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Les droits de mes aïeux, que Rome a consacrés,
Étoient même , sans moi, d'inutiles degrés.
Quand de Britannicus la mere condamnée,
Laissa de Claudius disputer l'hyménée ; i)
Parmi tant de beautés qui briguerent son choix,
Qui de ses affranchis mendierent les voix,
Je souhaitai son lit, dans la seule pensée
De vous laisser au trône où je serois placée.

toute fa force, c'est ici que son rôle est le plus intéressant: car ce personnage est assez inutile à la piece. Qu'importe au spectateur qui s'intéresse à Junie & à Britannicus, qu'A~ grippine ait le premier crédit auprés de Néron? Mais Racine a si bien sçu lier ce personnage à l'action, la fierté de cette femme est peinte avec des couleurs si vraies & fr énergiques, qu'on ne pourroit, fans regret, supprimer tout ce qu'elle dit. D'ailleurs c'est la peinture de la cour de Néron que Pauteur a voulu faire, & il étoit naturel que la mere de Néron, cette femme si artificieuse & si cruelle , y jouât un rôle.

i) Quand de Britannicus la mere condamnée ,

Laiffa de Claudius disputer l'hyménée, &c. ]. Tacite commence ainsi le douzieme livre de ses Annales: Cade Meffalintz convulsa principis domus, orto apud libertos certamine , quis deligeret uxorem Claudio ... Nec minore ambitu sœmìnce exarferant, fitam quccquc nobilitatem, sormam, opes, contendere, ac digna tanto matrìmonio oflentare. Sed maxime ambigebatur inter Lolliam Paulinam ... &-Juliam Agrippinam Germanico genitam. JJuic Pallas, illi Catliflus sautores aderant... At sElia Petina è familiá Tuberonum, Narciffb sovebatur.

Je fléchis mon orgueil; j'allai prier Pallas. i);

Son maître, chaque jour caressé dans mes bras ,

Prit insensiblement, dans les yeux de sa niece,

L'amour où je voulois amener sa tendresse.

Mais ce lien du sang qui nous joignoit tous deux,

Éçartoit Claudius d'un Ht incestueux: i)

II n'osoit épouser la. fille de son frere.

Le sénat fut séduit. Une loi moins sévere

Mit Claude dans mon lit, & Rome à mes genoux.

C'étoit beaucoup pour moi, ce n'étoitrienpourvous.

Je vous fis , sur mes pas, entrer dans sa famille;

ì)Je fléchis mon orgueil ; j'allai prier Pallas , &c.} Ceci est conforme au récit de Tacite & de Suétone: Agrippine , dans les sréquentes visites qu'elh rendit à Claude,

sçutsi bien s'emparer de son esprit, qu'il la préféra à ses rivales.

Sans avoir le titre de son épouse, elle en eut bientôt tous les

droits. Annal, liv. XII. Suétone, liv. V. 3.6.

2) Mais ce lien du sang qui nous joignoit tous deux, Écartoh Claudius d'un lit incestueux , &c. ]

Ce fut, au rapport de Tacite , sous le consulat de C. Pompée & de Q. Veranius , que Claude épousa Agrippine. Un amour- illicite serroit depuis long-temps les nœuds de ce mariage; ils n'osoient cependant ni l'un ni l'autre en faire la cérémonie publique , l'histoire de Rome n'offrant aucun exemple d'une niece qui eût épousé son oncle. Annales , liv. XII. Le sénat, à la sollicitation de L.\Vitellius, publia un décret qui permit depuis ces sortes d'unions.

Je vous nommai son gendre, & vous donnai sa fille. i)
Silanus, qui l'aimoit, s'en vit abandonné,
Et marqua, de son fang, ce jour infortuné, 2)
Ce n'étoit rien encore. Eusliez-vous pu prétendre 3)
Qu'un jour Claude à son fils dût préférer son gendre?

1) C'ètoìt beaucoup pour moi, ce n'étoit rien pour vous.
Je vous fis , fur mes pas , entrer dans fa famille;

Je vous nommai son gendre, & vous donnai fa fille. ] Dès qu'Agrippine, dit Tacite, fut assûrée de son mariage avec Claude, elle projetta de maries" son fils Domitius avec Octavie, fille de Céfar; mariage qu'on ne pouvoit consommer fans crime, Octavie ayant été fiancée avec Silanus. Annal, liv. XII.

