Imágenes de página
PDF
ePub

Ah ! fi du fils d'Hector la perte étoit jurée,
Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée?
Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'immoler?
Sous tant de morts, sous Troye, il falloit l'accabler; i )
Tout étoit juste alors. La vieillesse & l'enfance i)
En vain , sur leur foibleíTe, appuyoient leur défense.

i) Sous tant de morts , sous Troye, il salloit l'accabler. ] Cette raison paroît un peu soible , elle gâte ce beau morceau , & pour sentir combien il est aisé à Oreste d'y répondre , il ne faut que se rappeller ces quatre vers:

,n J'apprends que, pour ravir son enfant au supplice, j> Andromaque trompa l'ingénieux Ulysse; » Tandis qu'un autre enfant, arraché de vos bras , y Sous le nom de son fils, fut conduit au trépas ».

i) Tout étoit juste alors. La vieillesse & l'ensance, &c]

Imitation de Séneque: aSle II. scene II.

Tduroh , dit Agamemnon , empêché la ruine de Troye , fi la sureur qui nous animoit, & quirritoit encore l'ardeur avec laquelle on repoujfoit nos coups , avoit pu recevoir le moindre. srein. Mais comment user modérément d'une vìtíoire qu'on a remportée dans la nuit ? Les cruautés que nous avons exercées sont le crime de la sortune 6• le triste effet des ténebres. Épargnons maintenant ce qui reste de Troye, notre vengeance doit être satissaite. Je ne permettrai pas, ajoutoit-il, qu'on commette un nouveau crime , & qu'on immole de sang-sroid la fille d'un roi , four appaiser des cendres insensibles; cet attentat retomberoit sur moi. C'est commettre le crime , que de ne pas s'y opposer lorsqu'on m a le pouvoir*

La victoire & la nuit, plus cruelles que nous ,
Nous excitoient au meurtre, & confondoient no!
coups.

Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévere.
Mais que ma cruauté survive à ma colere! i)
Que, malgré la pitié dont je me sens saisir,
Pans le sang d'un enfant je me baigne à loisir í
Non, Seigneur, que les Grecs cherchent quelque
autre proie,

Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troye:
Pe mes inimitiés le cours est achevé;
L'Épire sauvera ce que Troye a sauvé,

O R E S T E,

Seigneur, vous sçavez trop, avec quel artifice,

Un faux Astyanax fut offert au supplice

Où le seul fils d'Hector devoit être conduit;

Ce n'est pas les Troyens., c'est Hector qu'on poursuit.

Oui, les Grecs, sur le fils, persécutent le pere. i)

U a, par trop de sang, acheté leur colere.

i) Mais <pie ma cruauté survive à ma colere ! ]

Quoique ce sentiment de générosité ne soit inspiré à

Pyrrhus que par l'amour qu'il a pour Andromaque, il n'en.

fait pas moins de plaisir,

a) Oui j les Grecs, sur le fils, persécutent le pere, M. l'abbé d'Olivet reprend ce vers; il voudroit qu'il y «ât iar\s le fils t au lieu de sur le fils : il a raison au tribunal

| Ce n'est que dans le sien qu'elle peut expirer; | Et jusques dans l'Épire il les peut attirer. I Prévenez-les.

Pyrrhus. Non, non. J'y consens avec joie. Qu'ils cherchent dans l'Épire une seconde Troye. Qu'ils confondent leur haine, & ne distinguent plus I' Le sang qui les fit vaincre, & celui des vaincus. Aussi bien ce n'est pas la premiere injustice, Dont la Grece, d'Achille a payé le service. Hector en profita, Seigneur; &, quelque jour, i) Son fils en pourroit bien profiter à son tour.

O R E S T E.

Ainsi la Grece, en vous, trouve un enfant rebelle.

Pyrrhus.
Et je n'ai donc vaincu que pour dépendre d'elle?

de la grammaire; mais fi l'on astreint la poésie dans les entraves les plus étroites des regles de la syntaxe, il faut renoncer à écrire en vers:

» Oui, les Grecs, dans le fils , persécutent le pere >» nous choque davantage que:

» Oui y les Grecs, fur le fils, persécutent le pere %

l) HeEior en profita , Seigneur; & * quelque jour. } On lit dans la premiere édition.:

» Hector en profita, Seigneur; &, en ce jour ».

O R E S T E.

Hermione, Seigneur, arrêtera vos coups;
Ses yeux s'opposeront entre son pere & vous.

Pyrrhus.

Hermione, Seigneur, peut m'être toujours chere;
Je puis l'aimer, sans être esclave de son pere;
Et je sçaurai peut-être accorder quelque jour,
Les soins de ma grandeur, & ceux de mon amour.
Vous pouvez cependant voir la fille d'Hélene.
Du sang qui vous unit je sçáis l'étroite chaîne.
Après cela, Seigneur, je ne vous retiens plus;
Et vous pourrez aux Grecs annoncer mon refus.

SCENE III.
PYRRHUS, PHCENIX.

P H ΠN I X.

vous l'envoyez aux pieds de sa maîtresse? i)

l) Ainsi vous l ' envoyes aux pieds de sa maîtresse?] Le caractere de Phoenix est la prévoyance; celui de Pyrrhus, au contraire , est la sécurité : d'ailleurs, les craintes de Phoenix préparent insensiblement les spectateurs aux excès où se portera Oreste. Racine ne sait point de scene inutile; & celle-ci, toute dénuée qu'elle paroìt d'ornernents, est essentielle à i'ensemble de la piece.

Pyrrhus. On dit qu'il a long-temps brûlé pour la princesse.

P H <E N I X.

Mais si ce feu, Seigneur, vient à se rallumer, S'il lui rendoit son cœur, s'il s'en faisoit aimer?

Pyrrhus. Ah, qu'ils s'aiment, Phcenix ! J'y consens. Qu'elle parte.

Que, charmés l'un de l'autre, ils retournent à Sparte; Tous nos ports sont ouverts & pour elle &c pour lui. Qu'elle m'épargneroit de contrainte & d'ennui!

P H <E N I X.

Seigneur

Pyrrhus. Une autre fois je t'ouvrirai mon ame; Andromaque paroît.

SCENE IV. ANDROMAQUE, PYRRHUS, CÉPHISE, P H (E N IX.

Pyrrhus.

M E cherchiez-vous, Madame? i)

i) Me cherchiez-vous, Madame ? ]

Dans presque toutes nos tragédies, dont le sujet est grec ou romain , les acteurs s'appellent Seigneur ou Madame. C'est

« AnteriorContinuar »