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Cependant de Néron je vais trouver la mere
Chez Pallas , comme toi, l'affranchi de mon pere.
Je vais la voir , l’aigrir, la suivre ; & , s'il se peut, 1)
M'engager sous fon nom plus loin qu'elle ne veut.

1) Je vais la voir, laigrir, la suivre ; & , s'il se peut ,

Mengager sous fon nom plus loin qu'elle ne veut. ] Ce trait de politique assez fine est-il dans le caractere de Britannicus, qui ne montre dans toute la piece que beaucoup de candeur & de franchise ?

Fin du premier acle.

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SCENE PREMIER E. NÉRON, BURRHUS, NARCISSE, GARDES.

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D'en doutez point , Burrhus; malgré ses injustices, C'est ma mere i), & je veux ignorer ses caprices. Mais je ne prétends plus ignorer ni souffrir Le ministre insolent qui les ose nourrir. 2)

OU

1) N'en doutez point , Burrhus , malgré ses injustices,

C'est ma mere, &c. ] Ce début de Néron est une des plus belles entrées de Racine. 2) Mais je ne prétends plus ignorer ni souffrir

Le ministre infolent qui les ose nourrir. ] Le ministre insolent ; c'étoit l'idée qu'on avoit à Rome de Pallas. Il étoit bien difficile que cet affranchi, qui avoit placé Néron sur le trône des Césars, ne s'enorgueillît pas de la part qu'il avoit à l'élévation de cet empereur; ses hauteurs & son arrogance fouleverent contre lui tous les Romains; Néron lui-même ne fut point exempt de cette impression.... Pallas tristi arrogantia , modum liberti ingressus , tædium sui moverat. Annal. liv. XIII.

vil avoit ance foulever point exeinerti ingreßlius

Pallas de ses conseils empoisonne ma mere;
Il séduit, chaque jour, Britannicus mon frere;
Ils l'écoutent lui seul; & qui suivroit leurs pas,
Les trouveroit peut-être assemblés chez Pallas.
Çen est trop. De tous deux il faut que je l'écarte.
Pour la derniere fois qu'il s'éloigne, qu'il parte:
Je le veux, je l'ordonne; & que la fin du jour
Ne le retrouve pas dans Rome, ou dans ma cour. 1)
Allez, cet ordre importe au salut de l'empire.

(aux Gardes.) Vous, Narciffe, approchez. Et vous, qu'on se retire.

Et que la fin du jour. Ne le retrouve plus dans Rome ou dans ma cour. ] La cour est renfermée dans Rome , ainsi la seconde idée n'ajoute rien à la premiere , & même la rétrécit. La gradation est bien mieux observée dans ce vers de la troisieme {çene de cet acte:

37 J'ai parcouru des yeux la cour, Rome , Pempire »a'

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SCENE I 1.
NÉRON, NARCISS E.

NARCISS È.

G RACES aux Dieux, Seigneur, Junie entre vos

mains Vous assure aujourd'hui du reste des Romains. Vos ennemis , déchus de leur vaine espérance, Sont allés chez Pallas pleurer leur impuissance. Mais que vois-je ? Vous-même, inquiet, étonné, Plus que Britannicus paroissez consterné. Que présage à mes yeux cette tristesse obscure, Et ces sombres regards errants à l'aventure ? Tout vous riț. La fortune obéit à vos væux,

N É R O N. Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux. 1)

1) Narcise, c'en est fait , Néron est amoureux. ]

Le mot amour est noble, mais celui d'amoureux est presque toujours trivial; c'est sur-tout cette expression qui dépare ce vers.

La déclaration que fait ici Néron est un peu languiffante, & paroît sortir du ton de la tragédie. Nėron n'auroit dû dire qu'un mot de son amour , fans entrer dans de plus grands détails; la scene suivante avec Junie étoit plus que suffisante pour développer cette passion, & en instruire le spectateur. NARCISS E. Vous ?

- NÉ RON. Depuis un moment; mais pour toute ma vie. J'aime, que dis-je aimer ? j'idolâtre Junie.

NARCISS E. Vous l'aimez?

· NÉR O N.

Excité d'un desir curieux, Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux, Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes, 1) Qui brilloient au travers des flambeaux & des armes; Belle fans ornement, dans le simple appareil D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil. Que veux-tu ? Je ne sçais si cette négligence, Les ombres, les flambeaux, les cris & le silence, Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs, Relevoient de ses yeux les timides douceurs.

1) Triste , levant au ciel les yeux mouillés de larmes ,

Qui brilloient au travers des flambeaux & des armes. ] On désapprouvera sans doute ici des yeux qui brillent au travers des flambeaux ; ces expressions exagérées ne sont point le langage de la vraie passion; d'ailleurs, tous ces amours fubits n'intéressent point. Les vers suivants sont 'charmants, ils offrent l'image la plus voluptueuse & la plus honnête.

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