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donna ce rôle à un acteur moins chéri des spectateurs, & la piece s'en trouva bien.

Nous remplissons ici le dessein que Racine avoit eu de faire un extrait des plus beaux endroits qu'il a imités de Tacite. On croit satisfaire par-là la curiosité du public.

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Vous serez peut-être étonné de voir votre nom à la tête de cet ouvrage ; & si je yous avois demandé la permision de vous l'offrir , je doute si je l'aurois obtenue. Mais ce seroit être en quelque sorte ingrat , que de cacher plus long-temps au monde les bontés dont vous m'avez toujours honoré. Quelle apparence qu'un homme qui ne

VOUS

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travaille que pour la gloire , se puisse taire d'une protection aussi glorieuse que la vôtre ?

Non, MONSEIGNEUR, il m'est trop avantageux que l'on sçache que mes amis même ne vous sont pas indifférents, que vous prenez part à tous mes ouvrages, & que vous m'avez procuré l'honneur de lire celui-ci devant un homme dont toutes les heures sont précieuses. Vous fütes témoin avec quelle pénétration d'esprit il jugea de l'économie de la piece , & combien l'idée qu'il s'est formée d'une excellente tragédie est audelà de tout ce que j'en ai pu concevoir.

Ne craignez pas, MONSEIGNEUR, que je m'engage plus avant ; & que, n'osant le louer en face, je m'adresse à vous pour le louer avec plus de liberté. Je szais qu'il seroit dangereux de le fatiguer de ses louanges ; & j'ose dire que cette même modestie , qui vous est commune avec lui , n'est pas un des moindres liens qui vous attachent l'un à l'autre.

La modération n'est qu'une vertu ordinaire quand elle ne se rencontre qu'avec des qualités ordinaires. Mais qu'avec toutes les qualités & du caur & de l'esprit , qu'avec un jugement qui, ce semble , ne devroit être le fruit que de l'expérience de plusieurs années , qu'avec mille belles connoissances que vous ne sçauriez cacher à vos amis particuliers, vous ayez encore cette sage retenue que tout le monde admire en vous : c'est sans doute une vertu rare en un siecle l'on fait vanité des moindres choses. Mais je me laisse emporter insensiblement à la tentation de parler de vous ; il faut qu'elle soit bien violente , puisque je n'ai pu y résister dans une lettre je n'avois autre dessein que de vous témoigner avec combien de respect je suis,

MONSEIGNEUR,

Votre très-humble, trèsobéissant , & trèsfidelle serviteur,

RACINE.

PREMIERE

PREMIERE PRÉFACE

DE L'AUT É U R. D e tous les ouvrages que j'ai donnés au public, il n'y en a point qui m'ait attiré plus d'applaudiffements ni plus de censeurs que celui-ci. Quelque soin que j'aie pris pour travailler cette tragédie, il semble qu'autant que je me suis efforcé de la rendre bonne , autant de certaines gens se sont efforcés de la décrier; il n'y a point de cabale qu'ils n'aient faite , point de critique dont ils ne se soient avisés. Il y en a qui ont pris même le parti de Néron contre moi; ils ont dit que je le faisois trop cruel. Pour moi, je croyois que le nom seul de Néron faifoit entendre quelque chose de plus que cruel. Mais peutêtre qu'ils raffinent sur son histoire, & veulent dire qu'il étoit honnête homme dans ses premieres années : il ne faut qu'avoir lu Tacite, pour sçavoir que, s'il a été quelque temps un bon empereur , il a toujours été un très-méchant homme. Il ne s'agit point, dans ma tragédie , des affaires du dehors; Néron est ici dans son particulier & dans sa famille ; & ils me dispenseront de leur rapporter tous les passages qui pourroient aisément leur prouver que je n'ai point de réparation à lui faire. . Tome II.

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