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CHICAN E A V.
· Es-tu muette ? Allons; c'est à toi de parler,
Parle,

Is A B E L L E.
. Je n'ose pas, mon pere , en appeller.

CHICA NE A U.
Mais j'en appelle , moi.
LÉ A NDRE, lui montrant un papier.

Voyez cette écriture. Vous n'appellerez pas de votre signature ?

CHICA NE A U.
Plaît-il ?

DAN DIN.
C'est un contrat en fort bonne façon.

CHICA NE A U.
Je vois qu'on m'a surpris, mais j'en aurai raison ;
De plus de vingt procès ceci sera la source.
On a la fille, foit; on n'aura pas la bourse.

L É A N D R E. Hé, Monsieur, qui vous dit qu'on vous demande

rien? Laissez-nous votre fille , & gardez votre bien.

CHIC À NE A U. Ah!

L É A NDR E.
Mon pere, êtes-vous content de l'audience ?

DANDI N.
Oui dà. Que les procès viennent en abondance ,
Et je passe avec vous le reste de mes jours.!
Mais que les avocats soient désormais plus courts.
Et notre criminel ?

LÉ AND R E.

Ne parlons que de joie ; Grace, grace, mon pere,

DAN DIN.

Hé bien, qu'on le renvoie; C'est en votre faveur, ma bru, ce que j'en fais. Allons nous délasser à voir d'autres procès. 1)

1) Allons nous délasser à voir d'autres procés. ]

Le juge ne pouvoit finir par un trait qui achevât mieux la peinture de son caractere, Le dernier vers de l'Irrésolu est aussi caractéristique :

J'aurois mieux fait, je crois, d'épouser Célimene.

FI N.

DES PLAIDEURS.

A la suite d’Andromaque, où Racine a fait mouvoir tous les ressorts du plus grand tragique, on est surpris de voir la piece des Plaideurs, où l’auteur devient un modele dans la comédie, & s'élevé au dessus d'Aristophane , qu'il s'est proposé d'imiter. Le poëte grec, dans sa comédie des Guêpes, ne tombe que sur le ridicule du juge qui veut toujours juger. Racine , pour faire fortir davantage ce caractere, y a ajouté la manie d'un homme qui croit qu'on ne peut vivre sans plaider, & la sottise des avocats de son temps , qui, dans les plus petites causes, faisoient consister l'éloquence en de grandes phrases , & en une érudition déplacée. Aristophane est rempli d'allusions qu'on ne peut sentir aujourd'hui. Racine a pris, comme lui , ses caracteres sur des originaux de son temps qu'on ne connoît plus: mais sans se permettre la licence de l'auteur grec, il a eu l'art de les mettre dans un jour si vrai, que ses personnages ne cesseront de paroître ridicules dans tous les temps & dans tous les pays où l'on plaidera & où l'on jugerá. Il a emprunté aussi plusieurs bons mots d’Aristophane, mais il les a adaptés à nos . manieres avec une si grande adresse, qu'en imitant

il est devenu créateur; ses personnages ne font point un pas, ne disent pas un mot qui n'ajoute un trait comique à leur caractere. La scene entre la Comteffe & Chicaneau est du meilleur comique. Les deux premiers actes sont très bien faits, & Moliere ne les auroit pas jugés indignes de lui ; mais peut-être le dernier n'y répond-il pas : peut-être le dénouement eft-il plus nécessaire que vraisemblable , & heureusement imaginé : peut-être les petits chiens sont-ils une charge trop basse; cependant on conviendra avec nous qu'ils n'en servent pas moins à achever la peinture du ridicule des juges. L'intrigue amoureuse, qui est peu de chose en elle-même, est conduite d'une maniere très-comique, & eit liée à l'action principale avec beaucoup d'adresse. Le plaidoyer des deux avocats eft d'autant plus plaisant, qu'il étoit très difficile qu'il le fût.

Le style de cette piece est facile, naturel, élégant, correct & plein de faillies ; le dialogue joint, à la vivacité la plus agréable, la vérité la plus frappante. Enfin nous croyons pouvoir appliquer, avec Louis Raçine, à l'auteur des Plaideurs, ce qu'il a dit lui-même de Corneille qui avoit donné le Menteur : Il étoit capable, quand il vouloit , & de descendre & de s'abaisser jusqu'aux plus simples naïvetés. du comique, il étoit encore inimitable.

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