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L É A N D K E.

Mon pere, êtes-vous content de l'audience?

D A N D I N.

Oui dà. Que les procès viennent en abondance,
Et je passe avec vous le reste de mes jours.
Mais que les avocats soient désormais plus courts.
Et notre criminel?

L É A N D R E.

Ne parlons que de joie; Grace, grâce, mon pere.

P A N D I N.

Hé bien, qu'on le renvoie; C'est en votre faveur % ma bru, ce que j'en fais. Allons nous délasser à voir d'autres procès, i)

l) Allons nous délajser à voir d'autres procès. ] Le juge ne pouvoit finir par un trait qui achevât mieux la peinture de son caractere.

Le dernier vers de Hrrésolu est ausil caractéristique:
J'aurois mieux sait, je crois > d'épouser Cclimene.

FIN.

v

DES PLAIDEURS.

.A. La suite d'Andromaque, où Racine a fait mouvoir tous les ressorts du plus grand tragique, on est surpris de voir la piece des Plaideurs, où fauteur devient un modele dans la comédie, & s'éleve au dessus d'Aristophane, qu'il s'est proposé d'imiter. Le poète grec, dans sa comédie des Guêpes, ne tombe que sur le ridicule du juge qui veut toujours juger. Racine , pour faire sortir davantage ce caractere , y a ajouté la manie d'un homme qui croií qu'on ne peut vivre sans plaider, & la sottise des avocats de son temps , qui, dans les plus petites caisses, faisoient consister l'éloquence en de grandes phrases, & en une érudition déplacée. Aristophane est rempli d'allusions qu'on ne peut sentir aujourd'hui. Racine a pris, comme lui, ses caracteres sur des originaux de son temps qu'on ne connoît plus: mais sans se permettre la licence de l'auteur grec, il a eu l'art de les mettre dans un jour si vrai, que ses personnages ne cesseront de paroître ridicules dans tous les temps & dans tous les pays ou l'on plaidera & où l'on jugera. II a emprunté aufli plusieurs bons mots d'Aristophane , mais il les a adaptés à rios manieres avec une si grande adresse, qu'en imitant il est devenu créateur; ses personnages ne font point un pas, ne disent pas un mot qui n'ajoute un trait comique à leur caractere. La scene entre la Comteffe & Chicaneau est du meilleur comique. Les deux premiers actes sont très-bien faits , 6c Moliere ne les auroit pas jugés indignes de lui; mais peut-être le dernier n'y répond-il pas : peut-être le dénouement est-il plus nécessaire que vraisemblable , & heureusement imaginé : peut-être les petits chiens sont-ils une charge trop basse; cependant on conviendra avec nous qu'ils n'en servent pas moins à achever la peinture du ridicide des juges. L'intrigue amoureuse, qui est peu de chose en elle-même, est conduite d'une maniere très-comique, & est liée àl'action principale avec beaucoup d'adresse. Le plaidoyer des deux avocats est d'autant plus plaisant, qu'il étoit très-, difficile qu'il le fïït.

Le style de cette pìece est facile, naturel, élégant , correct & plein de saillies ; le dialogue joint, à la vivacité la plus agréable, la vérité la plus frappante. Enfin nous croyons pouvoir appliquer, avec Louis Racine, à l'auteur des Plaideurs, ce qu'il a dit lui-même de Corneille qui avoit donné le Menteur : II étoit capable, quand il youloït, & de descendre & de s*abaisser jusqu'aux plus simples naïvetés, du comique, il ejoit encore inimitable.

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