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l' I N T I m É.

Ne vous déplaise, Quelques coups de bâton, & je suis à mon aise.

CHICANEAU, tenant un bâton..

Oui dà. Je verrai bien s'il est sergent.

L' INTImÉ, en pojlure d'écrire.

Tôt donc,

Frappez. J'ai quatre enfants à nourrir.

Chicaneau.

Ah, pardon I

Monsieur, pour un sergent je ne pouvois vous prendre;
Mais le plus habile homme enfin peut se méprendre,
le sçaurai réparer ce soupçon outrageant,
Oui, vous êtes sergent, Monsieur, & très-sergent.
Touchez-là. Vos pareils sont gens que je révere;
Et j'ai toujours été nourri, par feu mon pere,
Dans la crainte de Dieu, Monsieur , & des sergents.

L'iniimÉ.

Non, à si bon marché l'on ne bat point les gens.

Chicaneau.

Monsieur, point de procès.

l' I N T I m É.

Serviteur. Contumace , Bâton levé, soufflet, coup de pied. Ah!

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Chica.neau.

De grâce,

Rendez-les moi plutôt, i)

L' I N T i M É.

Suffit qu'ils soient reçus, Je ne les youdrois pas donner pour mille écus, 2)

SCENE V.

LÉANDRE en robe de commissaire, CHIC ANE AU, L'INTIMÉ.

l' I N T I M É.

i c i fort à propos Monsieur le commissaire. Monsieur, votre présence est ici nécessaire.

i) Rende^-les moi plutôt. ]

Cette réponse est plutôt d'un avare que d'un homme qui aime les procès.

a) Suffit qu'ils soient reçus,

Je ne les voudrois pas donner pour mille écus. ]

Cette scene de l'huissier nous paroît imitée de la scene IV du Ve acte du Tartuffe, qui précéda d'une année la piece de Racine. La scene de celui-ci a quelque chose de plus comique , en ce que Chicaneau exécute fur le porteur de la sommation une vengeance qu'Orgon Sc Damis ne font que desirer.

Tel Tel que voits tne vóyez, Monsieur ici présent, M'a, d'un fort grand soufflet, fait un petit présent.

L É A N D R E.

A vous, Monsieur?

l' I N T í M É.

A moi, parlant à ma personne. Item, un coup de pied ; plus les noms qu'il me donne.

L É A N D R E.

Avez-vous des témoins?

l' í N T I M t.

Monsieur, tâtez plutôt, Le soufflet sur ma joue est encore tout chaud.

L É A N D R E.

Pris en flagrant délit, affaire criminelle.

Chicaneau.

Foin de moi.

L' I N T I M É.

Plus, fa fille, au moins soi disant telle, A mis un mien papier en morceaux, protestant Qu'on lui feroit plaisir, & que, d'un œil content, Elle nous défioit.

LÉANDRE, à s Intimé.

Faites venir la fille. L'efprit de contumace est dans cette famille. Tome II. P

CHICANEAU,à part. II faut absolument qu'on m'ait ensorcelé. Si j'en connois pas un, je veux être étranglé, i)

Comment ! Battre un huissier ! Mais voici la rebelle.

SCENE VI.

ISABELLE, LÉANDRE, CHICANEAU, L'INTIMÉ.

12 INTImÉ, à Isabelle.

? o us le reconnoisiez?

LÉANDRE.

Hé bien, Mademoiselle , C'est donc vous qui tantôt braviez notre officier, Et qui, si hautement, osiez nous défier? Votre nom?

LÉANDRE.

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Isabelle.
Isabelle.

LÉANDRE.

Écrivez. Et votre âge?

i) Si j'en connois pas un, je veux être étranglé. ] La négation pas est inutile.

Isabelle.

Dix-huit ans.

Chicaneau.

Elle en a quelque peu davantage, Mais n'importe.

L É A N D R E. Êtes-vous en pouvoir de mari? Isabelle. Non, Monsieur.

L É A N D R E.

Vous riez? Écrivez qu'elle a ri. i) Chicaneau. Monsieur, ne parlons point de maris à des filles; Voyez-vous, ce sont là des secrets de ramilles.

L É A N D R E. Mettez qu'il interrompt.

Chicaneau.

Hé, je n'y pensois pas. Prends bien garde, ma fille ^ à ce que tu diras.

i) Vous rie[? Écrives qu'elle a ri. ]

Ce trait est un des plus charmants de la piece. Avoir sçu jetter de pareils agréments fur une scene d'interrogatoire, prouvoit ehez Racine une imagination très-fleurie & trèsenjouée.

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