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Mais vous, qui, jusqu'ici content de votre ouvrage >
Venez de ses vertus nous rendre témoignage,
Expliquez-^nous pourquoi, devenu ravisseur i
Néron de Silanus fait enlever la sœur? i)
Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie
Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie r"
De quoi l'accuse-t-il? Et par quel attentat,
Devient-elìe en un jour criminelle d'État?
Elle qui, sans Orgueil jusqu'alors élevéè,
N'auroit point vit Néron, s'il ne l'eût enlevéè?
Et qui "même auroit mis au rang de ses bienfaits
L'heureuse liberté de ne le voir jamais?

B U R R H U S.

Je sçais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée j
Mais jusqu'ici César ne l'a point condamnée ,
Madame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux;
Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux.
Vous sçavez que les droits qu'elle porte avec elle ,
Peuvent de son époux faire un prince rebelle;
Que le sang de César ne se doit allier

1) Expliqueç-nous pourquoi , devenu ravisseur ,

Néron de Silanus sait enlever la four ? ] C'étoit Junia Calvina, qui ne fut point enlevée par Néron , comme Racine l'a supposé; mais rappellée par cet empereur de l'exil où elle avoit été envoyée fous le regne de Claude. Tacite, annal, liv. XII.

Tome II, X

Qu'à ceux à qui César le veut bien confier;
Et vous-même avoùrez qu'il ne seroit pas juste
Qu'on disposât, sans lui, de la niece d'Auguste, i)

Agrippine.

Je vous entends. Néron m'apprend par votre voix
Qu'en vain Britannicus s'assûre sur mon choix;
En vain, pour détourner ses yeux de sa misere,
J'ai flatté son amour d'un hymen qu'il espere:
A ma confusion, Néron veut faire voir
Qu'Agrippine promet par-delà son pouvoir.
Rome de ma faveur est trop préoccupée;
II veut, par cet affront, qu'elle soit détrompée;
Et que tout l'univers apprenne, avec terreur,
A ne confondre plus mon fils Sc l'empereur.
II le peut. Toutefois j'ose encore lui dire,
Qu'il doit, avant ce coup, affermir son empire;
Et qu'en me réduisant à la néceflité
D'éprouver contre lui ma foible autorité,

i) Et vous-même avoúre^ qu'il ne seroit pas juste Qu'on disposât, sans lui, de la niece d'Auguste. ]

Niece est ici poétiquement pour arriere-petite-fille ; car Junie ne pouvoit appartenir de plus près à Auguste qu'Agrippine , mere de Néron, qui n'étoit que la fille d'une petite-fille d'Auguste. Tacite dit expressément que Silanus, frere de Junie , étoit arriere-petit-fils d'Auguste. Diyi Mçusti ab-nepos. Annal, liv. XI.

II expose la sienne; & que, dans la balance,
Mon nom peut-être aura plus de poids qu'il ne pense.

B U R R H U S.

Quoi, Madame ! toujours soupçonner son respect:?
Ne peut-il faire un pas qui ne vous soit suspect?
L'empereur vous croit-il du parti de Junie?
Avec Britannicus vous croit-il réunie?
Quoi ! de vos ennemis devenez-vous l'appui,
Pour trouver un prétexte à vous plaindre de lui?
Sur le moindre discours qu'on pourra vous redire,
Serez-vous toujours prête à partager l'empire?
Vous craindrez-vous sans cesse ? Et vos embrassements
Ne se passeront-ils qu'en éclaircissements?
Ah! quittez d'un censeur la triste diligence;
D'une mere facile affectez l'indulgence;
Souffrez quelques froideurs, sans les faire éclater;
Et n'avertissez point la cour de vous quitter.

Agrippine.
Et qui s'honoreroit de l'appui d'Agrippine, i)
Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine?

0 Et qui s'honoreroit de l'appui d'Agrippine , Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine?] On lit ainsi le second vers dans quelques éditions: » Lorsque Néron lui-même annonce sa ruine n. Cet orgueil ambitieux d'Agrippine nous paroît ressembler

Lorsque de sa présence il semble me bannií,
Quand Burrhus à sa porte ose me retenir?

B U R R H U S.

Madame, je vois bien qu'il est temps de me taire ,
Et que ma liberté commence à vous déplaire.
La douleur est injuste ; & toutes les raisons
Qui ne la flattent point, aigrissent ses soupçons.
Voici Britannicus. Je lui cede ma place.
Je vous laisse écouter & plaindre sa disgrace,
Et peut-être , Madame, en accuser les soins
De ceux que Pempereur a consultés le moins.

SCENE III.

BRITANNICUS, AGRIPPINE , NARCISSE, ALBINE.

Agrippine.

-alH,Prince!Où courez-vous?Quelle ardeur inquiette
Parmi vos ennemis en aveugle vous jette?
Que venez-vous chercher?

aux transports de Junon dans Virgile, lorsqu'elle s'écrie avec indignation:

Et quîfquam numen Junonis adoret
Prattereà , aut iupplex aris ìmponat honorera ì

Enéide , liv. I.

Qui voudra désormais adores Junon, encenser ses autels , & lui offrir des vaux ?Ce que Virgile a imité d'Homere.

Britannicus.

Ce que je cherche ? Ah, Dieux! Tout ce que j'ai perdu, Madame, est en ces lieux. De mille affreux soldats Junie environnée, S'est vue en ce palais indignement traînée. Hélas ! de quelle horreur ses timides esprits, A ce nouveau spectacle, auront été surpris! Enfin on me l'enleve. Une loi trop sévere Va séparer deux cœurs qu'assembloit leur misere. Sans doute, on ne veut pas que, mêlant nos douleurs x Nous nous aidions l'un l'autre à porter nos malheurs.

A G R 1 P P i N. E. II stiffît. Comme vous je ressens vos injures; Mes plaintes ont déjà précédé vos murmures: Mais je ne prétends pas qu'un impuissant courroux Dégage ma parole, & m'acquitte envers vous* Je ne m'explique point. Si vous voulez m'entendre % Suivez^moi chez Pallas , où je vais vous, attendre. i) "— ..11

i) Suives-moi che^ Pallas,, j* vais vous attendre.] Racine a rendu ce Pallas nécessaire à fa piece.; mais il n'a pas voulu Pintroduire fur la scene, parce qu'il auroit rendu Agrippine aussi méprisable que l'étoit ce confident luimême. Tacite s'exprime ainsi au, sujet des liaisons, de çette princesse avec cet affranchi:

Agrippina puellaribus annis fluprum cum Lepido , spç domina* tìonis, admiserat, pari cupidine ufyue, ad lib'ua Pallanûs pro

«flfyfí.. Annal. Hy. XUL.

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