2) Silanus, qui l'aimoit, s'en vit abandonné, Et marqua de son sang ce jour infortuné.]

Le jour qu'Agrippine époufa Claude, Silanus sè donna îa mort; soit qu'il pensât, dit Tacite , pouvoir prolonger jusques-là la durée de ses jours, ou qu'il se sût flatté de rendre plus odieuse la célébration de ce mariage. Annal, liv. XII^

3) Ce n'étoit rien encore. EuJJìe^-vous pu prétendre , &c. } Tout ce morceau est de la main d'un grand maître, touí

y est vu en grand, tout est noble fans être gigantesque : il semble que Racine ait voulu lutter ici contre le discours, de Cléopâtre dans la tragédie de Rodogune par Corneille £ mais, comme le dit M. de Voltaire, la situation de Cléopâtre ejl bien plus frappante que celle d'Agrippine , Vintèrêt ejl plus grand, & la scene bien autrement intéressante. Remarques fur Rodogune , scene m. Racine l'emporte du moins fuir Corneille par le charme de la diction.

B b ÌV

De ce même Pallas j'implorai le secours:
Claude vous adopta, vaincu par ses discours,
Vous appella Néron, & du pouvoir suprême,
Voulut, avant le temps, vous faire part lui-même.
C'est alors i)que chacun, rappellant le passé,
Découvrit mon dessein déjà trop avancé;
Que de Britannicus la disgrace future,
Des amis de son pere excita le murmure.
Mes promesses aux uns éblouirent les yeux;
L'exil me délivra des plus séditieux.
Claude même, lassé de ma plainte éternelle,
Éloigna de son fils tous ceux de qui le zele,
Engagé dès long-temps à suivre son destin,
Pouvoit du trône encor lui r'ouvrir le chemin.

i) C'est alors , &c.

Que de Britannicus la disgrace suture ,

Des amis de son pere excita le murmure , &c. ]

Traduction d'un passage de Tacite: II n'y avoit personne, dit-il, qui sût ajse^ dépourvu de sentiment pour ne pas être affligé de l'insortune de Britannicus. Annal, liv. XII.

Tacite ájoute que Claude punit de mort & d'exil les gouverneurs de son fils les plus distingués par leurs vertus m

éloigna les centurions & les tribuns qui paroiffbient prendre quelque part à sa sortune; on lui ôta toute espece de liaison avec les affranchis dont la fidélité ne s'étoit point démentie. Ce sut Agrippine qui choisit les personnes qui devoient les remplacer. Ibid.

Je fis plus. Je choisis moi-même, dans ma suite,
Ceux à qui je voulois qu'on livrât sa conduite;
J'eus soin de vous nommer, par un contraire choix,
Des gouverneurs que Rome honoroit de sa voix.
Je fus sourde à la brigue, & crus la renommée;
J'appellai de l'exil, je tirai de l'armée
Et ce même Séneque, & ce même Burrhus,
Qui depuis....Rome alors estimoit leurs vertus.
De Claude en même temps, épuisant les richesses,
Ma main, sous votre nom, répandoit ses largesses;
Les spectacles, les dons, invincibles appas;
Vous attiroient les cœurs du peuple & des soldats,
Qui d'ailleurs, réveillant leur tendresse premiere,
Favorisoient en vous Germanicus mon pere.
Cependant Claudius penchoit vers son déclin; i)
Ses yeux, long-temps fermés, s'ouvrirent à la fin.
II connut son erreur. Occupé de sa crainte,
II laissa, pour son fils, échapper quelque plainte;

i) Cependant Claudius penchoit vers fin déclin;

Ses yeux, long-temps sermés, s'ouvrirent à la fin , &c. ]

Suétone prétend que Claude ne put pas s'empêcher de faire connoìtre le regret qu'il avoit d'avoir épousé Agrippine, & adopté Néron. Ce repentir lui coûta la vie.

Au milieu de. ces inquiétudes, dit Tacite , la santé de Claude se dérangea. L'empereur se fit transporter à Sinuesse , pour la rétablir; Agrippine profita de cette occasion pour l'empoisonner. Annal, liv. XII.

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