cœur de Votre Altesse Royale.

Mais, MADAME, ce n est pas seulement du cœur que vous juge^ de la bonté d'un ouvrage, ces avec une intelligence qu aucune fausse lueur ne sçauroit tromper. Pouvons-nous mettre fur la scene une ìùfioire que vous ne poffédie^ aussi bien que nous? Pouvons-nous faire jouer une intrigue, - dont vous ne pénétriez tous les ressorts? Et pouvons-nous concevoir des sentiments fi nobles & fi délicats qui ne soient infiniment au dessous de la noblesse & de la délicatesse de vos pensées?

On fiait , MADAME, & VOTRE AlTESSE ROYAlE a beau s'en cacher, que dans ce haut degré de gloire la nature & la fortune ont pris plaisir de vous élever , vous ne dédaigne^ pas cette gloire obscure que les gens de lettres s'étoient réservée. Et il semble que

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