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Ah, si je le croyois !... Au nom des Dieux, Madame,
Éclaircissez le trouble où vous jetiez mon ame;
Parlez: ne íuis-je plus dans votre souvenir?
J U N I E.

Retirez-vous, Seigneur, l'empereur va venir.

Britannicus.
Après ce coup, Narcisse, à quoi dois-je m'attendre ? i)

SCENE VIL
NÉRON, JUNIE, NARCISSE.

NÉRON.
M ADAME

J U N I E.

Non, Seigneur, je ne puis rien entendre. 2) Vous êtes obéi. Laissez couler du moins Des larmes dont ses yeux ne seront pas témoins.

i) Après ce coup , Narcisse, à quoi dois-je m'attendre ? ] Cette scene est d'un rare artifice & d'un merveilleux intérêt ; tant qu'elle dure , des trois acteurs qui la composent, deux sont dans un continuel supplice; il ne s'y profere pas un seul mot qui n'ajoute à la crise & à la situation.

2) Non , Seigneur, je ne puis rien entendre. ]

II y a beaucoup d'adresse à ne point laisser Junie en scene avec Néron; cette princesse n'auroit pu qu'éclater en re

SCENE VIII.
NÉRON, NARCISSE.

NÉRON.

bien, de leur amour tu vois la violence, Narcisse; elle a paru jusques dans son silence; Elle aime mon rival, je ne puis l'ignorer. Mais je mettrai ma joie à le désespérer. Je me fais de fa peine une image charmante; Et je l'ai vu douter du cœur de son amante. Je la suis. Mon rival t'attend pour éclater: Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter \ Et, tandis qu'à mes yeux on le pleure , on l'adore, Fais-lui payer bien cher un bonheur qu'il ignore,

Narcisse, fiul.

La fortune t'appelle une seconde fois,,
Narcisse; voudrois-tu résister à fa voix ?^

proches qui n'auroient produit d'autre effet que de démentir son caractere de douceur §c d'honnêteté , & irriter Néron, davantage.

i) Et, tandis qu'à mes yeux on le pleure, on radort,. Fais-lui payer bien- cher un bonheur qu'il ignore.] Ce rafinement de cruauté est digne de, Néron.

Suivons jusques au bout ses ordres favorables; Et, pour nous rendre heureux , perdons les misérables, i)

i) Et, pour nous rendre heureux, perdons les misérables. ] Nous avons toujours remarqué qu'à cet endroit l'acteur, chargé du rôle de Narcisse, ne peut se faire entendre à cause des murmures du spectateur indigné;"c'est qu'on souffre toujours avec peine un homme qui n'est méchant que pour le plaisir de l'ètre. Que Néron amoureux soit cruel, on Je supporte plus aisément, fa passion est une espece d'excuse; mais que Narcisse, dans l'espérance très-incertaine de s'élever, se détermine à faire périr deux infortunés, cela révolte. II est bon d'observer ici avec quel art Racine a sçu lier ses scenes, & avec quelle impatience le spectateur attend l'acte suivant, pour apprendre le parti qu'auront pris Britannieus & Néron.

Fin du second aile.

ACTE I I I. o

SCENE PREMIERE.
NÉRON, BURRHUS.

B U R R H U S.

F,,'
ALlAS obéira, Seigneur.

NÉRON.

Et de quel œil Ma mere a-t-elle vu confondre son orgueil?

i) Racine a supprimé, au commencement de cet acte * une. scene entiere , dont Burrhus & Narcisse étoient les interlocuteurs; ce fut Boileau qui la lui fit retrancher. La voici:

Burrhus.

» Quoi ! Narcisse au palais obsédant l'empereur»,
» Laisse Britanrticus en proie à fa fureur?
» Narcisse qui devroit, d'une amitié sincere ,.
» Sacrifier au. fils tout ce qu'il tient du pere ?•
n Qui devroit, en plaignant avec lui son malheur.,.
«Loin des yeux de César détourner sa douleur?
»Voidez-vous qu'accablé d'horreur, d'inquiétude »
» Pressé du désespoir qui suit la solitude ,

B U R R H U S.

Ne doutez point, Seigneur, que ce coup ne la frappe; Qu'en reproches bientôt sa douleur ne s'échappe. Ses transports dès long-temps commencent d'éclater; A d'inutiles cris puissent-ils s'arrêter!

» II avance fa perte en voulant l'éloigner ,

» Et force l'empereur à ne plus l'épargner?

» Lorsque de Claudius l'impuissante vieillesse

» Laissa de tout l'empire Agrippine maîtresse,

» Qu'instruit du successeur que lui gardoient les dieux,

j> II vit déjà son nom écrit dans tous les yeux,

» Ce prince, à ses bienfaits mesorant votre zele,

» Crut laisser à son fils un gouverneur fidelle,

n Et qui, fans s'ébranler, verroit passer un jour,

n Du côté de Néron, la fortune & la cour.

» Cependant aujourd'hui fur la moindre menace,

» Qui de Britannicus préíage la disgrace,

» Narcisse, qui devoit le quitter le dernier,

» Semble dans le malheur le plonger le premier.

» Céfar vous voit par-tout attendre son passage.

Narcisse. » Avec tout l'univers je viens lui rendre hommage, n Seigneur; c'est le dessein qui m'anjene en ces lieux.

B U R R H U s, » Près de Britannicus vous le servirez mieux. » Craignez-vous que César n'accuse votre absence? » Sa grandeur lui répond de votre obéissance.

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